L’Histoire Bien Sentie de Gordon Zola

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Polysémique poète du XXIème siècle passionné par l'exploration d'interstices et convaincu du pouvoir des voix et des mots  [+]

Hier, j’ai eu du flair. J’ai rencontré un jeune naturaliste dans un vieil assommoir de la rue de Bruxelles, non loin de la place des clichés. D’emblée, blond, il m’a intriguée. Il sirotait un prosecco et avait autour de lui sa petite cour, d’assises dames parées de belles robes. Des avocats n’étaient pas loin et jouaient à « Dis oui Ninon ! » pour le bonheur des dames. J’entends encore le chant du mâle d’Aurore qui s’égosillait contre l’autre en amont. Les gosiers secs réclamaient leur brun houblon tandis que le châtain clair prisait une poudre pâle en grondant mystérieusement « Nulla dies sine linea ! Qu’on se salisse aux pays des merveilles !». Son nez ressemblait à celui d’un lapin blanc. J’en perdis mon latin de le voir s’exprimer désormais sur l’étroit fil unique de l’invraisemblance : L’arôme d’un pari lourd de conséquences. De pages en dérapages, il n’y a qu’un passage qu’il empruntait allégrement. Coup de pouce pour le mettre à l’index. Repoussant sa conquête, déplaçant son vieux grimoire, au liseré gris-noir qu’il me laissa voir, il essaya de m’avoir. Curieuse, je voulais savoir. En guise de marque-page, une tranche de cheddar. Il tira alors une tronche de vantard. Pas mal le coup du fromage, pour retrouver au pif la bonne page.

Ce créatif se prénommait Gordon,... Gordon Zola. Il fumait un cigare dont les cendres se transféraient au pantalon qui lui couvrait les jambes. La fumée rappelait étrangement l’odeur d’une tartiflette dans une pièce non aérée. M’ayant repérée, il eut le bon goût d’adresser ces mots au tenancier : « Bon sang, tu laisses entrer le peuple au Panthéon ! Ton troquet est ouvert aux quatre vents, Gilles ! Je manque cruellement de justice !». Le tenancier lui répliqua : « Mais de tous mes clients, tu en valais 1000 Zola ! ». A cet instant, le B mourrait sur mes lèvres en me laissant bouche bée.

Après cet excès désolant, l’excédé Zola s’est vite intéressé à mes dents, qui croquent fort et qui lui rappelaient de folles soirées dans sa maison de campagne. Il avait aussi un tatouage de 13 requins sur le dos. « Un jour, je les vendrai, fussent-ils mal dessinés, c’était la scène d’un vieux pari pour Thérèse ou Mathilda » m’a-t-il dit. L’homme avait certes une belle silhouette, gentille silhouette mais il puait du bec et aussi des pieds, l’enfer des pieds aujourd’hui. Mais demain, il faudra en faire des pieds et des mains pour enlever cette sale odeur qui n’était qu’en phase germinale. C’est dommage ou fromage, c’est selon. Je lui prédis une mort par asphyxie si rien ne change. Maître au corps beau sur son marbre perché peut se garder son fromage. Moi, peinard, je préfère le sorbet à lécher. Je sais que les goûts et les couleurs, on ne les discute pas mais je ne pouvais masquer mon dégoût et ma douleur. Après quelques minutes, j’accuse le coup et je le mets devant le fait accompli, en lui balançant : « Tu m’indisposes avec ta vulgaire odeur de populaire rôdeur. Je ne suis qu’une nana mais ça va être ta fête, t’as compris ? ». Rien ne l’oppresse mais, soudain, fâché, il déguerpit, à Londres paraît-il. Je me souviendrai encore longtemps de ce bougon rencard !
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