L’étrange histoire de Frank et son ami monsieur Stims

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Délicieusement absurde ! Ce texte humoristique, très bien mené, nous plonge dans une scène loufoque… où il ne faut pas rigoler avec le poisson

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Ecrire pour moi est une activité spirituelle du plus haut degré. L'écriture me donne accès à un monde inaccessible par tout autre moyen, un monde peuplé de Vérités éternelles, de Questions  [+]

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… Bref, comme je vous le disais, j’étais confortablement installé dans un fauteuil quand M. Stims m’a expliqué ce qu’il voulait faire avec son invention. Mais s’il vous plaît, ne me coupez plus, parce que je vais finir par oublier ce que j’étais en train de vous dire et je ne vais plus être capable de vous raconter tout ce qui s’est passé ce jour-­là.

Que je recommence depuis le début, car j’ai oublié ce que je vous ai déjà dit. Je m’appelle Frank. J’ai eu mon Bac, il y a deux ans. La plupart du temps, je reste à la maison à regarder la télé. J’habite avec ma mère. Je l’aime beaucoup. Elle est très intelligente et sait absolument tout. Je ne vois donc pas ce qu’il y a de mal à dire : « C’est ce que ma mère m’a dit », mais les autres enfants riaient quand je disais ça et me traitaient de débile, ce qui me mettait en colère. Maintenant, je ne peux plus traîner avec eux ; ma mère me dit que j’ai mauvais caractère et que je pourrais leur faire du mal.

Mon seul ami est mon voisin d’à côté, M. Stims. J’aime être avec lui. J’adore les jeux cérébraux qu’il est si doué pour inventer. D’habitude je passe mon temps dans son salon, à boire du thé et à manger des biscuits en discutant de sujets intéressants. Mais ce jour-­là, M. Stims m’a invité dans son bureau et m’a demandé de m’asseoir dans une chaise confortable à côté de son bureau. Lui, il s’est assis derrière son bureau, où il y avait des tas de notes et des dossiers parfaitement rangés.

Après m’avoir regardé en silence d’un drôle d’œil pendant environ une minute, M. Stims a commencé à parler.

— Au cours des cinq dernières années, j’ai été plongé dans une tâche diaboliquement difficile, comme vous l’avez probablement remarqué, Frank. Je n’ai plus besoin de garder le secret sur ce que je fais, mais je voulais m’excuser d’avoir été évasif et imprévisible dans le passé.

M. Stims a continué :

— Tu as dû apprendre à l’école, mon ami, ce qu’est une molécule polaire. Eh bien, il se trouve que l’eau est composée de molécules polaires. Ce fait est la clé de voûte de mon travail.

— Le fait qu’il s’agisse d’une molécule polaire, cela vous suggère-­t‑il quelque chose, Frank ? m’a-­t‑il demandé.

N’attendant pas ma réponse, il a continué.

— J’irai droit au but. Pour votre bénéfice, je vais vous l’énoncer en termes simplifiés. La molécule d’eau est une particule chargée. Les particules chargées réagissent aux champs magnétiques. En créant une force magnétique de force appropriée et en l’alignant dans la bonne direction, nous pouvons séparer la molécule d’eau en ses parties constitutives ! Nous pouvons transformer l’eau liquide en gaz d’hydrogène et d’oxygène. Qu’attendons-­nous donc ! s’exclama-­t‑il. Laisse-­moi une minute et je te ferai voir comment ça marche.

Pendant qu’il était parti, j’ai étiré mes jambes ; je ne les sentais plus du tout. Un moustique m’avait piqué dans le dos et j’en profitais pour me gratter. Je n’aurais pas pu le faire devant M. Stims. En sa présence, j’essaye de bien me comporter pour qu’il me respecte. Je me suis souvenu que l’heure du dîner approchait et je me suis demandé ce que ma mère avait préparé pour moi. J’espérais que ce serait du poisson frit avec de la purée de pommes de terre. Parce que le poisson frit c’est vraiment ma nourriture préférée.

