L'histoire de l'homme qui sauvait son prochain

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Image de Eté 2016
C’est l’histoire d’un homme qui n’était pas spécialement beau, ni intelligent. Il n’avait même pas vraiment de talent, comme la menuiserie, ou la plomberie. Il n’avait rien de particulier, c’était un être ordinaire, routinier. Les habits qu’il portait exprimaient bien cette idée-là : celle d’un bon élève de classe, un peu lâche sur les bords et parfois manquant presque de profondeur, mais toujours droit néanmoins. L’histoire de cet homme n’est pourtant pas ordinaire. En effet, cet homme, plusieurs fois dans sa vie, fut confronté à la mort. Et que fit-il ? Comment cela se produisit-il ?
C’était particulier. Alors qu’il était à la gare, il vit un homme s’approcher des quais. Encore et encore. S’approcher jusqu’à tomber presque dans les rails terribles des rames. Mais pourquoi ? Que se passait-il ? Il ne pouvait le croire. Alors qu’il comprenait que quelque chose de terrible s’esquissait devant lui et devant ses yeux, il intervint brutalement : l’homme allait sauter à la venue des trains et enfreindre la règle élémentaire et primordiale. Suicide épouvantable. Crainte terrible et inatteignable. Donner non la vie mais la mort. Alors il vint en aide au monsieur, qui semblait souffrir et mal en point.
« - Non, ne faites pas ça !! Je vous en supplie. Il ne s’agit même plus de vous, mais de toute l’humanité. Ne faîtes pas ce geste. Ne sautez pas, je vous l’ordonne ! Je suis là. Je vais vous sauver, vous le méritez. »
Et il sauva la vie de cet homme. Tout ordinaire fut-il, il ne savait pas que commencerait là une longue suite de sauvetages. C’était comme un don qui lui fut donné. Sauveur de la mort. Sauveur de suicidaires et désespérés. Parce que la vie vaut plus que tout. Elle est privilège, et non calvaire.
Après avoir sauvé le jeune homme, qui semblait tout émoustillé et perturbé d’avoir été sauvé, vint le moment des explications.
« - Pourquoi faire cela, monsieur ? Que vous a –t-il pris de vous comporter ainsi ? Qu’est-ce la vie vous a fait pour avoir à en arriver là ? N’avez-vous pas d’amis ? N’avez-vous pas une famille ? et l’Eglise ? Et la beauté humaine ? Cela ne vous parle pas ?
- Non. Pas vraiment, dit l’homme qui n’était plus tout à fait tout jeune. Non, j’ai trop souffert. Il n’y a pas de Dieu, cher homme. Tout salvateur que fut votre geste, que me reste-t-il d’armes pour combattre la mort aujourd’hui ?
- Il vous reste moi, je vous aime ! Je suis votre frère. Et des milliers d’êtres comme moi existent, prêts à vous accueillir à leur domicile, à vous offrir le gîte et le couvert, à vous couvrir de cadeaux, à faire de vous un être aimé, en tout temps, avec la force de l’Esprit saint. Ne savez-vous pas cela ? Nous sommes tous unis. Si vous attentez à votre vie, alors, vous attentez indirectement à la mienne. Vous permettez que le mal glisse au sein de la vie, par sa négation, par son objection, son rejet. Je ne suis pas d’accord avec un tel geste. Il est scandaleux pour moi, et pour toute l’humanité. Se tuer, c’est non seulement disparaître, mais faire disparaître votre humanité, votre spécialité, le fait que vous ayez une perspective sur le monde.
- Et est-ce mieux de rester en vie, tel un légume ? Euthanasié, presque, sans désir, juste celui de manger et dormir. Trouvez-vous cela mieux et plus louable ?
- Non. Je ne crois pas qu’une vie soit faite pour attendre la mort. Mais ce que je veux vous expliquer, c’est que les hommes peuvent s’entraider. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. C’est l’abbé Pierre, mon cher. Rien que lui !
- Je ne crois pas en ces foutaises. Pour moi, la vie n’est que souffrance. Si l’on arrive à s’en sortir, c’est souvent parce qu’on a abdiqué : soit qu’on a vendu son âme aux autres, soit qu’on est devenu tellement heurté par les choses, qu’on vit tel un moine dans sa tour, coupé des liens terrestres.
- Ce que vous ignorez, cher monsieur, du haut de vos connaissance superbes, c’est que vous n’êtes pas le seul à souffrir. Voilà la clef du problème. Toute l’humanité est en quête de sens. Bien sûr, il existe quelques être isolés qui ne désirent rien savoir. Mais il en existe d’autres, curieux, avides de sens et de reconnaissance, qui se lancent sur ce long sentier escarpé et difficile que l’on nomme vie.
- Vous ne m’avez toujours pas convaincu, monsieur. Tout cela, ce sont des balivernes. Vous me voyez comme malade. Pour moi, c’est vous qui l’êtes.
- Tout est une question de volonté et d’amour. Si vous n’aimez pas le monde alors vous le rejetterez. Mais ce que vous ne savez pas, c’est que même cet acte de rejet est encore un acte d’espoir et d’amour. Même les gens marginaux et oubliés ont leur dignité de vivre. Tout est harmonie et possibilité d’être mieux. Croyez-en mon expérience. Je vous ai sauvé la vie. Vous vivez, vous respirez. Vous sentez les milliers de molécules autour de vous, vous aimer et vous chérir. N’est-ce pas merveilleux toute cette liberté ?
- Si vous le dîtes.
- Je promets de venir vous voir souvent. De m’occuper de vous comme de mon fils, jusqu’à ce que vous alliez mieux. Mais ne perdez jamais courage. Jamais.
- Vous aurez, avec tous vos mots presque réussi à me convaincre. Mais non. Enfin, je suis content d’être ici et de vous avoir rencontré. Vous avez l’air d’être une personne sympathique. Les hommes sont comme ça. Assez spéciaux, dans le fond, mais pas tous méchants.
- Je suis votre allié. Maintenant, allons boire un bon café ! »

Et les deux hommes partirent, main dans la main, le cœur battant et hurlant que l’on peut sauver des vies, que l’on peut avec la volonté et le cœur, remplir ce monde ci-présent de choses plus belles que l’argent et la mort, la misère et l’incompréhension. Mais oui.

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