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L'homme en noir

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Jeanmicasaliva

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Le soleil au zénith dardait ses rayons sur le sommet de la colline avec une obstination implacable. La nature haletait, asphyxiée par cette journée torride de juillet.
Tout à coup, de manière brutale, le ronflement assourdissant des cigales s’éteignit. En une fraction de seconde, de manière quasi surnaturelle, il n’y eut plus un bruit ! Un silence total enveloppa la colline.
A ce moment, un homme apparut, sortant à pas lents de l’ombre d’un sous-bois. Entièrement vêtu de noir, son visage très pâle ne reflétait aucune expression. Il regarda autour de lui, d’un air impassible. Se protégeant les yeux de la main, il leva la tête et fixa quelques instants le ciel bleu azur constellé de rares nuages paresseusement effilochés.
Petit à petit, le chant des cigales reprit, comme si la nature, après avoir retenu un instant son souffle reprenait sa respiration. L’homme se mit en marche d’une manière nonchalante en empruntant le chemin de poussière ocre qui longeait la lisière du sous-bois. Il s’arrêtait de temps en temps pour regarder une fleur, contempler un arbre, écouter le cri d’un oiseau, avec toujours le même air étrangement calme, quasi indifférent. Il marcha ainsi quelques minutes, ne semblant pas le moins du monde incommodé par la chaleur de fournaise qui devenait de plus en plus insoutenable.
Il déboucha alors sur un carrefour au milieu duquel se dressait une modeste construction faite de quelques cailloux réunis par un mortier craquelé. Elle était surplombée par un objet métallique étrange. L’homme en noir le regarda un moment, la tête penchée sur le côté.

Soudain, pour la première fois, son visage perdit son masque imperturbable. Il s’approcha et fixa avec un regard glacé la croix de fer qui s’élevait au milieu du carrefour.

Au bout de quelques instants, l’homme en noir se remit en marche. Il quitta le sommet de la colline et emprunta un chemin qui descendait en pente douce. Dans un virage, il aperçut au loin dans la vallée, au milieu des près à l’herbe jaunie, quelques maisons serrées autour du clocher d’une église. Un peu plus bas, deux jeunes adolescents, un garçon et une fille, étaient assis dans l’herbe à l’ombre d’un arbre. Aussi silencieux qu’un spectre, il s’approcha d’eux.
— Arrête !
Julie s’écarta brutalement d’Éric qui venait d’essayer de l’embrasser.
— Allez, juste un petit bisou insista le garçon.
— Non, j’ai pas envie ! répondit Julie avec détermination.
Le garçon se renfrogna, vexé et lui tourna le dos. Julie se rapprocha, se faisant câline tout à coup.
— Allez, ne fais pas la tête ! C’est une belle journée. Tu ne vas pas nous la gâcher !
Mais Éric resta boudeur.
— J’en ai marre que tu ne veuilles jamais m’embrasser !
Julie s’agenouilla derrière lui. Elle passa ses bras autour des épaules du garçon et lui parla avec douceur.
— Attends encore un peu. Juste un peu... Il faut que je m’habitue à cette idée.
Éric se retourna et ils se retrouvèrent brusquement face à face, leurs visages à quelques centimètres l’un de l’autre. Éric murmura d’une voix soudain étranglée par l’émotion.
— Laisse-moi t’embrasser. Juste une fois !
A sa grande surprise, il sentit la résistance de la jeune fille vaciller, comme si sa volonté, d’ordinaire inflexible, faiblissait un instant. D’instinct, il saisit sa chance et posa ses lèvres sur celles de l’adolescente. Julie ne recula pas mais garda les lèvres fermées. Elle respirait de plus en plus fort. Soudain, elle entrouvrit la bouche et ils échangèrent un baiser effarouché.

Dans l’ombre, l’homme en noir eut un sourire satisfait et s’éloigna. La conquête de cette petite planète bleue commençait bien !
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