L'allée de jardin

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Ado de 18 ans aimant en vrac : les livres, écrire, le jazz, les mangas, les chiens, le saxophone, l'aïkido, partager et discuter des idées ! Et surtout qui n'a hélas pas beaucoup le temps  [+]

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Image de Très très courts
Où suis-je ? On dirait... des pavés. Sous ma main. Pourquoi ? Je suis debout ! Non ? Mais... Je flotte en l’air ? Il n’y a rien sous mes pieds. Tout bascule dans ma tête. Nous y voilà. J’étais allongé. Pourquoi étais-je allongé ? Je devrais me relever, si quelqu’un passe, il va se demander ce qui m’arrive.
Alors, maintenant que je suis debout, où suis-je ? Réponse : sur un chemin. Une sorte de... d’allée. Faite de petits pavés, un peu ronds sur le dessus, comme dans les jardins de campagne. Oui, c’est cela, une petite allée de jardin. Deuxième question : qu’y a-t-il autour ? Réponse : rien. Tout est noir. Seul le chemin est éclairé.
Troisième question : pourquoi suis-je ici ? Réponse : aucune idée. Je ramenais Louise de son cours de danse, on retournait à la maison où Aurore avait préparé le goûter de la petite... Pourtant le trajet n’est pas long, je mets cinq minutes à pied ! Et je me rappelle d’être arrivé en avance, Louise dansait encore. Je ne comprends pas.
Mais... Il y a de la lumière là-bas ! Marchons. Allons voir.

Un courant d’air passe. Cela fait bien dix minutes que je marche, et le point de lumière n’a toujours pas grossi. Cela sent... le gâteau ? Oui. Le gâteau au chocolat. Aurore l’avait sorti du four un peu avant que je parte chercher Louise ! Je m’arrête. Renifle un bon coup, en rejetant la tête en arrière. Je ferme les yeux.
L’image d’Aurore, en tablier, les mains enfilées dans des gants de cuisine, tenant le plat, le visage penché au dessus de la pâtisserie, s’impose à moi. J’ouvre les yeux. Elle est là. L’image flotte devant moi. Elle commence doucement à reculer, à reculer de plus en plus vite !
Je cours. Il ne faut pas que je perde l’image. C’est la dernière pensée que j’ai de ma femme. D’autant plus que dès que j’ai ouvert les yeux, le souvenir de ce moment s’est effacé de ma mémoire, et ce, je le crois, à tout jamais. Mais elle accélère encore, et je finis petit à petit par la perdre de vue. Je m’arrête à nouveau. Essoufflé, je m’appuie sur mes genoux en me penchant en avant.
Je n’ai toujours pas réussi à déterminer où est-ce que je suis. Et plein d’autres questions me tournent dans la tête. Où se situe cette route dans le monde. Où mène-t-elle. Depuis combien de temps suis-je ici. Louise et Aurore vont finir par s’inquiéter. Louise surtout. À cinq ans, elle a toujours peur qu’il m’arrive quelque chose.

Soudain... Oui, c’est nul, comme approche, mais je n’ai que ça sous la main. Donc, soudain, l’image de Louise apparaît juste devant moi, comme l’avait fait Aurore. Cette fois, Louise est accrochée à mon pantalon. Je la vois par-dessus. Elle lève vers moi ces grands yeux bleus. J’ai l’impression que je pourrais m’y noyer. Comme tout à l’heure, l’image se met à bouger. Et comme tout à l’heure, je me mets à la suivre, de plus en plus vite.
Sauf qu’elle m’attend. Si je ralentis, elle ralentit, puis, lorsqu’elle trouve que je me suis assez reposé, elle recommence à se déplacer. C’est comme une sorte de jeu, où chacun tente de garder ses distances, ni trop proche, ni trop loin.
Peu à peu, d’autres images se rajoutent à la première, et sur chacune d’elles se trouve un membre de ma vie, soit de la famille, soit des amis, mais toujours des gens proches de moi affectueusement. Chacune de ces images me remémore un souvenir, une époque de ma vie. Je courre sur ce chemin comme pour retrouver au bout toute l’histoire de ma vie, qui doit se trouver dans ce trou de lumière. Car je peux maintenant distinguer une réelle ouverture.

Petit à petit, les différentes images se rapprochent des derniers moments de ma vie normale. La scène du gâteau refait son apparition, et m’émeut profondément. Puis viennent celles du trajet, de l’attente avant la fin du cours de danse, de Louise embrassant sa meilleure amie, me courant après parce que je faisais semblant de rentrer sans elle... Je m’effondre.

Ça y est. Je me souviens. Je me souviens de ce qui s’est passé. De tout. Louise a couru pour traverser la rue, sans regarder, pour rejoindre une copine à elle de l’autre côté du trottoir. Dès que j’ai compris que le bus qui arrivait ne s’arrêterait pas, j’ai foncé. Je l’ai prise dans mes bras au ralenti, et je l’ai lancée le plus doucement que j’ai pu sur la mère de la petite fille que Louise voulait rejoindre qui s’avançait. C’est comme cela que je suis arrivé ici.
Le bus ne s’est pas arrêté. Ma vie, elle, si. C’est ainsi que je me suis retrouvé sur cette allée de jardin aux pavés ronds, avec, tout au bout, un petit point de lumière, et des images de ma vie que je poursuis sans pouvoir les rattraper.
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