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L'enquête est close

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L’impact des gouttes sur le métal des granges a libéré toutes les poitrines d’un grand soupir de soulagement. Cela fait plus d'un mois que la canicule craquelle ce coin de terre et maintenant que la pluie tombe dru, les habitants exultent.
Ce changement de temps n’arrange pas Léa. Il est capital pour sa mission de ne laisser aucun indice sur son passage, et surtout pas d’empreintes de pas. Or, la terre mouillée est d’une grande traîtrise!
Léa doit améliorer sa tenue d’ici la fin de la semaine. Elle va y ajouter des bottes incorporées complètement lisses sous la semelle.
Tous les vendredis et samedis, à la nuit tombée, Léa arpente les bois de Maupas. Avec une grande détermination.
Léa est une tête pensante du CEIG (Centre Energétique Informatique de Grenoble). C’est un immense laboratoire bardé d’écrans impressionnants sur tous les murs intérieurs. Les meilleurs chercheurs d’Europe y planchent sur les dernières technologies.
C’est de là qu’est sorti le mini téléphone aussi puissant qu’un ordinateur géant ainsi que les dernières applications qui simplifient considérablement la vie. Une révolution est en marche dans l’infiniment petit! Léa est passionnée par son métier, elle a toujours une idée pour faire avancer le progrès et quelle satisfaction quand un modèle du CEIG est disponible sur le marché! Elle s’est tellement impliquée que ce succès la touche de près.

- Allo! Max. Un cueilleur de champignons nous offre sa récolte : un macchabée dans un fourré. Je vous prends de suite. Jacky est déjà en route.
- Mais, Commissaire, c’est mon dimanche de repos. On sort en famille pour une fois.
- Annulez tout ou reportez. Gondran est encore malade. Il va nous filer entre les pattes, ce souffreteux. Allons, allons, pas de chichi, le devoir nous appelle.
Trente minutes plus tard les deux hommes sont sur le lieu du drame. Max a sa figure des mauvais jours mais elle ne l’empêche pas de délimiter le terrain et d’entourer à la craie rouge le corps du cadavre. Le médecin légiste, le fameux Jacky, est déjà là, en blouse blanche, à croire qu’il dort tout habillé.
Il retourne l’homme à terre : «Pas besoin de plus d’examens pour reconnaître la même façon de procéder qu’avec le mort d’il y a quinze jours. Voyez, Commissaire, cet impact qui a abîmé les habits, direct au coeur. Du beau boulot, je vous le dis.
- un peu de retenue, Jacky, il s’agit d’un décès brutal tout de même!
Il a fallu toute la matinée pour la recherche d'identité, l’information aux proches, le transport en «chambre froide» avant l’autopsie inévitable.
- Bon dimanche, Max. On fera le point sur ce meurtre demain.
- Bon dimanche, bon dimanche, vous en avez de bonnes, pour ce qu’il reste de mon congé.

Le bureau du commissaire est encombré de papiers épars ainsi que de photographies, messieurs en habits ou moitié nus sur une table éclairée d’une lumière crue. Max trie les feuilles, les regroupe et les range soigneusement. Il n’arrivera jamais à s’habituer au fouillis qui satisfait son supérieur! Justement, celui-ci lève les yeux de son ordinateur "on a affaire au même profil pour nos clamsés. L'un a eu des histoires d’exhibitionnisme, l’autre des agressions sur des femmes dont un viol. Max, on doit résoudre ces affaires au plus vite. On nous attend au tournant.
Se balader à Maupas devient plus risqué que jamais. Déjà trois morts violentes si on inclut celle de cette jeune fille étrangée et salement amochée. Peut-être veut-on la venger, tout compte fait. Une gamine dans la fleur de l’âge! A-t-on idée aussi de faire du jogging, tard le soir, lampe frontale vissée sur le crâne!
- Patron, faut reconnaître qu’on pédale grave dans la semoule. Pas la moindre piste. Pour la demoiselle, c’est à croire que le violeur était protégé de partout, et pour les hommes occis dans les règles de l’art, rien sur place. Même les renforts de Lyon n’ont pas fait avancer le schimlblick. Sans compter le noir complet sur la façon de les supprimer. Cela ressemble à une électrocution sans électricité. Le mystère est mytérieux". Le commissaire hausse des épaules défaitistes sur la conclusion simpliste de son adjoint.

Le samedi matin suivant.
Léa sort de sa douche. Se frictionner longuement sous l’eau chaude lui a fait du bien et augure d’une belle journée de «farniente». Elle aime ce mot qui mêle sommeil, paresse, repos et paix. Elle se penche sur un portrait encadré posé sur sa table de chevet : «Tu seras vengée, Sophie, je t’en ai fait le serment. Les sales types qui traînent au bois ne feront bientôt plus partie de ce monde. Celui qui t’a pris la vie est encore parmi eux mais ses jours sont comptés. J'ai cogité des jours et des nuits pour inventer l’arme parfaite, efficace à 100%. Tu peux être fière de moi autant que je le suis. Hier, j’ai été bredouille, mais je continue ma quête. La pluie a cessé, un satyre sera sans doute de sortie"
Le jour a bien décliné quand Léa part en petites foulées vers la forêt. Une combinaison moule sa jolie silhouette élancée et elle a pris soin de laisser sa longue chevelure flottée au rythme de ses pas. Elle ne veut pas passer inaperçue. Ses cours de self défense lui ont forgé un mental d’acier. Tous ses sens sont en alerte. Elle s’est mis dans la peau d’un gibier, mais, attention! d’un gibier dangereux.
Comme elle l’a déjà vécu deux fois, Léa se rend compte qu’elle est prise en chasse. Elle ralentit son allure pour laisser son poursuivant la rattraper. Ce qu’il fait. L’homme la dépasse, se retourne et avance les bras en même temps que Léa tend sa main munie d'un petit boîtier. Pression d’une touche. Un éclair. L’individu vacille. S’écroule. Mélusine le tire sous un arbre et reprend sa route sans un regard en arrière.

