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l homme boussole

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Nakoann

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Le professeur Fromel y était enfin parvenu. Il avait longtemps pensé que les cinq sens de l'homme étaient bien insuffisants pour saisir toute la complexité du monde. Pour lui, avec ses cinq sens, l'être humain pouvait percevoir tout au plus 5% de son environnement. Le professeur était fasciné par ces êtres qui, par des hasards génétiques, développaient un sens plus élaboré ; comme ceux par exemple, qui possédaient un cône supplémentaire dans les yeux pour percevoir les couleurs de leur environnement. Pour quelqu'un n'étant pas Tétrachromate, il était très compliqué d'expérimenter ce don, cela reviendrait un peu à vouloir regarder un film en couleur sur une télé en noir et blanc.
Fromel avait été plus loin qu'une simple augmentation d'un sens ; il s'en était ajouté un. Il avait étudié les oiseaux migrateurs et leur prédisposition à se géolocaliser à partir du champ magnétique terrestre. Il s'était implanté dans le cerveau un système de géolocalisation autonome, basé sur celui des bernaches à cou roux. Bien qu'il ait dû faire quelques ajustements, notamment en s'inspirant du gnou, on ne s'implante pas une zone en magnétite dans le cerveau sans avoir étudié le maximum d'êtres vivants ayant le même système prééxistant. On aurait pu dire de lui qu'il était le premier homme boussole.
Les débuts furent compliqués car son cerveau ne savait pas définir ses nouvelles informations. Fromel possédait le matériel, mais il n'avait pas encore le logiciel. Le professeur allait apprendre cela seul. Il comptait sur la plasticité du cerveau pour rapidement s'habituer à ce nouvel implant. Malgré tout, ces difficultés ne ternissaient pas son enthousiasme. Les jours, les semaines passaient, et malgré des progrès, cette nouvelle conscience rendait plus complexe l'environnement dans lequel il évoluait ; il avait pourtant fait cette démarche dans le but inverse, mais cela avait tout complexifié, ça cloisonnait un peu plus le monde, et le définissait un peu plus à partir de données sensibles. Il y avait moins de place pour le rêve et l'imagination, il se sentait moins libre, c'est ainsi que le professeur Fromel ressentait les événements. Il était focalisé sur ce sens et ne profitait plus de grand chose, tout cela lui demandant beaucoup d'énergie et de concentration, il n'avait pas les capacités nécessaires pour traiter le flux de nouvelles données.
Il fallait absolument traiter l'information de manière plus efficace, mais pour le moment il avait l'impression de ne pas être à la hauteur, comme quelqu'un incapable de reproduire un dessin simple, même avec un modèle, car il ne maîtriserait pas la coordination de ses menbres avec sa vue. Dans ces moments il enviait ces personnes capables de faire converger leurs sens pour qu'une information visuelle devienne un goût ou une odeur. La synesthésie lui serait d'une grande aide car il craignait que ses aptitudes ne le fasse tomber dans la folie. Son corps intégrait mal ces sensations, il avait souvent le mal de mer, des problèmes de synchronisation. Ce don mal apprivoisé déteignait sur les autres, les influençaient. L'enthousiasme des premiers jours grâce auquel son esprit compensait le manque d'expérience, agissant comme un placebo, était parti et il n'y avait plus rien pour le maintenir dans un état de lucidité. Il ne percevait plus le monde de la même manière, il s'égarait, dérivait.
Quelque mois après le début de son expérience, Fromel avait disparu, il s'était perdu.
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