L'Amour en parallèle

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Poupoupidou pou ! Ou éventuellement Bibidi bobidi bou ! A moins que... Viens voir les comédiens, voir les musiciens, voir magiciens. Vous pouvez aussi me retrouver par ici :  [+]

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Image de Le flacon et l'ivresse
« Peu importe la maîtresse. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. »
Sur ces mots, il ouvre d’un geste sec le Registre et adresse à Sémaphore, médusé, un regard si noir et si profond, qu’il glace l’échine voutée du jeune homme et lui provoque un frisson, un hoquet et une trique. L’admiration du garçon pour le Président grandit encore à cet instant, alors qu’éclaboussé par son érudition il palpe sa propre ignorance prostrée et son membre dressé.
« Mettez-moi cet intrus dehors », reprend-il tonitruant.
Un murmure parcourt l’assistance tandis que l’homme déchu est emmené. Dans son costume deux pièces gris savate trop large, il se débat vaillamment et crie « Louise ! » Le cameraman fait un gros plan sur son visage fiévreux, qui apparaît aux spectateurs sur l’écran du réfectoire. Sa voix s’éloigne douloureusement à mesure qu’il se fait trainer dans le couloir, tandis que l’image revient sur le Président. Le plan s’élargit sur son bras gauche, qui raye dans un son strident le Registre. Le nom de l’homme qui vient de comparaitre y est définitivement effacé.
C’est à son tour à elle, maintenant. Elle entre dans un silence glacé, traverse lentement la salle ovale, à l’extrémité de laquelle trônent le maître de cérémonie et son sbire. Son port de tête, incroyablement haut, soutient un regard bleu atlantique vibrant qui s’abat sur Sémaphore, balayé par la violence du choc. Il se ramasse tant bien que mal, se donne une certaine contenance en relisant le dossier de Louise O., accusée d’amour. Sémaphore biffe en marge, il faudra qu’il rectifie : « Amour » avec un A majuscule. C’est un nom à prendre au sérieux.
Louise reste muette durant l’audience. Elle a décidé de se contenir, de n’insulter ni Sémaphore, ce pendard baveux qui l’a dénoncée, ni son patron, qui lui inspire un cocktail de mépris, de colère et de pitié, duquel elle s’enivrera ce soir avec Henri et une bouteille de chablis. Peu importe qu’elle ait été une employée exemplaire pendant vingt ans pour ce P.D.G. à l’esprit aussi petit qu’un grain de sable, peu importe que l’amour n’ait en rien affecté sa rentabilité. A vrai dire, Louise est même persuadée qu’amoureuse, elle était plus efficace, avec de l’énergie à revendre et un optimisme renouvelé. Tomber amoureux sur son lieu de travail est un acte de résistance, conclut Louise, qui se sent comme le grain de sable dans les rouages de leurs minuscules cerveaux, pendant que le Président grimaçant raye son nom à son tour.
L’Amour est le grand point.

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Sandi Dard · il y a
Joli sujet... Merci et au plaisir de vous lire sur ma page. ..

https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/eventail-ouvert

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Jean Calbrix · il y a
Viendra un jour où sera mis au point un capteur de pensée et l'humanité sombrera dans le néant. Merci, Cyna, de nous en avoir donné un avant goût. Quand le président de votre histoire possédera ce capteur, ce sera terrible ! Vous avez mon vote.
J'ai un fauteuil qui, à l'instar du buffet de Rimbaud, aime raconter des histoires. Si vous désirez l'écouter, c'est ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

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Keith Simmonds · il y a
Mon vote n0 1 pour cette belle histoire bien menée! Bravo! Si le cœur vous en dit, merci de passer lire et soutenir les suivants:
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/beaute-austere
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/froideur
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/premiers-froids-1