L'ami de Gégé

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Deux hommes à la terrasse d’ un café. L’un parle tourné vers les cris des enfants du square de l’autre côté de la rue.
_ « Tu vois Gégé que nous importe que le monde existe? On n’est pas bien là, toi, moi, un peu de mousse et le soleil pour tanner nos peaux de vieux débris...?
Qu’est-ce qu’on s’en fout de ces branquignoles bien installés dans leur vie comme des ratons dans de la sciure! Ils ne s’y risquent pas eux dans le monde à ça non ! Ils restent là derrière leur double vitrage à contempler c’qui s’passe dehors rond de plaisir de se savoir bien à l’abri de cette vie-là qui pend au nez des gueules roussies par le soleil.
Mais moi j‘en voulais pas de cette vie aseptisée, je voulais le sentir le soleil et que mon corps suinte de rayons sur ma peau. Je voulais le sentir pour sentir la vie. Sentir sa chaleur comme un peu d’amour.
J’ai jamais eu le sens des priorités...
Un silence. Il reprend l’œil perdu.




Et Entre tout ça Annabelle, ma douce ma mignonne, ma princesse au doigt de fée. Toutes ces nuits à tes côtés à ne pas dormir pour ne pas brusquer ton sommeil, pour lui laisser toute la place à ce sommeil de nouveau née qui te dessinait une bouche en corolle. Toutes ces nuits à chercher sur tes traits endormis les fous rires de la veille que je t’arrachais d’un coup d’un seul comme on arrache une victoire sous le nez d’un champion. Toutes ces nuits à me prendre pour un voltigeur de haut vol et à pédaler de mes yeux sur les vallons blancs de ton corps offert. J’avais de l’amour pour deux et pour toute la vie.
Et je t’attrapais par la hanche, poignée de chair juste faite pour mes doigts, j’avais pris racine sur ce petit bout de hanche et je m’y plongeais le soir effrontément j’allais y cueillir la nuit toutes les saveurs que les heures du jour nous avaient dérobé.

Annabelle. J’ai volé dans les rues parisiennes tout l’amour amoureux que j’ai trouvé. J’en ai asséché des cœurs rencontrés aux hasards des rues. Seul j’étais toujours mille fois plus débordant d’amour que les couples d’amoureux rencontrés ces nuits-là. Tout imprégné de toi je l’ai méprisais parce que je n’étais pas dupe moi.
Je savais bien qu’il jouait l’amour à deux et qu’ils trompaient leur monde mais cette ombre sur leurs visages lorsqu’il croisait le mien, cette ombre-là Annabelle jamais je ne l’aurais toléré sur le tien. Si je ne t’ai pas aimé je veux bien crever là, dans le souvenir tout chaud de tes mains blanches...
Six ans que tes mains me hantent... six années que chaque nuits elles courent sur ma peau comme un escadron de soldat. Chaque nuit je suis fait prisonniers et chaque nuit ce sont milles tortures qui assaillissent mon corps : partout tes seins, partout ta bouche, partout tes fesses, ton ventre et tes yeux.

Six longues années que le désir se dérobe à moi-même et que pour taire ce désir de toi je cherche dans les nuits perdues de paris, sur des corps étrangers un peu de ta présence. Et chaque samedi de chaque nuit le souvenir de tes formes me rappelle à moi-même et je sors tel un amant fringuant retrouver mon amour.
De quelle couleur seront tes yeux ce soir?
Retrouverais-je la cambrure de tes reins...?
Et l’ourlet fin de tes lèvres quand pourrais-je enfin le baiser ..?
Et chaque samedi de chaque nuit Annabelle je dévore ces femmes je me fais cannibale, je les embrasse je les presse tout contre moi je les assaille de la même manière que ton souvenir m’assaille et je les tiens toutes brûlantes, exultant dans les limbes de cette baise sans limites où je cherche -chien famélique- sans relâche je cherche des monceaux de toi, sans la trouver je cherche ta douce présence et dans cette cadence aliénée, au plus loin de l’effort quand tout mon corps m’abandonne, jamais je ne te trouve, tu n’es jamais là.
Alors tout doucement le lendemain arrive à petit pas de traitre et avec lui le constat douloureux de ma quête infructueuse. Le jour cru déshabille les ressorts pathétiques de mon insuccès. L’absence de ta présence jaillit d’entre les draps et je maudis ces seins, ces fesses, cette bouche ce ventre et ces yeux qui dorment insouciant à mes côtés et ne sont pas de toi.
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_ Tu rêves encore ami, réveille-toi ta bière est en train de tiédir....
_J’ai tout gâché Gégé, je le tenais bien ferme mon petit bout de bonheur et je l’ai laissé filé.
_ C’est sûre qu’avec le cu qu’elle avait tu devais en tenir un sacré bout...
-Gégé y’ a pas un poil de romantisme dans ta bouche de vielle obsédé.
_ Ola, gamin ! Je te permets pas... c’est que les femmes moi elles ne m’ont jamais rien donné d’autre que leur mépris. Moi aussi j’ai eu un jour le cœur tendre comme du bois de bambou...

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