1
min

L’autoroute de la liberté

11 lectures

1

Ils avaient roulé déjà plusieurs heures, quand ils s’arrêtèrent pour manger sur une des aires de l’autoroute. Gérard, à son habitude, n’avait pas desserré les dents. Il faisait la tête. Ils commandèrent une bière et un insipide sandwich qu’ils mangèrent, en compagnie de quelques chats faméliques qui avaient sans doute été abandonnés sur cette portion d’autoroute par leurs maîtres, partant pour les vacances du mois d’août. Céline, tandis qu’elle avalait sa dernière bouchée, ne se doutait pas qu’elle subirait, dans les quelques minutes qui suivraient, le même sort. Elle se dirigea en effet vers les toilettes et quand elle sortit après s’être un peu rafraichie, elle eut la surprise de constater que l’auto avait bel et bien disparu. A peine eut-elle le temps d’apercevoir ses feux rouges arrière tandis que Gérard s’engageait sur la bretelle de l’autoroute. Que pouvait-elle faire ? L’avait-il abandonné pour de bon ?

Elle décida de patienter avant d’appeler l’une de ses filles à l’aide, espérant qu’il reviendrait quand même la chercher. Au bout d’une heure, il revint en effet, après avoir été obligé de faire un très long détour. Il lui avoua ne pas s’être aperçu de son absence. Ce n’est qu’au bout de quelques kilomètres, lui ayant enfin adressé la parole, pour lui demander si elle n’avait pas oublié de fermer le chauffage, qu’il se rendit compte, faute de réponse de sa part, qu’elle n’était pas assise à côté de lui. Leur vie commune, n’avait rien d’agréable et, après cet événement, nouvelle preuve, s’il en était besoin, de sa radicale indifférence à son égard, elle lui en voulait beaucoup. Comme ils avaient pris beaucoup de retard, en raison de cet incident, ils décidèrent de coucher dans un de ces hôtels de bord de route. Epuisé, Gérard, sombra très vite dans le sommeil. Il ronflait même bruyamment. Céline, furieuse contre lui, le regardait dormir, pleine de haine et de dégoût pour cet homme qu’elle avait pourtant aimé, il y avait maintenant bien longtemps. Si elle avait eu un fusil de chasse à portée de main, nul doute qu’elle en aurait volontiers fait usage. Comme, d’autre part, elle ne se sentait pas de force à l’étrangler, ni le courage de l’émasculer, elle fut bien obligée de renoncer à son projet de le trucider. En y réfléchissant, elle décida de le punir par où il avait péché. Tandis qu’il continuait à dormir, elle prit, dans sa poche de pantalon, les clés de sa voiture, prépara quelques vêtements pour elle et partit à son tour sur l’autoroute, l’autoroute de la liberté. Elle était désormais en grandes vacances. Plus jamais il ne la revit. C’était tout ce qu’il méritait !
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Grenelle
Grenelle · il y a
Elle a pris un raccourci et puis il lui avait ouvert la voie. Sur la vraie route, ce n'est pas toujours aussi facile.
·