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L'ampoule

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Ganddella

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La mort d'une civilisation, quand intervient elle?
Je me pose la question, ne sachant même pas si la mienne existe seulement.
Pourtant j'aurais commencé à faire partie d'une formation il y a plus d'un siècle, environ! Du temps de la voiture à cheval et du sémaphore.
Ma génération ne relèverait pas d'un accouplement au sens humain du terme, mais serait plus aléatoire en raison des matières dont je suis composée; d'une diversité extrême, dure, fragile, opaque, transparente. Pour le coup elle découle du génie de l'invention. D'une lumineuse idée germée dans l'encéphale d'un compliqué fou d'insatisfaction, stakhanoviste du mieux vivre de l'humanité.
Au début inerte et sans conscience, une main est venue greffer mon cerveau, ou l'ai-je simplement auto-créé; influence de la théorie de l'évolution du seul fait de vouloir composer avec mon entourage à force d'espérer contempler tout ce qui vit dans le noir.
Toujours est-il que tout a débuté dans une sorte d'atelier, où d'avoir trop enflé l'air dont je disposait m'a été soutiré pour donner l'apparence d'une sorte de baudruche, rigide et transparente, dont le milieu s'anime en forme de filament.
J'ai tout l'air, quoique j'en manque, de n'avoir pas digéré.
C'est vrai!
N'ayant pas tout compris de mon désagrément, juste pour un bout d'essai on me mit tête en bas, de quoi dégobiller sur ceux qui m'ont créée. Puis, par enchantement, je me plais à rêver, ou mieux encore à briller, que je vais éclairer tous les lieux sans idée pour leur donner une ame en forme de clarté.
C'est d'ailleurs cette option que l'on m'a déléguée. Depuis mes semblables par instants et millions s'affichent même en plein jour, se déforment en néons.
Mais pour arriver là il fallut disparaître dans un petit carton, puis dans un gros camion d'où l'on m'a extirpée pour me mettre en rayon.
Et un jour vint mon tour.
C'est une résurrection qu'enfin d'être employée pour son utilité : c'est à dire éclairer, entourée des amis, une rame de meteo déjà électrifiée, ou une galerie marchande visitable enterrée.
C'était une bonne idée jusqu'au fameux lendemain qui par absurdité me voit là décrochée, et renvoie mon destin au fond d'un vieux frigo que je dois dépanner. Une de mes aînées a fondu avant-hier d'être restée enfermée sans pouvoir contempler ceux de qui je suis fière : des êtres turbulents capables de tant penser pour leur humanité, jusqu'au jour où en rangs ils rejoignent une armée pour détruire d'autres gens qui ont certainement, pour défaut évident, le tort de ressembler à ces mêmes éléments.
C'est la seule idée noire que je n'éclairerai pas.
Me voyez vous fâchée envers vos semblables?
Je n'ai qu'un seul langage, point d'imagination. Il se me traitent et méprisent d'objet sans matière grise, et pourtant je ne fais pas ce qu'un homme éduqué arrive à reproduire pour détruire les siens.
J'avais tant espéré, mais la vie n'est plus gaie. Si je n'éclaire pas je reste dans le noir. Qu'il soit jour ou bien soir je broie un tel cafard que je suis réjouie au moindre dérisoire : une plaque de beurre ranci sous des champignons rares, rangée près du fromage loin des tranches de jambon.
Puis plus rien, jusqu'aux heures souvent fort régulières où des mains en humeur font fonctionner la porte pour laquelle je clignote, je m'éteins, me rallume, et malheur me rendors attendant meilleure heure ou une autre famine.
Les œufs sont des voisins coquins, ronds et libidineux, qui a la nuit venue remuent leur intestin en hommage à la poule dont de la face ils n'ont que forme d'orifice qu'ils ne reverront plus en ce lieu peu propice où mon regard d'ampoule ne fait fondre la glace.
La mort d'une civilisation, quand intervient elle?
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