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L’APPEL (2ème partie) : LA RENCONTRE

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Pénélope

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A grands coups de rames, il s’éloigne de la rive. Peu à peu, il laisse « Les Chenets » et Tante Agathe derrière lui. « Les Chenets » ! Comment cette belle demeure au bord du lac a-t-elle pu se transformer en prison? Maintenant, il regarde de l’autre côté, vers cette île qu’il a décidé d’atteindre ce soir, hanté par « la lueur » qui semble l’appeler depuis plusieurs jours. Il est difficile de partir pour un voyage inconnu et hélas les difficultés ne cessent pas une fois que l’on a largué les amarres. Quitter « Les Chenets » par une nuit d’hiver sans avertir qui que ce soit ! Pour lui, c’est beaucoup d’audace. Il lui en faudra davantage pour cette première traversée du lac dans une vieille barque. A plusieurs reprises, ses rames s’emmêlent dans les chevelures nauséabondes des plantes aquatiques. Il n’ose imaginer ce qui gît au fond de cette étendue d’eau noirâtre. Pas le moindre rayon de lune pour le guider ! Seuls les cris des animaux nocturnes pour l’accompagner : des plaintes, des gémissements, des soupirs comme s’il était entouré d’âmes en souffrance comme la sienne, noyées dans leur mélancolie. Le plus dur est de ne pas se retourner, ne pas se laisser tenter par l’apparente sécurité des « Chenets », ne pas faire demi-tour.

Il finit par atteindre les abords vaseux de l’île. En sortant de la barque, ses pieds s’enfoncent dans la boue gluante. Il sent des créatures s’enrouler autour de ses chevilles et des ailes lui frôler la tête. Point de clarté, plus aucun signal pour l’appeler, encore moins pour lui indiquer le chemin. Il commence à douter. Qu’est-il venu faire à cet endroit ? Il croît entendre la voix de tante Agathe : « Il n’y a rien de l’autre côté ! » L’idée que ce soit vrai le terrasse plus que tout. Et si Tante Agathe continuait à avoir raison ! Non ! La colère le pousse à s’avancer un peu plus loin jusqu’à ce qu’un bruit lui fasse tendre l’oreille, c’est le crépitement d’un feu. En suivant le bruit, il finit par en percevoir l’odeur puis la clarté. La clarté enfin ! Il pense discerner un homme accroupi au pied du feu. Etrangement, il ne ressent ni peur, ni joie, ni déception devant cette vision. Mais l’homme prend vie, il se met à parler. Un enchaînement de phrases prononcées sur un ton monocorde, des mots qui n’attendent pas de réponses, comme un monologue intérieur sauf qu’il s’adresse à quelqu’un :

―Tiens ! Apparemment, je ne suis pas le seul à connaître cette île. Je me croyais peinard !
N’aies pas peur ! Tu ne crains rien ! Même pas armé !

Il ouvre les bras bien grands pour prouver qu’il n’a rien à cacher, aucune mauvaise intention.
Puis il enchaîne comme s’il savait tout :

―Besoin d’t’échapper un peu, hein ? Comme moi. Sauf qu’on doit pas v’nir du même endroit toi et moi. J’venais souvent sur cette île dans l’temps...

L’évocation du temps le perd dans une longue pause méditative puis il reprend :

―Tu peux avoir quel âge ? Quinze ans, seize tout au plus. Ah ! Ce que c’est qu’d’avoir seize ans ! T’as une copine ? Elle est jolie ?

L’homme semble avoir réponse à cette question-là aussi. Il devine qu’il n’y a pas de copine.

―Si tu veux un conseil, choisis bien ! Ne prends pas une de ces enjôleuses, belles à croquer mais qui font tourner la tête à tous les hommes qu’elles croisent jusqu’ à rendre l’un d’eux fou à tuer !

Sur ces mots, le regard de l’homme va se perdre dans le feu, un regard sombre, à la fois dur et mélancolique.

―Choisis une femme bien droite, sans détours. T’aurais pas quelque chose à manger par hasard ? Non bien sûr. T’es pas v’nu ici à cette heure pour un pique-nique. Maintenant si c’est pour dormir, y a rien ici, pas une vieille cabane, pas une branche solide pour construire un abri. Tu f’rais bien d’renrer maintenant, ils vont s’inquiéter chez toi.

Tante Agathe avait partiellement raison : «  Il n’y a rien », en tous cas, rien pour dormir ou manger. Tante Agathe sait des choses, le problème c’est qu’elle croit tout savoir.

―Si tu r’passes par ici, apporte-moi de quoi tenir quelques jours si tu veux bien.

Tel un somnambule, il suit les conseils de l’homme, retrouve la barque à tâtons et glisse doucement vers « Les Chenets » jusqu’ à ce qu’il se retrouve dans son lit comme par magie. Il dort d’un sommeil lourd, d’un trait. Il se réveille tard le lendemain matin, ouvrant les yeux sur une page du livre qu’il lisait la veille : « Mudman ». Il se souvient qu’il a une mission. Il doit retourner sur l’île. L’histoire n’est pas finie.

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Hellogoodbye · il y a
je vais de ce pas lire la suite
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Flore · il y a
Après l'appel...je poursuis, j'ai vu un troisième épisode et je suis curieuse....
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Utilisateur désactivé · il y a
Toujours suspendue aux mots! On n’attend la suite !!!
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Serge David · il y a
A suivre !
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Anne Pampouille · il y a
Chouette, si je comprends bien, il devrait y avoir une suite. Tu nous tiens en haleine!
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