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L'éternité est longue étranger

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Bloody Foxy

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- L’éternité est longue étranger.
L’homme à qui s’adressait cette sentence ne répondit pas. Il scrutait l’immensité désertique de la nuit astrale. Le corbeau sur son épaule semblait de gypse.
Le silence se prolongeant, Trent eut le loisir de se remémorer les événements qui avaient conduit à cette rencontre.
Depuis deux générations leur vaisseau errait à la recherche d’une planète habitable. Trent ne pensait pas voir de son vivant la réalisation de ce projet, mais ses hautes fonctions l’empêchaient de céder à la sourde résignation qui laminait son caractère d’ordinaire optimiste. Or, quelques jours auparavant, une planète surgit, il n’y a pas d’autre mot pour décrire l’évènement. Une seconde avant l’immensité était nue, la seconde d’après une planète d’un vert soupe est apparue, assez proche pour envisager de communiquer avec d’éventuels habitants. Ce qu’ils s’étaient empressés de faire, leur adressant des messages par tous les moyens technologiques connus et recensés dont une pluie de cubes à images holographiques pour les présenter, eux, cette humanité en perdition dans l’univers.
Un émissaire leur avait été envoyé et aujourd’hui Trent se tenait auprès de cet inconnu impressionnant et silencieux.
Ce qui se jouait ici n’était pas un simple contrat marchand. Ils le savaient tous les deux.
- Quoi d’autre ?
L’étranger parlait pour la première fois. Le son de sa voix résonna étrangement plat dans l’air de cette coursive, un peu à l’écart du poste de commandement où trop de monde se tenait en permanence sur ce vaisseau aux dimensions extraordinaires. Cette tractation ne pouvait pas être officielle. Aucune retranscription ne permettrait jamais de savoir que l’étranger avait mis un pied sur ce vaisseau intergalactique.
- Que voulez-vous, répondit Trent, tous ses sens aiguisés. Ambassadeur dévolu à cette mission, trop conscient de porter la responsabilité de milliers d’âmes, il était dans une attention presque douloureuse.
L’étranger se tourna enfin vers Trent. Le corbeau ouvrit le bec et projeta sous forme d’un hologramme plus sophistiqué que les leurs, une des images en 3D qu’avait fait parvenir Trent au conseil de cette planète.
- Voilà ce que je veux !
Trent se retint de sourire. Un soulagement indécent le saisit. En diplomate rusé aucun des traits de son visage ne bougea.
- Accordé
Le corbeau avait refermé le bec et l’image avait disparu. Il donnait des coups de bec affectueux sur la joue de l’étranger. Trent se risqua à demander :
- Quand pourrons-nous faire envoyer une première base ? Un porteur de mille hommes est-ce trop ? Il y avait tant de questions. Il n’osait pas les poser toutes. L’étranger semblait sourire. Juste une lumière un peu froide qui jouait autour des yeux.
- Dès que je serais parti avec ce que vous m’avez accordé !
- Bien sûr, bien sûr !
Trent parla très vite dans le micro à la base de sa mâchoire et quelques minutes plus tard apparut une jeune femme encombré d’une cage d’où s’échappait des sifflements et des miaulements furieux. Trent fit signe à l’enseigne de la déposer devant l’étranger. Il l’ouvrit, tendit la main à l’intérieur. Le silence se fit immédiatement. Quand son bras ressortit, le chat ronronnait comme une parfaite mécanique. L’étranger le mit à cheval sur son bras et l’animal resta là comme enfin à sa place, à nouveau dédaigneux.
Trent n’osait croire à sa chance. Une planète pour un chat. Il demanda de faire ouvrir la coursive 5HGX et l’étranger disparut. Trent mit plusieurs minutes à réaliser, puis très vite il donna des instructions pour organiser la descente sur la planète dont il venait d’acheter un bon tiers.
Quand il rejoignit le poste de commandement, le Commandant était fou furieux :
- Trent, Nom de Dieu, qu’avez-vous fait ?
- Que se passe-t-il ?
- La planète verte à disparu !
- Disparu ?! C’est impossible !
- Regardez vous-même
Sur les écrans l’immensité était vide, désespérément nue...
Pourquoi n’était-il pas étonné ? Trent soupira :
- S’était trop beau pour être vrai
- Oui, peut-être admis le Commandant, mais les chats ! Ma femme est en larmes et elle n’est pas la seule sur ce foutu vaisseau. Nous allons droit à une émeute de type explosion de Super Nova.
Trent eut comme un haut le cœur :
- Quels chats ?
Le Commandant gris :
- Ils ont tous disparus !
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