L’expérience

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Je sors peu à peu de mon état léthargique. Je décortique l’environnement qui m’entoure. La dernière chose dont je me souviens : être aller à mon rendez vous médical et avoir laisser la voiture sur le parking près de la mairie, les routes n’étant plus praticables à cause d’une tempête de neige.
Je suis allongée sur un sofa. Il semblerait que je sois dans le séjour d’une maison. Après avoir repris mes esprits, je décide de faire le tour du proprietaire. Cette action est rapidement exécutée puisque je ne peux accéder à aucune autre pièce... les portes sont capitonnées. Je ne réalise pas l’ampleur de la situation dans un premier temps puisque le salon- cuisine est plutôt chaleureux, accueillant. Devant moi, trône une cheminée en marbre, ce qui est original puisque le mobilier ainsi que l’ossature sont en bois. Malgré les portes condamnées, les fenêtres elles donnent bien vers l’extérieur. Cependant, il m’est impossible de les ouvrir. Je passe ma tête derrière le rideau. Dehors, la neige a recouvert le paysage de son grand manteau blanc. A cause des mauvaises conditions climatiques, je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez.
La faim commence à se faire ressentir. Je farfouille dans le frigo. Il n’y a pas grand-chose. Je me prépare un sandwich avec un morceau de pain et une tranche de jambon. Je me sens rapidement submergée par une sombre angoisse puisque je suis seule et possédant pour unique passe temps quelques magazines sur la table basse et un carnet de notes vierge. Pour tuer le temps, je regarde aussi les tableaux accrochés au murs : une femme à l’air sévère et vêtue d’une longue robe noir me fixe d’un côté, et de l’autre, est représenté un portrait de famille. J’essaie de comprendre grâce à ces représentations dans quel endroit je me trouve et à qui pourrait appartenir cette demeure. Toute cette agitation cérébrale m’a donné soif. Je ne trouve dans le frigo qu’une gourde métallique. Je regarde à l’intérieur, cela m’a tout l’air d’être de l’eau, j’en bois donc une grande partie. Quelques minutes plus tard, ma tête se met à tourner. Je suis prise de nausées. Je m’assois quand soudain j’aperçois une femme. Je ne sais comment elle est arrivée ici puisque ma vision est troublée. Je ne peux la décrire précisément toutefois lorsqu’elle s’approche de moi, je distingue un visage grave et une cicatrice sur la joue gauche. Elle ressemble à la femme peinte sur un des tableaux. Elle porte sur elle une odeur nauséabonde. Je n’ai pas eu le temps de prononcer un mot qu’elle m’ordonne de ne pas bouger, que tout va bien se passer, que je vais être heureuse avec elle, le reste de ma grossesse. Le premier réflexe que j’ai est de toucher mon ventre. J’éprouve de nouveau cette angoisse écrasante car je suis enceinte que de quelques semaines. Je rencontrais pour la première fois mon bébé il y a quelques heures enfin je crois... je ne suis plus sure de rien. J’étais sur le chemin du retour pour montrer les photos de l’échographie à mon compagnon quand tout s’est obscurci, assombri..
Après quelques minutes d’un silence glaçant, je réussis à lui lancer un :
« Qui êtes vous ? Que me voulez vous ? »
Elle ne me réponds pas tout de suite, je réitères donc ma question d’un ton plus affirmé, ce qui me vaut d’être essoufflée.
Elle se décide enfin à me répondre d’un ton agressif :
« Tu n’as pas besoin de connaître mon identité. Je suis infirmière depuis 1912, j’ai servi auprès des américains lors des deux guerres donc tu n’as pas de craintes à avoir. Je m’occuperais de toi comme il se doit et dès que ton enfant naîtra tu seras transférée ailleurs... »
Je suis interloquée par les paroles qu’elle vient de cracher à la volée. Comment peut elle être infirmière depuis tant d’années et être surtout encore en vie et bien portante ? Pourquoi me garde t’elle ici séquestrée et pourquoi veut elle mon enfant ? Comment pourrais je sortir d’ici ?
Pendant que mon cerveau se torture avec toutes ces interrogations, la marâtre devant moi s’affaire à installer un lit médicalisé avec des sangles, un monitoring et tout un tas de machines. Sur le plan de travail de la cuisine, je peux décompter des flacons de médicaments, des seringues...
Que va-t-elle faire de moi ? Un cobaye ? Me torturer ?
Une réelle panique s’empare de moi... Elle ne me parle pas... Il n’y a aucun moyen de communication dans « l’appartement » pour appeler à l’aide. Pour tenter de la faire parler, je lui pose une question futile :
« J’ai envie de faire pipi, où puis je aller pour me soulager ? »
Elle prend quelques instants avant de me tendre un pot de chambre. Mon subterfuge a échoué.
Une fois ces installations terminées, elle m’ordonne de boire une boisson chaude. Je refuse dans un premier temps puis face à son insistance, je m’exécute. Elle ne me quitte pas des yeux pour s’assurer que j’ingère bien la boisson en question. Cependant, pour faire diversion, je lui explique que j’ai de fortes douleurs abdominales. Sa réaction, celle à laquelle je m’attends, ne se fait pas attendre, elle me concocte une préparation de son crue afin de me soulager. Je profite du fait qu’elle me tourne le dos pour vomir discrètement la mixture que je conserve précieusement dans ma bouche, dans la plante à côté de moi. Elle me présente le médicament mais je lui dis que je vais déjà mieux et qu’elle n’a qu’à le laisser sur la table basse au cas où les douleurs reviendraient. Elle m’écoute et ne m’oblige pas à le boire .
Pour lui faire croire que je suis groggy comme lorsqu’elle est apparu, je me tiens aux meubles, aux murs avant de faire semblant de m’évanouir sur le sofa. Je garde pourtant bien un œil ouvert pour savoir comment et par où va-t-elle se faufiler pour quitter cette pièce. Elle appuie sur un des interrupteurs près de la fenêtre principale, ce qui déclenche l’ouverture de la porte d’entrée capitonnée. Ensuite, pour ouvrir la seconde porte elle sort de sa blouse une clé. Je peux entrevoir par l’entre bâillements de la porte, la lumière du jour : quel bonheur ! Une lueur d’espoir parcourt mon corps .
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