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Cazalis

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Station Désastre. Je descends du métro. Au pied des marches qui mènent à la surface siffle une bise sournoise.

Je me demande s'il est encore ouvert.

Ce serait bien s'il était ouvert, car je n'ai aucun autre endroit où aller pleurnicher.
Je ne veux pas souiller mon petit appartement tout blanc Ikéa. Mon appartement doit être positif, comme dans les magazines de déco.

Quand je ne vais pas bien, quand Laure ne veut plus me voir tout nu (elle ne veut plus me voir du tout en vérité), je vais au Koma-Kino, le vieux ciné dans ce coin de Paris, qui sait encore rester un village.

Je vais revoir les Damnés, de Visconti. Le film passe ici depuis sa sortie, quand le formica, les néons du Koma-Kino étaient rutilants.

A la caisse, depuis la retraite de Jeannette, la caissière à forte poitrine, les employés se succèdent dans la petite cabine, avec le même manque de motivation.

Je vais me blottir au dernier rang, dans le coin, contre le mur couvert de moquette élimée, en regardant Helmut Berger en nazi décadent. Je suis un grand romantique moi, le dernier de Paris. Ou au moins, de mon arrondissement.
Laure, avec son envie de bébé, elle était trop dans la vie.

Quelque chose bouge devant. Il y a un couple au premier rang.
Des gens heureux, c'est dégueulasse.
Ils sont venus perturber l'ordonnancement sacré de ma séance mensuelle. Le rite est cassé.

La fille aux cheveux longs qui était penchée sur le garçon pour je ne sais quelle vulgaire pratique baveuse, se redresse.

Laure m'a-t-elle reconnu dans le noir ?
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