L' INONDATION

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L’ INONDATION
Calamiteux ! C’était tout bonnement calamiteux ! Elle l’avait bien vu à la télévision mais sur place c’était pire. La voisine de sa grand-mère lui avait téléphoné pour lui dire que tout le rez-de-chaussée était détruit. Seuls les meubles du premier étage pourraient être sauvés. Elles auraient dû vendre la maison bien avant, au moment du décès de Mémé, mais les souvenirs étaient encore trop tenaces. Que dire de maintenant : elle n’en tirerait presque rien, zone inondable, tout à refaire, jardin aquatique....... A l’époque, tout était resté en l’état, elle et sa sœur n’avaient pas eu le courage de trier, remettant au lendemain ce qu’elles auraient dû faire le jour même..... A présent tout reposait sur ses épaules. Sa sœur Ginou les avait quittés l’année dernière et ses enfants lui faisaient confiance pour gérer ce qu’il restait d’un héritage plus que petit. Au total la maison de Mémé durement abimée et le champ contigu de quatre hectares. Il était loué à Monsieur André qui le rachèterait sûrement mais à un prix tellement bas qu’il paierait à peine les frais de notaire. Comme elle était là, elle en profita pour commencer à ranger les meubles du haut et à trier leur contenu.
Dans la maison d’à côté, elle entendait les voisins déplacer tables et chaises, buffet et frigos inutilisables et elle ne les remercierait jamais assez de l’avoir aidée à faire de même. Le rez-de-chaussée était vide, il fallait attendre que tout sèche et elle ferait venir Emmaüs pour les meubles du premier. A présent il s’agissait de vider tiroirs et armoires. Elle commença par la commode. Elle entassa les vêtements sur le lit, vida l’armoire et fit des paquets de linge de maison à destination d’Emmaüs. Sur la table de chevet, la lampe qui y trônait occupait tout l’espace supérieur, mais au dessous, elle trouva une petite boîte de fer blanc à l’effigie d’une célèbre chicorée. Elle l’ouvrit et tomba sur une feuille de papier jauni pliée en quatre. Interloquée, elle la déplia et dû s’asseoir à sa lecture. Il s’agissait d’un document officiel sur lequel la Préfecture officialisait l’adoption d’une petite fille prénommée Lucie. Les parents adoptifs étaient ses arrière grands parents et sa mémé était tout simplement Lucie. Personne n’en avait jamais rien su dans la famille. Mémé avait bien gardé la seule preuve qui la reliait au passé, n’en avait jamais parlé à quiconque et avait vécu toute sa vie avec son secret. Elle avait eu deux enfants qui eux-mêmes avaient eu deux enfants. Elle leur avait laissé le souvenir d’une douce grand-mère qui leur passait presque tout, comme pour leur éviter les rigueurs de la vie.
Une fois la feuille repliée et rangée dans sa boîte, elle l’emporta et referma la porte de la chambre. Elle reviendrait demain pour superviser le déménagement des meubles et décida de ne pas être la seule détentrice de ce secret : elle en parlerait aux siens dès qu’elle rentrerait à la maison. Elle ferait peut-être aussi des recherches généalogiques, mais chaque chose en son temps.
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