Mon ami n’est pas resté longtemps absent. Quand il est revenu, il portait une petite boîte luisante et un verre d’eau rempli à ras bord. J’ai pensé que c’était très gentil de sa part de m’apporter de l’eau, parce que j’avais vraiment soif. J’allais prendre le verre et lui dire : « Merci, M. Stims, c’est vraiment gentil de votre part » quand il a mis cette boîte luisante sur le dessus du verre. Il y eut un sifflement et l’eau disparut sous mes yeux. J’étais un peu fâché, car je voulais vraiment boire cette eau, mais la vue était si incroyable que je n’ai pas pu m’empêcher de crier.

— WOW !

La pièce s’est remplie d’une drôle d’odeur : un mélange d’œufs pourris et d’ananas. Monsieur Stims a dû remarquer que je reniflais puisqu’il m’a précisé :

— C’est du protoxyde d’azote, le gaz hilarant, comme on l’appelle communément. L’oxygène relâché par le procédé se combine avec l’azote présent dans l’air. Il faut être très prudent avec le protoxyde d’azote. Ça entrave le bon fonctionnement du cerveau.

Je savais qu’il s’attendait à ce que je lui dise que j’étais impressionné et je l’ai dit. Il n’a pas répondu pendant quelques temps, puis il a commencé un long discours. Je ne m’en souviens que par bribes.

— J’ai de grands projets, de grands projets, a-­t‑il dit. Imagine qu’on augmente la puissance de cette machine d’un facteur cent, mille, un million. Regarde la carte du monde, Frank ! Regarde tout l’espace qui est occupé par les océans. Deux tiers de la planète est recouvert d’eau. Tout cet espace perdu à cause de l’eau. Tant de régions sont surpeuplées. C’est une source de stress et le stress provoque des crimes. À quoi nous sert toute l’eau de l’océan ? Nous ne pouvons certainement pas la boire. De toute façon, de nombreux endroits qui sont actuellement des océans étaient de la terre autrefois. Nous devons récupérer nos terres. Et ne pas nous arrêter là. Il est temps qu’on se débarrasse des océans ! Nous les ferons disparaître, comme l’eau dans ce verre. Et imagine-­toi… la terre partout. Un seul et grand continent continu ! Pas de frontières entre les pays. Le monde entier enfin uni, vivant en paix ! Un espace habitable auquel l’humanité n’ose même pas rêver ! Des continents entiers sont sous les océans, à n’attendre que nous pour les peupler ! Et alors, l’histoire se souviendra de moi comme celui qui a rendu tout cela possible – le nouveau sauveur de l’humanité !

Tout cela était très intéressant, mais je commençais avoir faim et continuais à penser au poisson frit avec la purée de pommes de terre. C’est à ce moment qu’une pensée terrifiante m’est venue à l’esprit si fort que ça m’a coupé le souffle. J’ai compris que sans océans, il n’y aurait plus de poissons et que sans poissons, il n’y aurait plus de poisson frit à manger. Et le poisson frit, c’est vraiment ma nourriture préférée !

Je lui ai dit :

— Hé, une minute voulez-­vous, M. Stims. J’aime vraiment le poisson frit. Vous ne pouvez pas tuer tous les poissons. Donnez-­moi cette chose brillante ! Je ne veux pas que vous détruisiez les océans.
— Poisson, poison, répondit-­il. À quoi servent-­ils ? Ils ne chantent pas, on ne peut pas les caresser et ils empestent.

Il a refusé de me donner la boîte. Une bagarre a éclaté entre nous, parce que j’étais en colère à l’idée de ne plus pouvoir manger de poisson frit, et tout cela à cause de sa stupide invention. J’ai attrapé le gadget et j’ai essayé de le lui arracher des mains. C’est à ce moment-­là que j’ai appuyé par erreur sur le bouton rouge au sommet de la boîte. Ce qu’il s’est produit ensuite est la chose la plus étrange de toutes. Vous savez quand on gonfle un ballon et qu’on le relâche sans l’attacher et qu’il vole dans tous les sens dans la pièce en expulsant l’air ? Quelque chose de similaire est arrivé à M. Stims. Toute cette vapeur a commencé à sortir de ses yeux, de ses narines et de sa bouche à mesure qu’il devenait de plus en plus mince tout en changeant de forme juste sous mes yeux. Puis il est tombé par terre, ou ce qu’il restait de lui est tombé par terre, car il ressemblait maintenant à un gigantesque raisin sec écrasé.

