L‘Appel de la Mer

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Cela aurait pu être une année scolaire comme les autres si ce phénomène si étrange qui touchait le monde entier ne s’était pas rapproché si rapidement de nous. Depuis quelques mois, sur les cotes anglaises un phénomène à la fois extraordinaire et terrifiant survenait. La Mer devenait folle et meurtrière. Elle semblait partir à la conquête des continents et avait déjà vaincu le Royaume-Uni tout entier.

Depuis une semaine, elle était là, en France, à une centaine de kilomètres de notre lycée, et nous savions que tout allait rapidement basculer vers la terreur et le chaos. Sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels c’était déjà l’effervescence. La Mer, dans sa folie meurtrière avait déjà englouti la quasi totalité de l’Ouest de la France. Son appel tuait. De Calais, à Brest, à St.-Nazaire ou encore Bordeaux, tous étaient touchés et subissaient une sorte de fin du monde. Les Hauts-de-France, et la Picardie plus particulièrement ne fut pas épargnée, déjà, les bords de mer se rapprochaient et n’étaient plus à Quend ou à St Valery sur Somme mais bien à une vingtaine de kilomètres d’Amiens. Mais aucun médias n’avait divulgué comment cela se passait précisément. Nous ne savions rien et malheureusement nous allions nous heurter à cette mer déchainée bien trop rapidement. Nous nous rendions toujours au lycée par manque d’information et de moyen d’en échapper. Nous allions mourir, c’était inévitable.

J’ai su que c’était en train de nous arriver aujourd’hui lorsque mon professeur d’histoire se leva, comme envouté et quitta notre salle de classe avec derrière lui quelques élèves dans le même état. C’était l’heure, elle était là.
Je ne sais ce qu’il s’était passé mais deux heures plus tard, je me trouvais allongée sur une étendue de sable comme des centaines de milliers de personnes. Ma première réaction fut de chercher mes amis mais je ne les trouvais pas. Je me précipitais alors vers la Mer, cette Mer maudite lorsque Thomas, un surveillant du lycée m'attrapa fortement et me ramena au lycée. Instinctivement, je me dirigeais vers le CDI, là où nous passions tout notre temps avec mes plus proches amis. Les deux documentalistes qui distribuaient des gâteaux, des boissons ne me firent qu’un faible sourire se doutant surement que j’étais la seule survivante de mon groupe d’amis.

Quelques heures plus tard, certains élèves partaient. C’était en train de recommencer. La Mer n’allait donc nous laisser aucun répit. Sur ordre des documentalistes tout le monde sortit pour éviter que lorsque l’appel deviendrait plus fort nous ne nous blessions en voulant sortir. Je pleurais encore et encore comme beaucoup d’autres lorsque Mme Delarue vint me parler d’une légende qui retint mon attention.

Il y a fort longtemps, dans tous les cantons on parlait d’un vieux menuisier qui pouvait survivre à tout : à un séisme, à une éruption volcanique et même à des tsunamis. Certes, c’est différent de ce que nous vivons aujourd’hui mais il avait développé une substance qui le protégeait de tout. La légende dit que lorsqu’il s’est éteint, de vieillesse et d’épuisement, ce vieux menuisier a caché cette substance et sa recette dans sa petite maison située au dessus de son atelier.
Pensez-vous que cet atelier et cette maison existe réellement?
Bien sur, toute légende a sa part de vérité. Reste ici et trouve le livre « l’art de la menuiserie 16e siècle ». Si il y a une chance même infime pour que tu t’en sortes, les réponses sont à l’intérieur.

C’est ainsi que ma quête commença. Ce ne fut pas bien compliqué de trouver ce livre vu le rangement précis et par ordre alphabétique de chaque catégorie de livre. Cela faisait des heures entières que je cherchais, que je feuilletais les pages de ce livre en espérant y trouver la fameuse maison et son atelier ou encore la recette miracle. Il n’y avait que des détails que j’estimais inutiles sur l’art de la menuiserie du 16e siècle. Alors que je commençais à me dire que Mme Delarue se trompait, une idée me vint à l’esprit : et si chaque lettre, lue à la verticale formait des mots puis des phrases... Je me rendis rapidement compte que ce n’était pas le cas. Alors que j’essayais de toutes les façons possibles de trouver un message caché à ce livre de menuiserie, je me sentie comme absente de mon propre corps, c’était l’heure, je n’allais plus pouvoir résister.

Cela se passa comme la dernière fois, et lorsque je fus de retour sans attendre quiconque, je me remis à chercher un indice, ou quelque chose même insignifiant qui pourrait me permettre de nous sauver.
Eurêka ! Chaque 1er mot de page forme des phrases ! C’est ça ! Alors cela donne...

