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l'arrivée (version couleur)

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Alain Cirier

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Pour raccourcir son trajet jusqu'à son domicile, il remonte les wagons de son train qui s'approche de sa destination finale, Paris Montparnasse. Il passe devant le bar, traverse la1ere classe, arrive sur la dernière plateforme et s'assied sur un strapontin en attendant l'arrivée. Progressivement, il prend conscience d'une grosse valise rose à roulettes face à lui. Sa structure rigide et sans doute légère, sa poignée télescopique repliée, de faux diamants incrustés lui font imaginer un propriétaire étranger, sans doute en provenance de l'Inde, se déplaçant peut-être en famille. Une valise qui passerait inaperçue dans les allées des hôtels d'Eurodisney.
Le personnel du train annonce l'arrivée. Il est tard et il pense à son trajet en se demandant quel sera le meilleur moyen de rentrer chez lui après être descendu du train.
D'autres passagers pressés le rejoignent sur la plateforme.
Machinalement, il cherche dans sa poche sa boîte de petits bonbons, le regard perdu. En la sortant, la valise rose réapparaît dans son champs de vision et lui semble plus grosse qu'auparavant. Aucune des personnes qui patientent avec lui ne s'en soucie, ce qui l'étonne. Elle oscille en osmose avec les secousses du train à chaque franchissement d'aiguillage.
D'une main, il ouvre le petit clapet de la boite sortie de sa poche, et la secoue au-dessus de son autre main. Un premier, puis un deuxième petit bonbon en tombent.
Cette valise commence à l'intriguer et l'image d'Eurodisney s'estompe.
Il porte les deux petits bonbons à sa bouche. Deux tic-tac.
Il sent les bonbons se poser sur sa langue en même temps qu'un immense souffle provenant de la valise. Il entend un bruit sourd, étouffé, et prend le temps de penser "tic tac.... Boum" en esquissant un léger sourire.

Cet instant invisible lui donne l'impression de maîtriser le temps.

Les personnes autour de lui semblent figées à attendre l'arrivée en gare, le regard absent, les doigts suspendus à un écran tactile, la main tenant le micro de l'oreillette devant la bouche, ou encore l'attention portée à leur interlocuteur.
Il se rend compte qu'il est le seul à avoir senti le souffle, avoir entendu l'explosion intériorisée.
Il aperçoit la fissure provoquée sur la valise et la fumée qui s'en échappe. Elle est du même rose que la valise.
Il la suit du regard et ses yeux ne cessent de s'agrandir au fur et à mesure qu'il devine la forme prise par ce nuage.
Le temps poursuit cependant son cours et, le train s'arrête net en bout de quai, projetant sa tête sur la vitre derrière lui et provoquant une mise au point automatique de sa vision. La valise rose est toujours là. Intact. Un homme debout à côté de lui le presse d'ouvrir la porte et de sortir. Les 2 bonbons sont encore posés sur sa langue.
Il se lève, ouvre la porte, descend du train et se dirige, hagard, vers le bout du quai. Une sensation de bonheur et d'espérance l'envahit progressivement. Il l'a vu, c'est sûr. Il le sait. Maintenant, il en est certain. Il va la retrouver.
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