— Je suis vraiment désolé, M. Stims, lui ai-­je dit. Mais j’aime vraiment le poisson frit. C’est vraiment ma nourriture préférée.

Ensuite, j’ai pris la boite qui était à terre et je l’ai cassée en petits morceaux. Vous savez tous les deux ce qui s’est passé après ça.

Les deux détectives se regardèrent l’un l’autre, puis l’un d'eux déclara :

— Eh bien, la nuit s’annonce longue pour nous tous, Frank.

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Fabienne Maillebuau · il y a
Merci pour l invitation, texte lu d une traite, quelle imagination, bravo, même si c est un peu tard. Mon vote..
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DEBA WANDJI · il y a
Très beau texte, Bozlich.
j'adhère par mes voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Eric diokel Ngom · il y a
Un plaisir de découvrir ce texte beaucoup d'humour. Je suis un débutant Admiratif. Merci de me soutenir https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/au-commencement-etait-lamour-2
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Brandon Ngniaouo · il y a
Une belle plume. Ce fut un agréable plaisir pour moi que de vous découvrir. Vous-avez ma modeste voix.

Je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le prix des jeunes auteurs, et à me soutenir avec vos voix, si jamais il vous plaît.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chose-11
J'adorerais également lire vos commentaires avisés qui m'aideront à me parfaire.

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Bozlich ! Je relis avec plaisir votre excellent texte plein d'humour. Ce message aussi pour vous inviter à lire : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/la-rose-la-bouteille-et-le-baiser Bonne journée à vous.
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Hervé Poudat · il y a
Aux âmes confinées votre humour est salvateur.
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Mohamed Laïd Athmani · il y a
Je viens de découvrir.
J'ai aimé et je me suis abonné.
C'est très intéressant! Cela donne à réfléchir
Je vous invite à lire: "" DIGOINAISES CORPS ET ÂME ""

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Lélie de Lancey · il y a
Hello.... Après une longue pause de retour sur short... Heureuse pour cette distinction... Bravo... Belle année inspirée Bozlich. 😉
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Jpbx1 · il y a
Texte très riche qui pourrait faire un excellent scénario de BD.
L'histoire commence pendant votre dialogue avec les détectives.
Je pense que c'est une bonne chose car elle évite une description ennuyeuse au début.
Votre aventure avec M. Stims aurait peut-être gagné à être amenée plus clairement dans le récit. Exemple : à la dixième ligne, après "faire du mal." ajouter quelque chose comme : "Voilà ce dont je me souviens."
Ou alors (si l'enquête se passe chez M. Stims) : "Je suis le voisin d'à-côté, et mon seul ami est M. Stims".
C'est un détail, mais je pense que ça rend la lecture plus fluide : à ce moment précis, le lecteur sait qu'il passe du présent de l'enquête au passé de son aventure.

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Frédéric Bernard · il y a
Un excellent texte qui, sur un ton comique, amène le lecteur à réfléchir sur ce que pourrait donner la science lorsqu'elle se trouve entre de mauvaises mains. Le projet de vider les océans pour agrandir le territoire habitable est présenté de façon parfaitement logique par le savant mais on mesure aussitôt son absurdité et on se rend compte qu'il repose sur de simples émotions négatives ou des frustrations : les poissons, par exemple, ne peuvent pas être caressés donc ils n'ont pas de raison d'être. Le narrateur ne maîtrise pas la science mais il est beaucoup plus sensé.

La chute est très amusante et nous ramène à la réalité avec deux policiers incrédules face à une scène qui dépasse l'entendement. Mention spéciale pour le nom du savant, "Stims" dont les sonorités renvoient à "steam", la vapeur, cela correspondait à son caractère creux et gonflé mais annonçait également son destin :-)

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