L'enterrement

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Aujourd’hui, c’est l’enterrement de Marc, mon collègue. Je pense que je vais y aller. Je n’ai rien d’autre de prévu. Ca me passera le temps. Et puis j’aime bien les enterrements...
Marc, c’était le type de la compta je crois, le petit moustachu qui ne parlait pas beaucoup. Je ne le connaissais pas vraiment, juste de vue. D’ailleurs je ne connais vraiment personne. Je suis plutôt du genre discret : bonjour et au revoir.
C’est amusant de voir toute cette foule qui se rassemble aux enterrements. Combien d’entre eux étaient vraiment proche des défunts ? Combien viennent simplement par curiosité, pour « faire bien » ou simplement, parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire ? Et puis, il y a aussi tous ceux qui ne trouvent jamais le temps de venir vous voir tant que vous êtes vivant, mais qui, quand vous ne pouvez plus les voir, arrivent à trouver le temps... Quelques fois pourtant, il m’est arrivé de n’être accompagné que d’une petite poigné de personnes. Sans doute les disparus étaient-ils des solitaires comme moi ou de vils individus... Je me demande souvent s’il y aura quelqu’un pour me rendre, comme ils disent, un dernier hommage.
Enfin, c’est l’occasion de sortir mon beau costume noir. J’aime le noir. Il me va particulièrement bien... Et la petite touche finale, ma cravate rayée blanche, noire et grise. Je suis très chic. C’est peut-être aussi pour ça que j’aime tant les enterrements ! Je me sens bien, si séduisant au milieu de tous ces visages déformés par la douleur, qu’elle soit réelle ou de circonstance.
Il est déjà 9h40. Il est temps de partir. La cérémonie est à 10h. Je ne suis pas fan des cérémonies religieuses, elles se ressemblent toutes, comme les discours... D’ailleurs je n’écoute pas. Je me place dans le fond et j’observe. J’aime observer. Et tous ces gens vêtus de noir. Vous ai-je déjà dit que j’aimais le noir ?
L’église est pleine. Il devait être apprécié Marc. J’ai aperçu pas mal de collègues, et même le grand patron. Et puis plein d’inconnus, de la famille et des amis sans doute. Beaucoup sont en larmes. Ca en dit long... J’aurais peut-être dû essayer de sympathiser. Trop tard. Les discours se succèdent, toujours la même rengaine : oui on sait, il était aimé de tous, on le regrettera, il restera dans nos cœurs, et bla bla bla...
Une jeune femme s’avance. Elle porte une petite robe noire, droite, qui lui arrive sous les genoux. Elle est simple mais élégante. Ses cheveux blonds ondulés lui descendent à la taille. Elle a le visage humide et ses beaux yeux bleus sont rougis par le chagrin. Dommage. Malgré cela elle est particulièrement belle. Mon regard ne parvient pas à se détacher d’elle. Elle m’attire... Elle prend la parole, mais s’interrompe au bout de quelques mots et éclate en sanglots. Une femme plus âgée, en pleurs elle aussi, vient la prendre dans ses bras et elles retournent toutes deux s’asseoir. Il s’agit de la femme et de la fille de Marc...
Alice, c’est ainsi qu’elle se nomme. Alice, quel beau prénom ! Ca lui va bien je trouve... Une femme fragile et délicate que l’on a envie de protéger.
Puis-je dire que je suis tombé amoureux ? Un coup de foudre ? En réalité, j’ignore le sens de ce mot : amoureux. Tout ce que je sais c’est qu’elle me plaît. Je parviens à apprendre qu’elle vit en Belgique... Je réalise alors que les probabilités de croiser fortuitement Alice sont nulles. C’est donc à moi de forcer le destin...
...
Je suis prêt, c’est pour aujourd’hui. Après des jours d’observation, j’ai repéré quelques habitudes récurrentes... Je jette un œil au tableau de bord : il est 20h00. Elle ne devrait plus tarder... Je suis très calme. Je pense à Alice. Cela fait des semaines qu’elle hante mes jours et mes nuits. Alice...
Il est 20h02, j’aperçois une silhouette. C’est elle. Elle promène le chien comme chaque soir. Comme chaque soir elle va passer juste là devant le sentier qui borde le champ.
Je suis toujours aussi calme...
Ca y est, elle est là, juste devant moi. J’appuie sur l’accélérateur. Il me semble que je souris. Le choc est assez violent. J’ai mal au dos mais ça n’a pas d’importance... Je regarde dans mon retro : la veuve ne bouge pas. Je crois que c’est bon, j’ai réussi ! Ca y est, je vais enfin la revoir... à l’enterrement.

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Grenelle · il y a
Un bel humour noir.