L'amour de l'art

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Cinéaste et photographe de formation, j'ai travaillé dans la communication. J'aime les arts plastiques et la littérature. La poésie, la musique. J'ai l'impression d'avoir toujours cherché à  [+]

Image de 2015
« Ce matin, Camille a téléchargé l’application TravelArt, comme le révèle l’analyse de son compte internet. L’enquête confirme donc que la jeune femme aux cheveux flamboyants avait bel et bien programmé de rejoindre « Le voyageur contemplant la mer de nuages »... On se retrouve dans quelques instants pour un nouveau journal.»

« Le docteur Schindler révèle que sa patiente, la jeune Camille, a écrit de nombreux textes sur sa passion pour le tableau de Caspar David Friedrich. Elle y exprime le trouble qu’elle ressent devant cette toile, décrivant de véritables moments d’hallucination: elle y voit la nature vivre, les nuages évoluer, la luminosité fluctuer, les épaules du marcheur se soulever sous l’effet d’une respiration profonde, et ses cheveux s’ébouriffer au gré du vent... »

« Camille describes a real fusion with the work and the character. This one would have returned to smile to her and invite her, of a brief nod to join him... »

« À quoi ne doit-on pas s’attendre désormais, de la part des amateurs d’art plus ou moins délirants ? Au pire sans doute : un intrus chez Manet apportant lui-même ses fleurs à Olympia, un sadique s’introduisant dans la mort de Sardanapale chez Delacroix pour égorger impunément les femmes du harem... »

«Jenseits der Mißbräuche, daß diese Anwendung verursachen kann, und daß man fürchten und fest kämpfen muß, kann man nur bei der jungen Kamille ihre erstaunliche Gemeinschaft mit dem Maler und der Kraft ihrer mystischen Liebe bewundern »

« On aurait retrouvé les notes du génie informatique qui a créé TravelArt à partir d’un projet médical de transmission d’image scanner ultra puissant. Il s’est contenté, si l’on peut dire, d’y ajouter un programme d’interconnexion stable et insécable entre chacune des cellules du patient et leurs projections numériques. Le problème est que le processus semble irréversible passé un certain seuil de compression... »

« ...et pourquoi pas un exhibitionniste surgissant entre les arbres dans le Déjeuner sur l’herbe, un pédophile s’invitant chez Balthus, ou encore un amateur de safari faisant un carnage chez le Douanier Rousseau ! »

Une cacophonie impitoyable s’est abattue autour de l’affaire et le musée n’a jamais eu autant de succès que depuis cet évènement. Une odeur forte de peinture et de souffre continue de se dégager du tableau. Il se murmure que si l’on a la chance d’observer le tableau la nuit on peut voir l’ombre de l’intruse et celle du voyageur se rejoindre pour ne plus faire qu’une.

Didier Betmalle, 65 ans







Ce matin, Camille a téléchargé l’application « TravelArt » sans tenir compte des mises en garde du créateur, un homme charmant qui avait disparu dans des circonstances inconnues. Il suffisait juste de faire un selfie devant le tableau voulu et de lancer le mode transfert pour se retrouver en quelques secondes de l’autre côté.
De ses yeux gris qui paraissaient noirs sous ses longs cils, Camille scrutait « Le voyageur contemplant une mer de nuages », sa peinture préférée. Elle s’apprêtait à Le rejoindre. Cette idée avait résonné dans son cœur – comme les cloches d’un église – et était d’une évidence absurde : Il l’aimait, tout autant qu’elle l’aimait, et Il l’attendait. Pas un jour n’avait passé sans qu’elle ne repense à lui ou qu’elle ne soupire « Ah ! que ne donnerais-je pas pour être avec toi en ce moment ! »
Son précédent médecin, le docteur Schindler, en était venu à contacter discrètement le service psychiatrique lorsque l’addiction accrue de Camille s’était manifestée sous la forme d’une poupée en peau de petit chien blanc qu’elle avait durement confectionnée à l’effigie de son amoureux. Et comme le hasard se charge de nous porter vers le bonheur au moment où l’on s’y attend le moins, elle avait réussi à s’enfuir par une porte malencontreusement mal fermée.
Elle avait attendu que le musée soit inondé par le soleil du soir pour y pénétrer. Camille avait une passion pour ce tableau, parce qu’elle savait qu’ils se ressemblaient. Bien qu’Il fût de dos elle savait qu’Il avait le regard perdu au loin, le néant à ses pieds. « Ne sommes-nous pas pareils... ? » murmurait-elle, se voyant déjà flotter dans les brumes glacées.
Elle porta timidement ses doigts vers la peinture, la caressant lentement. Un frison parcourut ses mains, tordit ses doigts qu’elle ne contrôla plus l’espace d’un instant. Enfin elle se plaça contre le tableau et déclencha l’appareil. Il suffisait ensuite de pointer sur l’image l’endroit du tableau où l’on voulait aller. Puis elle enfonça la touche « transfert ».

« Toujours pas d’évolution dans l’affaire du tableau « Le Voyageur contemplant une mer de nuage » où une jeune femme rousse a fait son apparition dans la peinture de Caspar David Friedrich , daté de 1818. Les experts du monde entier accourent pour étudier ce phénomène sans pareil et tous affirment qu’il ne s’agirait pas d’un acte de vandalisme. Un signal GPS d’un téléphone continu toujours d’émettre depuis le tableau. Le musée ne s’est, quant à lui, toujours pas exprimé sur la situation. »

Orygami, 18 ans





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