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L'histoire vraie de Nestorimo Sécraphinos

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Joseph Wodifu

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Mexicain par son père, orthodoxe par sa mère, diabétique par sa tante et pressé par le fisc, Nestorimo Sécraphonos finissait ses études de kinésithérapie, imitant de la sorte sa sœur aînée, acariâtre et autoritaire qui habitait le Gers. C’est un jour de mai que l’envie de s’installer dans le Gers s’imposa à son esprit comme on entre dans une épicerie fine à la recherche de poivre rare.
Sur la route du Gers, il vit des canards à n’en plus finir. C’est ainsi qu’il rejoignit sa sœur avec le secret espoir d’élever des canards. Il imaginait un enclos derrière son cabinet de masseur, jouxtant les cabinets de sa sœur, femme terrible comme vous le savez, désirant un lieu d’aisance personnel. Frère et sœur devinrent prospères en massant et en élevant des canards.
Sur une plaque de cuivre patinée par le temps, on pouvait lire :
« NESTORIMO SECRAPHINOS MASSEUR
LEONARDA SECRAPHINOS, SA SŒUR, MASSEUR
CANARDS EN TOUS GENRES »

Tout en massant, Nestorimo observait les canards s’ébattant dans la mare et l’idée lui vint. Il allait tenter de masser avec des canards. Après moult expériences plus ou moins convaincantes ayant fait fuir la moitié de ses patients, il inventa la technique du massage aux canards connue des kinésithérapeutes sous le nom latin de «  sextogrisis canardus ». Les lecteurs pervers seront déçus : sexto venant du chiffre six.
Six canards de couleur grise étaient gavés toute la nuit précédant l’opération. Au matin, à l’aube, Nestorimo faisait coucher le patient nu sur une planche et apportait ses six canards gris et gras qu’il déposait sur l’abdomen rebondi du futur massé. Les six canards, programmés comme des diesels, se libéraient de leurs fientes en frottant leurs flancs sur la personne horizontale. Ainsi un massage d’une douceur extrême s’opérait au bonheur du patient qui donc, de bonne heure, était massé par les magrets duveteux et lubrifiés des six palmés gris dont le bec se tordait de joie car les canards masseurs aimaient ça.
Oui, de bonne heure les canards gris massaient et grimaçaient de bonheur !
« Ces simagrées, ma sœur, sont dues aux six magrets masseurs » aimait à répéter Nestorimo à sa sœur qui trouvait ce jeu de mots stupide et cette technique odieuse.
Nestorimo Sécraphinos, fortune faite, quitta sa sœur et acheta une propriété dans le village voisin, élevant des canards gris et cultivant de la marijuana. Il fit poser une nouvelle plaque de cuivre qu’il patina lui-même faute de temps :
« NESTORIMO SECRAPHINOS
MASSEUR
CANARDS GRIS
JOINTS »
Pour tout patient acceptant de se faire masser trois fois par les canards, il offrait trois paquets de six joints ; en fait un joint par canard. Cette promotion commerciale fut connue dans tout le Gers et même dans le Tarn - et - Garonne. Sa clientèle augmenta tellement que Nestorimo, n’y pouvant plus, dut s’enfuir à Londres, la deuxième guerre mondiale venant juste de commencer. Il proposa ses services à De Gaulle et devint son fournisseur officiel de canards confits. Les deux hommes s’appréciaient et Nestorimo devint peu à peu conseiller occulte de De Gaulle. D’aucuns prétendent que Sécraphinos joua un rôle non négligeable auprès du grand homme. La renommée de Nestorimo Sécraphinos, plus connu sous le nom de « l’homme des dix huit joints », dépassa alors les frontières et sa technique de massage aux canards agrémentée de marijuana est encore enseignée dans toutes les bonnes écoles de kinésithérapie.

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