« Le bois dans l’atelier sera la clé. Atelier de menuiserie il faudra trouver pour découvrir l’invraisemblable secret. Loin des idées reçues à Reims est l’atelier. Maison ou prison là bas est enfermé le plus grand des secrets. Dans le mur de bois de Sud à Ouest se trouve le parfait alliage. Vers Sofia alors il faudra aller puisque là seul peut être dévoilé le savoir ici disparu. Artisans de toutes époques là-bas connaissent la légende qui du secret est né. Ils aideront à construire un refuge qui devra maintenir en vie le monde. »

Alors sans y réfléchir plus longtemps je me dirigeais vers le bureaux des documentalistes pour remercier Mme Delarue et la prier de venir avec moi. Mais je vis dans les yeux de Mme Scripta (l’autre documentaliste) ce que je ne voulais croire. Rougeurs, larmes et sanglots l’étouffait. Mme Delarue n’était plus. Je ne pus retenir mes larmes : c’en était trop pour moi. Comme pour me sauver de cet enfer, Thomas arriva. Voyant les larmes sur mes joues, il me prit à l’écart pour discuter. Sans Mme Delarue, je ne voyais pas avec qui partir, alors Thomas apparu comme mon sauveur. Dès que je lui eus exposé la situation et mes découvertes, nous partîmes vers Reims.

Une fois à Reims, nous trouvâmes l’atelier et la maisonnette dans le centre-ville. Thomas enfonça les portes et nous entrâmes à l’intérieur. Tout était si poussiéreux, si vieux, si abandonné... Les créations en bois semblait dater d’hier et pourtant l’atelier était abandonné depuis des décennies. Une fois dans la maison, nous trouvâmes sans mal la recette miracle grâce aux indications du livre, et même quelques restes de substance qui allait nous permettre de rester en vie jusqu’à Sofia. Sans s’attarder plus longtemps, nous repartîmes en direction de la capitale bulgare.
Aux alentours de Strasbourg, alors que tout se déroulait comme prévu, tout se stoppa autour de nous : voitures, passants, feux... Le monde entier semblait s’arrêter mais pas nous. Alors cela devait être vrai, cette substance pouvait nous sauver ou du moins nous faire échapper à un nouvel appel. À la radio, nous entendions certains journalistes près de la mer décrire les faits de cette façon : « Nous assistons au phénomène le plus étrange que nous n’ayons jamais connu. Cela fait plusieurs mois déjà que le Royaume-Uni l’a connu et plusieurs semaines qu’il n’est plus. Aujourd’hui, c’est au tour de la France et la Mer semble bien agitée. Nous pouvons je pense le dire avec certitude, nous assistons à un nouvel appel. Nous voyons déjà affluer de nombreuses personnes comme hypnotisées le long des nouvelles plages. La terreur va commencer, je suis heureuse de pouvoir encore vous parler. Je vois déjà des centaines de personnes se diriger dans l’eau et la mer faire des tourbillons... La mer devient de plus en plus agitée et... » Sans plus de renseignements, nous en déduisions que son heure était venue.

Cela faisait déjà plus de vingt heures que nous étions partis du lycée Thomas et moi et il nous restait encore environ 4 à 5 heures de route. Et si nous n’arrivons pas à temps, le secret du vieux menuisier s’éteindra à tout jamais en même temps que le monde entier. Je n’avais plus peur de la mort, nous vivions à ses côtés. Thomas et moi, nous semblions être les seuls à chercher encore de l’espoir. La Mer tuait mais nous étions en sécurité grâce à une mystérieuse substance du 16e siècle...
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DEBA WANDJI · il y a
Très beau texte, Justine.
j'adhère par mes voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Tarek Bou Omar · il y a
Bonsoir Justine, ma voix pour ce beau texte :).
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le Prix des jeunes écritures : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-soleil-s-eteint-sur-mon-destin-1?all-comments=1#fos_comment_comment_body_4242995. Bonne continuation :).

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Gaelle Ghanem · il y a
Bravo, j'adore votre style! Très beau texte, courageee!
Je vous invite à découvrir mon oeuvre: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/noir-cest-noir-il-me-reste-lespoir

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Utilisateur désactivé · il y a
je suis en finale
svp votez pour moi 😉

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Alessandro MINIMO · il y a
Bravo Justine, j'ai beaucoup aimé ton histoire. Tu as toutes mes voix +3, n'hésite pas à me lire, merci ;)
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Merve Tuncay · il y a
Super. Tu as toutes mes voix.
Je t'invites à également voter pour moi pour un autre prix :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-politique-noir-plus-fort-que-les-montagnes

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Safae Maali · il y a
Super oeuvre, mes voix je t'invite à me voir dans la catégorie 11-14 ans , merci d'avance !
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Lise Gaudefroy · il y a
Bravo ma belle tu écris très bien... Continue... 😘
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Martine Buquet · il y a
Super ! très beau texte une belle histoire ! Mériterait une suite , bravo