L'habit ne fait pas le moine...

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Écrire, c'est comme courir. C'est bon pour le coeu  [+]

C’est vrai qu’il n’est pas très commode le Gaston Dubois
Ça fait deux ans qu’il habite au 9 rue des Mimosas. Au 2e étage, la porte de gauche.
Quand il se décide de sortir de son appartement, Madame Géraldine Porchet, la concierge, a l’impression de ne voir qu’un mendiant. Ses pantalons trop longs, toujours les mêmes, avec l’ourlet qui traîne à l’arrière; la veste tachée d’une couleur indéfinie et son éternel chapeau qu’il ne doit jamais quitter, même pour dormir. Mais ce que notre petite dame lui reproche le plus: il ne dit jamais bonjour et traîne derrière lui une odeur de vieille fumée. Non, vraiment pas sympathique, le bonhomme.

Et ce matin, on dirait que c’est justement son jour de sortie.
Voilà qui arrange bien Madame Porchet. Les autres locataires étant au travail ou en vacances, il ne restait que Monsieur Dubois dans la maison. En ce début décembre, elle voulait nettoyer les escaliers. Que le corridor soit propre pour les fêtes. Et elle en profitera pour le décorer un peu. Deux trois guirlandes et des boules rouges. Ses fameuses boules écarlates. En s’approchant tout près, on arrive même à se voir dedans. Mais notre concierge ne veut pas qu’on les lui abîme. Ah ça non, alors! C’est sa maman qui les lui avait offertes quand elle a repris la conciergerie. C’est d’ailleurs tout ce qui lui reste de sa maman. Décédée l’année dernière à Pâques. C’est pourquoi elle y tient comme à la prunelle de ses yeux.
Une fois qu’elle a passé un peu partout avec sa serpillière, elle sort son escabeau de la remise, afin de pouvoir accrocher ses grelots en hauteur. Le sol étant encore un peu humide, Géraldine, en prise avec son échelle, glisse, loupe une marche et descend le reste de l’escalier en volant. S’étant tapée la tête dans sa chute, la voilà sans connaissance dans le vestibule de l’entrée de la maison.

Gaston revient du magasin, un sac à commissions dans chaque main. Avec son dos, pousse la lourde porte et manque s’encoubler sur... la concierge. Mais qu’est-ce qu’elle fait là à dormir comme une bienheureuse ? Comprenant la situation, il pose ses courses, essaye de réveiller Madame Porchet, trouve quelques torchons - pas très propres, mais il n’a que ça - pour lui soutenir la tête. Comme il n’a pas de téléphone ( il est trop vieux pour ce jouet, et d’ailleurs il n’appelle jamais personne) et qu’il ne peut décidément pas la laisser seule, il s’installe à ses côtés et lui raconte des histoires qui lui sont arrivées dans sa jeunesse. C’est qu’il n’a pas toujours été un vieux bougon, le Gaston. Bien au contraire. Mais depuis que sa femme est morte, trop triste, il n’a jamais recherché d’autre compagnie.
Les minutes s’égrainent. Puis une heure... Deux heures... Voilà que Géraldine ouvre enfin les yeux. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Gaston lui tient la main ? Et lui parle ?
À cet instant, le facteur entre pour sa distribution de courrier, écoute le récit que notre couple mal assorti lui narre et appelle rapidement les secours, qui arriveront très vite.
Une fois l’ambulance partie, Gaston remonte lentement dans son logement avec ses achats.

Les médecins étant contents de ses progrès, Géraldine peut rentrer à la maison pour Noël.
Elle va plutôt bien et sur sa lancée, invite son ange gardien pour le réveillon.
Ses enfants et petits-enfants sont également venus partager la dinde avec elle.
Gaston, sur son 31, qui a bien volontiers accepté l’invitation, mange la bûche avec délice, en pensant fort à sa Marie et en savourant chaque minute de sa soirée. Heureux comme un coq en pâte ; il a même promis de raconter - ce qu’il fait à merveille - des aventures extraordinaires aux cinq petites frimousses blondes, juste après le café.
Mais ceci est une autre histoire...
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