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L'arbre généalogique

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Olibrius

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Il y aura des heures lasses où je me tiendrais, accoudé au stylo, pour circonvenir le temps qui passe. Les morts viendront me parler dans la main. J'entendrais leurs rires qui furent et la brillance de leurs yeux fera luire mes doigts jusqu'à ce que le songe se dissipe et que je reste seul au milieu des chimères.

Parler de la mort d'autrui perpétue l'incertitude de maintenir la protection des enfants.

Il reste à coudre ensemble les minutes du jour en brodant sur leur tissu des écritures familières. Encore faut-il croire à l'existence des noms avant que ceux-ci ne prennent la seule concession vacante, celle de leurs lettres dorées sur la pierre tombale qu'ira lire sous la pluie battante celui qui voudrait tant les aimer mais qui ne le peut parce qu'il commence à avoir faim, qu'il n'a pas de machine portative pour trier ses émotions et qu'il est seul parce que personne ne le voit...

C'est le moment de décrire un arbre à proximité de la tombe où l'être sensible est allé se protéger de la mort et de la pluie qui l'a fait éternuer, il contemple le cimetière comme il le ferait d'un faire-part et s'exclame en touchant le bois :
- C'est là mon pays !
Nul ne sait de quoi il parle et lui-même savoure le plaisir qu'il a ressenti d'avoir fendu le silence en exprimant quelque chose d'incompréhensible mais dont le bruit a comblé le trou...

L'arbre est un bel arbre majestueux avec des racines profondes qui doivent leur exubérance à la chair des morts. C'est pourquoi, personne n'a gravé un coeur sur son écorce, on le respecte comme un personnage officiel destiné à dire la surface à ceux qui n'y sont plus. Avant de s'éloigner, l'être sensible le caresse, au-revoir souterrain scellant l'alliance de l'humain avec le végétal.
Un cimetière ne peut rien contre un homme de trente ans...
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