2
min

L'apprenti marin

17 lectures

0

Gaëtan : - « Dépêchons-nous, prenons notre petit-déjeuner et accordons à notre humeur radieuse le soin de se mettre au diapason de cette belle journée lumineuse. Jean, hâte-toi. Une sortie en mer t’inspirerait-elle ? ».
Jean : - « Aujourd’hui, l’aventure n’effleure même pas mon esprit. La paresse semble s’être emparée de moi et plutôt que de me laisser bercer par les flots, le rêve auquel j’aspire à présent est de donner à ma langueur sa pleine existence. Me blottir à nouveau dans mes draps, après cet intermède culinaire, répond particulièrement à l’ardent dessein qui actuellement est le mien, rien ne saurait m’en détourner».
Gaëtan : «  Comme tu voudras. Tu as fait ton choix, je n’ai guère le temps de tergiverser, je rejoins de ce pas le port. Préviens les parents de mon absence, je serai de retour en fin de matinée ».
Je me précipitai dehors, la tartine de pain toujours à la main et le sourire suspendu à mes lèvres, les yeux écarquillés par le plaisir de donner vie à l’imprévu dont je connaissais la teneur, celle de l’excitation de chevaucher des flots bienveillants sur mon voilier bigarré, capable de me porter au bout du monde, animé d’un élan intrépide, prêt à affronter et se mesurer à la pire des tempêtes si celle-ci à l’improviste se présentait.
L’air était vif et piquant, une légère brise éclaircissait l’atmosphère, lui donnant l’éclat et la pureté du diamant, autant que mon allant se sentait revigoré à l’idée de cette inédite escapade aventureuse. Un ciel bleu, à peine moutonné de hauts nuages blancs, parsemait la voûte céleste dans laquelle mon esprit se perdit un instant en rêverie en la scrutant.
La anse où mouillait mon bateau était située à un saut de puce de la maison. L’emplacement réservé à mon esquif était le même depuis des années. Mon père se chargeait d’informer les autorités portuaires de notre imminente arrivée avant chacun de nos séjours saisonnier à Cassis, afin qu’elles s’assurassent de le tenir prêt en cas d’éventuel projet de sortie impromptue en mer. Une petite entreprise locale, de son côté, garantissait la maintenance du bateau. D’un rapide coup d’œil, je pus constater que les couleurs de l’arc en ciel de la coque venaient d’être repeintes. Je pensais à en aviser mon père à mon retour à la maison de manière à ce qu’il remerciât les responsables de l’entreprise du soin qu’ils réservaient à notre matériel durant notre absence, ce pour quoi d’ailleurs nous louions leurs services.
Je défis rapidement la corde de la bite d’amarrage à laquelle était attaché mon voilier flambant neuf. Je mis en marche le moteur, le temps d’emprunter les méandres du port et de franchir l’ultime digue qui, une fois dépassée, offrait alors à mon regard ébahi mâtiné d’impressions émotives, l’incomparable spectacle de l’immensité de flots vierges et sauvages que je m’apprêtais à dompter dans ma plus simple et franche humilité, dont les reflets moirés m’aveuglaient comme par enchantement.
Je hissai la voile de l’unique mât de mon embarcation et je gagnai docilement le large. Les embruns déjà fouettaient mon visage laissant derrière eux leurs empreintes crues et salées, puis cheveux au vent, l’ivresse de la liberté en poupe associée à mon indéfectible élan de jeunesse, agrémentée de ma fragile solitude face à des éléments insoumis, exalta mon sentiment de complète béatitude.
Comme j’aurais aimé que se figeât le temps et éprouver à jamais cet indicible bien-être dont je ne désirais plus me départir. Seul au milieu de l’océan mon existence semblait prendre un sens, à l’abri de toutes insouciances.
D’autres équipées en mer s’ébauchèrent dans l’esprit de Gaëtan qu’il lui faudrait nécessairement à l’avenir assouvir.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,