L’électron et la tulipe.

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J'ai toujours su qu'un jour je dirais NON Ce jour est venu le 1er octobre 2015 Voilà Il ne faut savoir que cela  [+]

Il filait à toute allure, mais toujours en rond. Il tournait en rond oui, mais savait masquer sa position. Au centre, le noyau le regardait, décontenancé. Il ne pouvait voir en réalité que sa trace au loin, au fur et à mesure de ses cercles infernaux. Il était éphémère et éternel. Il était là et ailleurs, en même temps, il était particule et onde. Et pourtant, il était prisonnier.

Elle était statique, dans son champ, au milieu de ses congénères. Elle venait d’éclore et ses heures de fraîcheur étaient à présent comptées. Elle était belle, comme une fleur peut l’être. Délicate, fragile, étincelante, corolle tournée vers le soleil, une gouttelette de rosée posée délicatement sur sa tige, comme une larme qui s’écoule vers la terre nourricière.

Etre libre, voilà son but. Il avait entendu qu’il pouvait être libre. Qu’il pouvait rompre ce lien au noyau, rompre sa rotation camisole. Y arriverait-il seul ? Comment faire ? Comment s’extraire de cette attraction quantique, de cette force forte ? Imparable... Certains y étaient parvenus, mais ils avaient emporté ce secret avec eux, et on ne les avait plus jamais revus.

Elle rêvait de voyage, elle avait mis sa robe rouge pour être belle, pour qu’on la remarque et qu’on la cueille, pour qu’elle puisse être offerte à qui l’aimerait. C’était urgent. Sa beauté ne durerait pas. Trois jours tout au plus. Mais au milieu des milliers d’autres comme elle, elle était anonyme. Personne ne la verrait, jamais.

Soudain, il accéléra. Il ne sut pas pourquoi. Sa vitesse augmentait plus rapidement de microseconde en microseconde. Cet entraînement incontrôlé et incontrôlable lui donnait le vertige, une ivresse de liberté, folle, magique, lumineuse. Etait-ce là la libération ?

Soudain, une brise légère fit voleter ses pétales fragiles, elle en eut un frisson. Elle balançait sa silhouette et dansait. Un mouvement oscillatoire gracieux, élégant, empreint d'électricité. Elle vivait au monde, peu importe qu’on la cueille à présent, sa seule majesté suffisait.

Plus la vitesse s’accroissait, plus il s’illuminait. Le noyau était ébloui. Encore un qui se prend pour Dieu, pensait-il. Lui, il resplendissait, peu importe ce que pouvait dire le noyau. Il tournait et tournait, encore et encore, vite, si vite, de plus en plus vite, dans sa danse à lui.

La brise devint vent. La danse devint courbe. Le soleil disparut. Le rouge s’assombrit et regardait le sol. La tige résistait, sèche, cassante, la gouttelette évaporée.

Dans un grondement assourdissant, il fut éjecté. Dans ce fleuve de lumière qui l’emportait il n’était pas le seul. Ils se regardèrent étonnés mais n’eurent pas le temps de se parler. Cela ne dura qu’un instant. Et pour cet instant, ce seul instant, il avait tout espéré.

Elle sentit la terre vibrer et grésiller. Une énergie inconnue monta dans sa tige. Une force incommensurable de puissance la redressa d’un coup. Frappée de stupeur, d’illumination, son rouge explosa au ciel dans une décharge instantanée.

- Allez les enfants, il faut rentrer, l’orage gronde, dit la maman au milieu du champ de tulipes rouges
- Mais Maman..., je voulais m’en cueillir une..., protesta la plus jeune
- Plus tard, plus tard..., laissons les tulipes aux éclairs pour le moment.
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