L’enlèvement de la chevelure

il y a
2 min
189
lectures
97
Qualifié
Image de 2020
Image de Très très courts
Ce matin là, je me suis réveillée en proie à une indéfinissable et étrange sensation.

Au cœur de cet entre deux, entre fin de nuit et petit matin, encore toute engourdie de sommeil, comme une bizarre impression "d'inhabituel"..

Alors, j'ai réalisé.. je n’étais pas dans un rêve mais juste "le jour d'après"..

La veille, Géraldine, une professionnelle bienveillante avait procédé à ce qu’elle avait nommé "l'enlèvement de la chevelure".

Ce matin là, ce qui était différent, c’était l’absence de mes cheveux chatouillant mon cou, c’était la pesanteur inédite du fin bonnet de coton recouvrant ma tête, prêt à glisser sur la taie d’oreiller à la faveur d’un mouvement un peu trop vif.

C'est drôle la vie.. j'étais une "traumatisée du coiffeur".. parce que ma maman, n'ayant pas trop de sous, m'avait emmenée, petite fille, chez un coiffeur pour homme qui, d'un coup de ciseaux dans ma queue de cheval, "couic", m'avait fait ressembler à un petit garçon.

Alors oui.. c’est drôle la vie.. moi qui m'étais si peu souvent fait couper les cheveux courts, marquée par ce souvenir d’enfance, voici que la veille, entourée de mes deux filles chéries, je m'étais retrouvée, chimio oblige, devant un miroir à regarder sans frémir, le rasoir courir sur mon crâne jusqu'à découvrir, nullement choquée mais au contraire avec curiosité, presque avec distance, cet autre moi..

Et quelques instants plus tard, ce jour d’avant, c'est un autre moi encore, une femme bien mieux coiffée que d'ordinaire grâce à une perruque à la coupe impeccable, moderne et d'aspect très naturel, qui s'était retrouvée dans la rue, entourée de ses filles, déterminée à faire de cet événement un souvenir doux plutôt que douloureux.

Alors, nous sommes allées dans un bistrot place de Clichy et nous avons trinqué à mes cheveux perdus et à la vie, partageant un moment mère-filles fort, chaleureux, singulièrement léger aux instants précieux, intenses et rieurs.

Et puis, ce jour d'après, j'ai senti l'eau ruisseler sur mon crâne, laissé mes mains prendre le temps d’effleurer délicatement la peau mise à nu et découvrir cette géographie nouvelle qui bientôt me serait familière.

Et puis j'ai vu dans le miroir ce visage sans crinière.

Et puis je me suis regardée.. regardée vraiment..

Et puis je me suis maquillée, parée de bijoux et prise en photo, avec la conscience qu'immortaliser cette image inattendue, surprenante et plus éphémère que les cicatrices m'était nécessaire.

Parce que je vivais une aventure humaine importante, mésaventure essentielle qui ferait désormais partie de moi quoi qu’il advienne.

Voilà.. j’étais chauve.. Pourtant je me suis trouvée belle et je me suis sentie forte, puissamment vivante, "guerrière" prête à combattre ce cancer du sein, à affronter les aléas de tous les jours d'après.

C'était il y a presque 5 ans.. et je n’ai pas compté le nombre de jours d’après que cela fait..
97

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,