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L'assassin

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Jonathan Itier

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Depuis quelque temps Victor le mettait très mal à l’aise. Quoique son amitié pour lui fut vivace, il avait l’étrange pressentiment d’être face à son meurtrier. D’une manière ou d’une autre, les circonstances futures les précipiteraient l’un et l’autre dans un affrontement qu’il paierait de sa vie. Comme il n’avait aucun moyen concret de lui prouver son inquiétude, il écourtait volontairement leurs entrevues et affectait une distance où la révérence se mêlait à la haine. Quitte à être assassiné, autant l’être par un inconnu. Cette pensée bizarre raviva chez lui l’obsession de la maladie et de l’insécurité. Vint un jour où sa relation avec Victor s’étiola et cessa tout à fait.

Dans un sursaut de bravoure, mais après un délai raisonnable, il osa lui rendre visite chez sa vieille mère, afin de lui exposer ses vues. On lui apprit que le pauvre garçon, dont le cœur avait toujours été fragile, s’était trouvé mal lors d’une fête et qu’il était mort dans un hôpital quelques jours après. A la consternation que suscitait cette fin trop soudaine, se mêlèrent les regrets sincères d’un homme abusé par son intuition.

Lorsqu’à son tour, bien des années plus tard, il sut qu’il allait s’éteindre, sa dernière rêverie fut celle d’un homme capuchonné avec qui il livra une bataille acharnée, et par lequel il fut frappé d’un poignard. Cet homme avait, bien sûr, le visage de Victor, mais son sourire était beaucoup trop triste pour être celui de l’ami qu’il avait connu jadis. Il succomba, dans son lit, à cette ultime frayeur que lui causa ce qu’il perçut véritablement comme la vision de la mort elle-même.
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