L’œil

il y a
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Image de Hiver 2021
Par une chaleur de trente-huit degrés, nous arrivâmes au village où demeurait Augustine. Nous étions décomposés. Sur la route sinueuse, comme le sont toujours les routes corses, chaleur et virages nous avaient conduits à nous arrêter plusieurs fois pour rendre ce qui nous encombrait l’estomac, mais jamais nous n’avions envisagé de rendre les armes, de rebrousser chemin. L’enjeu était trop important pour Baptiste.
Augustine était une figure locale, capable de « mettre l’œil » ou de « l’enlever », et Baptiste, cerné par les malheurs, certain qu’on lui avait jeté un sort, s’était mis à redouter le pire. Il fallait le désenvoûter.

Augustine nous ouvrit sa porte alors que nos chemises finissaient d’absorber nos humeurs dans des relents de sueur acide. C’était un petit bout de femme sans âge, tout de noir vêtue, dont le « caseddu » mal éclairé tenait davantage de l’antre que de la chaumière avenante.
Toutefois, les dés étaient jetés : nous étions là et ne pouvions plus reculer.

Elle sut tout de suite lequel d’entre nous venait la consulter comme s’il avait été nimbé d’un halo maléfique. Elle le fit entrer et nous congédia, nous intimant de patienter devant sa maison, sur le banc de pierre où parfois, peut-être, elle venait discuter avec le soleil lorsqu’il se faisait moins mordant. La chaleur était étouffante, nous préférâmes nous mettre à l’ombre du grand châtaignier qui étendait sa ramure au-dessus de la place du village où quelques marches nous accueillirent.

Nous passâmes plus d’une heure en circonvolutions variées, essayant en vain d’approcher la vérité de ce qui se tramait hors de notre champ de vision. Nous avions une curiosité immense qu’Augustine avait refusé d’étancher en nous laissant dehors et nous nous perdions en spéculations sur la manière dont elle allait débarrasser notre ami du mal qui le rongeait.
J’en venais presque à regretter que la malchance ne m’ait pas choisi pour élire domicile, ainsi, j’aurais pu être celui qui découvre, qui voit puis qui sait. De tous, j’étais probablement le plus curieux.

Baptiste ressortit, nous rejoignit sur la place, gardant un silence qu’il ne brisa que d’un « allons-y » pour que nous regagnions la voiture afin de redescendre en plaine. Nous avions espéré qu’il sortirait souriant de sa consultation, que ses idées noires se seraient évanouies comme des bulles de savon éclatant l’une après l’autre en ne laissant aucune trace de leur passage. Il n’en était rien, il était toujours aussi sombre.

Nous étions partis confiants voir Augustine et je devais m’accrocher à l’espoir d’une amélioration. Nos compagnons chantaient gaiement dans la voiture une nouvelle ode à Augustine dont la paillardise n’avait d’autre but que de nous dérider, Baptiste et moi. Pourtant, au fond, je savais bien que j’étais inquiet, plus encore qu’avant le rendez-vous.
J’étais à l’arrière avec Baptiste. Guillaume et Jean étaient à l’avant. C’est Guillaume qui conduisait. Quand il rata le virage dans ce décor monumental où nul écart n’est pardonné, je sus que mon intuition ne m’avait pas trompé.

Ce n’est qu’après plusieurs mois passés dans le coma que j’appris la vérité. Augustine était la grand-tante de Manon, Manon, que Guillaume et Jean avaient raillée, Manon, que Baptiste avait trahie, salie, Baptiste, qu’Augustine avait reconnu d’après les photos de Manon.
Moi, Manon, je ne lui avais jamais fait de mal. J’étais le seul encore en vie.
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Volsi Maredda  Commentaire de l'auteur · il y a
Comme "le voleur de lettres", ce texte a été créé dans le cadre d'un appel à textes de la quinzaine littéraire : première phrase et format (< 3500 sec) imposés. Retenu, lui aussi, en première sélection, il n'a pas non plus passé le cap de la deuxième.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
J'ai participé au concours "Cela a commencé par une piqûre sur l'orteil", mon texte est sélectionné mais j'attends toujours des nouvelles pour récupérer mes recueils (j'en ai commandé en supplément du recueil promis).
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Volsi Maredda · il y a
Tu as passé les deux étapes ?
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Oui, j'ai reçu le mail de confirmation le dernier jour, 15 décembre, à 14 h.
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Volsi Maredda · il y a
Super ! Et bravo !
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Merci. Bon dimanche.
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Volsi Maredda · il y a
Il me semble que les textes restent libres de droits. Si tu veux le mettre en libre sur ta page, je le lirais volontiers.
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Marie MOS · il y a
Il faut savoir "se tenir" en Corse car les Streghe veillent😏
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Volsi Maredda · il y a
Il faut savoir se tenir partout mais ici plus :)
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Julien LEON · il y a
Joli récit
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Volsi Maredda · il y a
Merci
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Maryse WEISSER MACHER · il y a
J'ai bien aimé
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Volsi Maredda · il y a
Merci
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Romane González · il y a
Bravo! J'ai adoré ce texte! Flippant et fantastique, quelle bonne combinaison!
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Volsi Maredda · il y a
On est comme ça par ici... flippants et fantastiques :)
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Françoise Mornas · il y a
C'est court, c'est choc, c'est bien écrit et palpitant, suspense ménagé jusqu'à la fin : mes voix !
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Volsi Maredda · il y a
Merci Françoise
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Lucyle Maurice · il y a
Toujours un plaisir de lire vos textes, merci de nous avoir partagé cette histoire sublimée par votre plume 🐾
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Volsi Maredda · il y a
Merci beaucoup Lucyle
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Françoise Cordier · il y a
Le mauvais œil avait un nom ; belle chute !
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Volsi Maredda · il y a
Merci Françoise
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Sylvie Legendre · il y a
Une vendetta bien racontée ! Mon vote !
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Volsi Maredda · il y a
Merci !
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Léonore Feignon · il y a
Bravo pour ce texte Volsi ! et oui l'écart n'a pas été pardonné !
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Volsi Maredda · il y a
Merci Léonore

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