L’imbroglio

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Le 06 octobre 2005 ; aux environs de neuf heures du matin.
Je sortis de ma chambre en chancelant. Très faible, j’étais. Entre le vertige et ce vomi qui devait sortir sur le champ, je sentis un froid intense traversé mon corps. J’en avais la chair de poule. Indépendamment de ma volonté, mes genoux touchèrent le sol de notre pauvre jardin. Je commençai alors à vomir douloureusement ; au point d’attirer l’attention de ma mère. Celle-ci accourut aussi vite qu’un éclair. Après avoir posé la main sur mon front, elle leva les mains vers le ciel et implora presque fermement une intervention divine. Que pouvait-t-elle faire de plus ? Me conduire à l’hôpital ? Eh, bien ! Elle le fit. Nous avions mis environ vingt minutes pour arriver au centre.
— Avez-vous un carnet de santé, madame ? demanda le jeune docteur en ignorant la salutation de ma mère.
— Oui, répondit ma mère en lui remettant mon vieux carnet.
— Ce carnet est beaucoup trop usé, madame. Il vous faudra en payer un autre.
— Faites donc avec pour l’instant, docteur ! L’essentiel, c’est de commencer à le soigner. Regardez-le ! fit-t-elle en posant son regard abattu sur moi. Il ne tient presque plus le coup !
Le docteur compris que ma mère n’avait pas de quoi payer un simple carnet. Il lui jeta un regard méprisant et ajouta :
— Ecoutez, madame, ne me faites pas perdre mon temps ! Soit vous payez ce carnet et on soigne votre fils, soit vous vous levez et vous sortez de mon bureau, que je puisse m’occuper d’autres patients !
Ce docteur devait avoir environ le même âge que mon frère aîné. Pourtant, il venait de parler à ma mère comme à son enfant. Je levai les yeux et vit le visage humilié et effarouché de ma mère. Elle était presque bouche bée ! Le regard tourné vers le docteur, je ne vis malheureusement aucune once de compassion. Il attendait, le regard ferme, la décision de ma mère. Celle-ci déglutit péniblement la salive et dit :
— Ecoutez, docteur, je viens de dépenser tout ce que j’avais pour payer le taxi. S’il vous plaît, pour l’amour de Dieu, faites preuve de compassion envers mon fils et moi !
Le docteur se leva de suite, fou de rage.
— Je vous demande de sortir de mon bureau, madame !
Les larmes aux yeux, ma mère se mit à implorer les saints. Le docteur vint illico me conduire brutalement à un banc dans le couloir. Je vis ma mère pleurée comme jamais. Où était mon père ? Décédé lors d’un accident sur le chantier du Gouvernement. Depuis, nous n’avions eu droit qu’à une mesquine allocation de survivant.
Je commençai brusquement à convulser, allongé sur ce banc d’hôpital. Ma mère se mit alors à crier dans tous les sens. Elle accourut ; oui, une jeune femme au visage doux. C’était tout ce que j’avais pu voir avant de m’évanouir.
Des heures après, je me réveillai sur un lit d’hôpital, branché à des appareils dont les bips étaient seuls briseurs du silence. Un coup d’œil à droite ; je vis ma mère sommeillée dans une chaise. Un autre coup d’œil à gauche et je l’aperçu, dormant, la tête renversée sur mon chevet : la jeune femme au visage doux. Ses longs cheveux noirs étaient si beaux que j’avais l’impression d’observer un ange.
La voix de ma mère me fit retourner la tête.
— Dan, tu es réveillé ? avait-elle demandé en venant s’asseoir sur le côté de mon lit. Comment te sens-tu ?
— Bien, maman.
En désignant ma salvatrice de la tête, je demandai à ma mère qui c’était.
— C’est un ange envoyé par Dieu pour nous sauver, mon enfant, répondit-elle en la regardant avec tendresse.
Je toussai légèrement ; cela suffit néanmoins à la réveiller. Elle se leva, un sourire radieux aux lèvres. Ses longues jambes étaient si lumineuses ; et cette robe qu’elle portait la rendait carrément déesse. Enfin elle ouvrit la bouche. Il fallait que j’entende sa voix !
— Euh... Dan, je m’appelle Louise. Ta mère t’a présenté alors que tu étais encore inconscient. Je suis très enchantée de te connaitre.
Sa voix était si mielleuse ! Emporté, je ne répondis que tardivement.
— Euh...oui ; je veux dire, je suis aussi très ravi de faire votre connaissance.
— Je vais prévenir l’infirmière que tu es réveillé, mon chéri, me dit ma mère en m’offrant un baiser au front.
Mon regard était à présent enfoui dans les yeux de Louise. C’était fou comme elle n’arrêtait de sourire !
— Vous m’avez sauvé la vie.

Environ trois heures plus tard, nous étions à la maison, conduits par la Citroën de Louise.
— J’habite juste le quartier voisin, me dit-elle. Je sais qu’il fera bientôt nuit, mais peut-être aimerais-tu faire un tour avec moi ? (Elle se retourna vers ma mère :) Je le ramènerai à temps pour qu’il se repose comme l’a dit le docteur, madame ; je vous le promets.
Ma mère me regarda un moment puis acquiesça. Elle fit ensuite à Louise ses infinis remerciements et sortit de la voiture.

L’horloge dans la voiture de Louise indiquait seize-heures-quarante-huit lorsqu’elle arrêta la voiture devant une luxueuse demeure.
— C’est chez vous ici ? lui demandai-je, complètement émerveillé, la bouche bée.
— Oui, Dan, J’habite ici avec mon père.
Ayant senti mon hésitation à la suivre, elle s’approcha, me fixa, et m’offrit un tendre baiser sur les lèvres. Elle me prit ensuite les mains et dit :
— Mon père m’adore, Dan. Tu n’as vraiment rien à craindre. Je te le promets, fit-elle en levant la main droite et me réaffichant son sourire envoûtant.
On entra, puis on monta au troisième étage, dans la chambre de Louise. Je faisais carrément l’éloge de sa chambre lorsque soudain Louise me fit signe de me taire. Là, on pouvait entendre une voix grave qui grondait depuis une autre pièce :
— Nous avons toujours guerroyé contre les Betorza pour m’obtenir le contrôle absolu de cette ville. Mais ça devient beaucoup trop sérieux maintenant. Mon espion m’a informé que ces enculés avait l’intention d’envoyer un jeune homme séduire ma fille afin de la kidnapper et me faire céder mon territoire. Ma fille n’a pas répondu au téléphone toute la journée. Alors trouvez avec quel mec elle traine et descendez-moi ce fils de pute !
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