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L’effet PplerDo des chenilles foraines.

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Philippe Ribaud

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J’ai commencé à remarquer, alors que je venais de finir mon travail au CERN, qu’il se passait quelque chose lorsqu’une GT a fendu les airs d’une avenue de Thonon-les-bains et s’est approchée de mon poste tranquille, à grande vitesse, en produisant un son de plus en plus grave puis s’est éloignée, tout aussi vivement dans les aigus. En quelque sorte une espèce de OUiii distendu et un Nooon qui s'éternisaient étrangement.
Je n’aurais peut-être pas réagi aussitôt si je n’avais pas été accompagné par un ami non-voyant qui s’est figé, visiblement désorienté ; s’est mis à blêmir, sa canne du même ton tremblant inhabituellement.
Je sus à cet instant qu’Il y avait là une inversion des possibles et des repères qui s’étendit rapidement à la planète entière.
Partout les chenilles processionnaires faisaient vibrer gravement les acacias au point de les faire s’effondrer.
Les plus infimes moustiques zonzillaient tels de gigantesques frelons revenus du Carbonifère.
Les orages se faisaient à peine entendre ; striés d’éclairs bruissant tels des zips du même nom.
L’armée fut vite sur le qui-vive mais les hélicoptères vibraient d’un bruit d’alouettes et les chenilles des tanks grinçaient en sourdine. Les décideurs demeurèrent sourds et muets.
On me dit qu’autour des pavillons les chats de quartiers dont les clochettes tintinnabulaient telles des horloges comtoises feulaient dans les suraigus ne retrouvant plus leurs proies habituelles ; la gent-trotte-menu émettant, quant à elle de pachydermiques infrasons.
Dans les océans de tous les hémisphères tout ce qui tentait une géolocalisation finissait par échouer, qui sur la grève, qui sur les fonds pierreux. Un descendant du professeur Picard et un chasseur de trésors disparurent dans l’insondable et sombre solitude de la Fosse des Mariannes.
Quand les couleurs furent touchées ; les rouges virant au bleu, les gris aux camaïeux selon l’humeur du hasard ; les verts ne mûrissant plus et les oranges se fanant, le monde bascula.
Très loin, au cœur de la Galaxie, un trou noir s’est éteint.
Alors, ce jour-là, mon ami s’est perdu ; mon ami s’est pendu, comme beaucoup d’autres personnes d’ailleurs.
Et tout cela parce que l’autre jour après un arrosage mémorable près d’un manège de kermesse j’avais dit « Eh les amis, si on tournait dans l’autre sens maintenant ? »

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Philippe. Je relis avec beaucoup de plaisir votre conte plein d'humour.
Vous avez aimé ma chienne Ianna. Je pense que vous aimerez mon spectacle nocturne tout autant : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/spectacle-nocture
Bonne journée à vous !

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Ginette Vijaya · il y a
Totalement inattendu comme chute !
Je concours aussi avec le texte " de roues en roues"

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Golive · il y a
Merci à toi cher PR de m’avoir délié la langue à travers ton rêve éveillé !
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Golive · il y a
Ce printemps j’ai vécu la descente aux enfers de ces colonnes procesionnaires tort-tueuses.

Le pin de mon jardin portait 34 nuage gris qui suintaient l’un après l’autre pour se recroqueviller à sa base et choisir la direction d’une prochaine invasion. De jolis disques colorés préparaient leurs grandes traversées d’aventures incertaines.

Pendant presque trois semaines cette descente m’accapara. Tous les jours c’était l’inspection et la destruction par l’essence et le feu de ces hordes regroupées en cercle de sorcières ou en convois tortillants. Je n’ai pas trouvé d’autres solutions moins terrible. Le vent dispersait les odeurs de morts mais aussi leurs poils. Je devais me laver et laver tous mes vêtements pour ne pas me gratter éperdument. Des longues traînées de fibres grises collées le long du tronc enlaçaient toutes les branches.
Puis un jour cela s’arrêta.
Je décida de supprimer ces nids morts après m’être abreuvé de lectures virtuelles sur leur existences.
Une échelle, une scie, un sécateur, une corde et des GANTS... en bas une brouettes, le lieu de leurs derniers supplices.
Cette fois l’odeur du pin remplaçait cette vilaine odeur de viande brûlée.
Je mis une semaine à cet ouvrage.
Pour ne pas revenir couvert de piqûres de leurs débris morts, j’étais habillé de pied en cap. In fine ce sont les gants et les outils qui connurent la flamme. Le pin avait perdu presque toutes ces boules grises mais aussi ces extrémités goûteuses remplies de sève bourgeonnantes.

C’est ainsi que démarra l’été et le début de mes soulagements et de mes rêves de revanches contre les ennemis de la nature.

Plus tard je compris l’erreur des hommes de vouloir décorer leurs lotissements hideux d’une nourriture nécessaires à ces envahisseurs. Mais rien n’y fera elles reviendront sur leurs lieux de naissance pour préparer d’autres conquêtes intestines.

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Jean Michel Very · il y a
Bravo Philippe, une approche originale toute en finesse
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Otöto · il y a
Effet Doppler ou papillon,
eppahce suon eiv al ed sens el.
Bises

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Catherine Corbeau · il y a
SUPER !
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Roberto Giunta · il y a
Émouvant et bien écrit !
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Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo, Philippe, pour cette œuvre bouleversante ! Mes voix !
Une invitation à lire mon œuvre qui est également en lice ! Merci d’avance !

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Joëlle Brethes · il y a
Tour de Babel généralisée à cause d'un apprenti sorcier ! Ca fait mal ! ;-)
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