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L’argent dans le couple

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Ça m’en a pris du temps avant de trouver ma partenaire idéale, l’amour de ma vie. Mais avant de vous dire comment je l’ai rencontrée, je vous raconte par quoi je suis passé.

Dans une banque, je travaillais et je m’ennuyais. Je rêvais de faire du sens à ma vie, mais en regardant tout le monde autour de moi, je me décourageais. Des automates, sans plus. Sors l’argent, rentre l’argent, trafic, travail, beuverie du vendredi soir, dodo. On m’a déjà dit que dans la vie, il faut faire prospérer les gens qu’on aime. Sachant que j’avais déjà tout pour m’enrichir, j’ai alors cherché quelqu’un à aimer.

J’ai rencontré mon premier partenaire, Monsieur Casino. Il dégageait une belle confiance en lui. Je croyais qu’il était attiré par ma délicatesse, tellement il était doux avec moi. Mais j’ai compris que ce n’était qu’un être épouvantablement superficiel et un voleur! Il m’exhibait devant tout le monde à la moindre occasion. Je n’ai plus ressenti d’amour pour lui le jour où cet opportuniste a mis à pied des centaines de ses employés. Je me souviens encore d’avoir pleuré au restaurant quand je lui ai avoué que je le quittais. Il m’a balancé qu’il pouvait en trouver plein d’autres, des comme moi !

Peu de temps après cette mésaventure, je suis tombé sur Monsieur Crochu. Il m’attirait car j’avais envie de le sauver. Le pauvre était un artiste non assumé, qui voulait à la fois être un original et une personne normale. Quand j’ai appris que Monsieur Crochu avait de graves problèmes de santé mentale, je lui ai offert de payer ses médicaments. Au début, il me remerciait, mais une nuit, il m’a avoué qu’il ne se soignait plus depuis plusieurs jours et qu’il ne m’aimait plus car je l’empêchais d’être lui-même. Dans son délire, il a jeté mon corps dans une grosse poubelle bleue dans la rue. Ho ! Quel cauchemar ! J’ai dû me sauver de cette personne stupide.

Il fallait que je prenne une décision sinon j’allais finir ma vie dans la solitude. Après avoir observé Madame Grand pendant plusieurs jours, j’ai remarqué sa grande générosité. Elle faisait beaucoup de bénévolat et était en parfaite santé. Elle n’était ni riche, ni pauvre. J’ai faussement cru que j’avais enfin trouvé une personne humaniste. J’ai commencé à sortir avec elle et elle a essayé de me convertir au sacrifice de soi. Si elle-même se sacrifiait, je ne comprenais pas trop pourquoi elle quémandait autant d’attention et de reconnaissance à ses neveux. Leurs cadeaux de Noël étaient censés leur faire plaisir gratuitement, non ? Mais qu’importe, je l’aimais malgré ses petits travers. Madame Grand s’est fâché contre moi quand elle a appris que j’avais acheté des actions. Elle m’accusait de ne penser qu’à l’argent! Moi ?! Elle a rompu avec moi et a déménagé chez un adepte de la simplicité volontaire. Je regrette d’avoir perdu mon temps avec cette crétine.

Roulant dans la rue, me laissant diriger par le vent, m’égratignant sur l’asphalte, je pleurais. Je n’en pouvais plus des relations amoureuses, mon cœur était déchiré. J’ai pensé à en finir. Je regardais la bouche d’égout en me demandant si je pouvais sauter dans l’eau et m’y noyer.

Tout d’un coup, elle est apparue ! Une vision de rêve. Cette femme, avec qui je suis aujourd’hui, était en train d’offrir un café dans un gobelet et un carton de beignes à un sans-abri assis sur le trottoir... avant de remonter dans son auto de luxe. Elle semblait porter le parfait équilibre entre l’humanisme et l’opportunisme, entre aider les pauvres et s’enrichir! Elle ne s’était pas encore assise dans son auto que j’ai tourné ma surface vers le soleil pour qu’il reflète sur moi. Elle a aperçu ma brillance, enfin! Elle a dû craquer pour mon joli teint car elle s’est mise à marcher dans ma direction. J’ai dit adieu à la bouche d’égout et j’ai laissé cette belle et gentille et intelligente femme me prendre.

Je me sentais bien dans ses doigts tout doux, puis dans sa poche de jeans, je sentais la chaleur de son corps. Dans sa maison, elle a doucement lavé ma peau avec un chiffon et enlevé la boue qui m’était restée collée dessus. Ensuite, elle m’a fait sécher en me suspendant sur une corde avec une épingle à linge. Elle s’est esclaffé :
-L’argent sale, ça se lave!
Aujourd’hui ce que j’aime le plus, c’est quand je me repose dans sa collection à côté des autres billets d’argent comme moi. Je rêve du jour où je l’enrichirai à un point qu’elle mérite tellement, mon amour.
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