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Cinq heures. Encore. L’enfant soupira. C’était un tout jeune garçon, il ne savait lire l’heure que depuis quelque temps. Il avait été si fier de le montrer à ses parents ! Grande aiguille, petite aiguille et trotteuse n’avaient plus de secret pour lui. Mais son réveil n’affichait l’heure qu’en chiffres, il ne pouvait donc pas exercer son nouvel acquis en sortant du lit. Il mit ses chaussons, et sur la pointe des pieds sorti de sa chambre. Le sol gémissait malgré ses précautions pour ne faire aucun bruit. Il espérait ne pas réveiller sa sœur, car ses parents disaient que le bébé avait le sommeil très léger. Dans le salon, au-dessus d’un buffet ancien en chêne massif un peu laid, se trouvait une très belle horloge avec des chiffres étranges. Ses parents disaient que c’était des « chiffres romains ». Il ne savait pas les lire, mais se doutait que l’horloge affichait cinq heures elle aussi. Ces chiffres qui n’y ressemblaient pas le fascinait. Une fois, quand il ne savait pas encore lire les livres -et donc les horloges non plus- sa mère avait voulu faire une brocante, c’est-à-dire qu’elle avait voulu vendre des objets de leur maison. Elle s’était accroupie devant lui en lui prenant les mains. Il avait donc compris qu’il n’aimerait pas cette discussion. Il n’avait pas aimé du tout. Il avait pleuré et crié, alors que seul les bébés comme la petite Hélior pleuraient. Du moins c’est ce qu’il pensait à l’époque, avant de voir son papa pleurer après s’être cogné très fort la tête en tombant de vélo. Même qu’il avait eu si mal ce jour-là son papa, qu’il avait été à l’hôpital.
Le petit garçon s’assit sur une chaise, en face de l’horloge aux chiffres romains. Il se demandait comment sa mère pouvait bien vouloir vendre la belle horloge mais pas le laid buffet.
Il resta là longtemps à réfléchir. Seuls les pleurs de la petite Hélior le sortirent de ses pensées. Il se crispa. Il n’avait pas le droit de sortir de son lit si tôt, ce qu’il trouvait injuste. En effet, Hélior avait le droit de se réveiller et de manger même la nuit !
Une porte grinça dans le couloir. Il reconnut son père au son de ses pas un peu traînants. Il décida de se cacher, pour ne pas se faire prendre. Il sauta de sa chaise et courut dans un autre couloir jusqu’à la cuisine, où il s’arrêta net. Des cartons s’y empilaient par centaine. Un tic-tac assourdissant lui fit plaquer ses mains sur ses oreilles. Des chiffres étranges étaient gravés sur la peau brunâtre des cartons. Etait-ce les mêmes que ceux de l’horloge ?
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Elena Hristova · il y a
horloge immortelle et dont l'âme sera capturée à jamais sur la peau du carton..
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