- Patron, ce n’est plus possible! On se ligue pour me gâcher mes congés! Ce dimanche, mes beaux parents sont en visite et c’est moi qui m’occupe du barbecue. Ce glandeur de Gondran ne peut pas faire un effort?
- Gondran est alité, vous le savez bien. Que voulez vous, on fait un métier ingrat. Vous auriez mieux fait de rester célibataire comme moi.
Max (dans sa tête) : c’est ça, oui! Si une femme avait voulu de vous, vous auriez été le premier à avoir la corde au cou.

Maupas. Même scénario, mêmes acteurs : le Commissaire, Max, Jacky, un homme allongé. A la différence des précédents, celui-ci agrippe une mince écharpe.
- Il est possible que l’on tienne l’agresseur de la jeune femme. Violeur, étrangleur mais malheureusement refroidi. Qui fait le ménage?

Jacky est à l’œuvre dans ce qu’il appelle «son frigo». Il compare minutieusement les vêtements de son trio de morts. Tissu chiffonné, limite fondu pour le synthétique, brûlé pour le coton, suite à un choc d'une rare puissance qui stop net le coeur. Grâce à quoi? Il faut qu’il approche un spécialiste du CEIG. Ils sont pointus dans ce domaine. Le savant mandaté a été formel. Il s’agit d’une avancée technique innovante dans le secteur de la criminalité. Un rayon laser à large spectre qui tue à bout portant et sans bruit. «Cette arme a son point faible, si j’ose dire. Celui qui s’en sert doit être intégralement protégé des ondes nocives sinon sa vie est en danger à plus ou moins long terme»

Léa râle sur son lit, elle se tord, à bout de souffle, inconsciente et déjà hors du monde. Elle connaissait, bien sûr, l’effet secondaire de cette invention et elle l’avait accepté. Des collègues inquiets la découvriront, la photo de sa soeur près d’elle et un petit appareil noir dans sa main grispée.

- Max, l’enquête est close. Il faut dire que tout s’est enchaîné à notre satisfaction. J’ai là le boitier tueur. Incroyable! Un truc qui a l’air tellement inoffensif.
Mais que faites vous?? Non. N'appuyez pas...
Ah! Juste au moment où Gondran passe la porte.
Ah! Le malheureux! Foudroyé!
Au moment où il m’apportait un papier : "Arrêt de travail pour une durée indéterminée»

PRIX

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Patrick Gibon · il y a
une vengeance qui détruit de l'intérieur et une chute en humour noir, tout y est rouge sang et noirs desseins!
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci, Patrick, pour le retour... c'est ainsi que je suis venue vous lire, vous étiez sous un de mes textes et j'avais omis de venir vous lire aussitôt. Bonne journée et toutes mes amitiés!
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Patrick Gibon · il y a
rien que normal, une "politesse" minimum!
je vais systématiquement lire au moins un des textes des personnes qui ont pris la peine de lire un des miens ; ensuite je vote ou non suivant mon ressenti, aussi simple que cela!

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Chateaubriante · il y a
cynique à souhait ! merci je vous ai suivie, courant à perdre haleine
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Ratiba Nasri · il y a
Une histoire originale et intrigante à l’écriture maîtrisée. La fin est géniale et pleine d’humour macabre (j’adore ! )
Bravo Elisabeth :-)

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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour commentaire et lecture, Ratiba... ce texte participait au concours "Court et Noir"
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Ratiba Nasri · il y a
Avec plaisir :-) A bientôt !
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Alexandre Legrand · il y a
Bonsoir,
Vous avez de l'imagination et l'art de manier le verbe, merci pour le partage

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Sylvie Talant · il y a
Eh bien voilà. Avec ce texte j'ai fini de lire les oeuvres que tu as mises sur l'étagère. J'attends les suivantes.
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Mila · il y a
Se faire justice... A quel prix ... Question délicate. Super texte, j'adore votre façon de raconter les histoires. Ironie et dérision pour évoquer des sujets lourds. Je ne suis pas une fine plume et encore moins une experte mais bravo !
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Elisabeth Marchand · il y a
Mila, je suis comblée car vous soyez venue me lire... Merci beaucoup... Je ne suis pas une experte non plus... je vais voir votre page. Amitiés.
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Proton40 · il y a
Belle trouvaille que celle de la liquidatrice liquidée !! toujours bien écrit..
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Arlo · il y a
A L'AIR DU TEMPS d' Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.
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Guy Bellinger · il y a
Un cocktail inédit de SF (l'arme fatale dernier cri), de thriller (le viol et l'assassinat, l'élimination en série des violeurs présumés) et d'humour grinçant (la fin à la fois terrible et bouffonne). Votre texte m'a bien accroché.
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci Guy... venant de vous, le compliment n'en a que plus de valeur...
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Guy Bellinger · il y a
Vous me flattez...
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Keith Simmonds · il y a
C'est clos, mais c'est toujours pregnant, Elisabeth ! J'aime !
Je vous invite à venir lire et soutenir ma “Lumière d’Amour” si vous l’aimez. Merci d’avance!

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Elisabeth Marchand · il y a
Merci Keith d'être passé sur ma page... j'ai lu votre poème mais, non qu'il soit mal écrit, je ne suis pas emballée...
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Keith Simmonds · il y a
D'accord, Elisabeth ! Merci d'être passé aussi !
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Elisabeth Marchand · il y a
Vous êtes courtois et j'apprécie... Naturellement, je suis toujours dans votre fans'club... Amitiés.
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