Klepsydra

il y a
3 min
29
lectures
3

Nouvelles, poésies, chansons : textes et musiques... tels sont mes loisirs :) VOUS POUVEZ RETROUVER MES CHANSONS ICI : YouTube : https://youtube.com/user/Conan25036890 J'en ai posté ici aussi  [+]

Klepsydra – La Forêt.
Pas grand choix de carte ici. C’est la forêt ou le sanatorium. Ou une vue de Klepsydra avant la guerre... Mon stage se passe bien. Disons qu’ici rien ne ressemble aux sanatoriums dans lesquels je suis passé jusqu’à présent. L’établissement est au fin fond d’une forêt extrêmement sombre et guère rassurante. La poussière et les ordures traînent partout mais personne ne semble y faire attention. Le docteur Gothard est intéressant mais ses méthodes me surprennent : les malades doivent dormir le plus possible pour préserver leur vitalité. Certains m’ont avoué se sentir observés. Quant à Klepsydra, c’est une ville grise et en perpétuelle somnolence même quand ils marchent les gens semblent endormis. Je ne te cache pas que j’ai hâte de rentrer.


Ce furent les dernières nouvelles plutôt inquiétantes que je reçue de lui. Depuis sont départ, il m’écrivait toutes les semaines - ce qui n’était pas son habitude. Après cette carte je comprenais mieux ! Le besoin de communiquer avec quelqu’un, de se rattacher un monde connu, rassurant...
Puis, pendant les quinze jours suivants, rien ! Silence radio. Radiophonique et téléphonique. A chaque tentative je tombais sur sa messagerie et la voix sur vitaminée de Rambo m’intimant l’ordre de laisser un message ou il ferait tout péter ! Il adorait changer son message régulièrement pour nous surprendre en téléchargeant les voix de stars mondiales. Là, toujours la même...
Cela commença à m’inquiéter et j’écoutai les nouvelles avec plus d’attention qu’à l’accoutumé. Mais toujours rien. Nous étions fin août, son stage prendrait fin dans deux semaines. Allais-je patienter jusque là en me rongeant les sangs ? Prendre le risque de ne pas le voir rentrer ? Me faisais-je un film, alimenté à l’angoisse ressentie dans cette carte que j’aurai dû trouver anodine ?
Je me rendis au commissariat pour connaître les démarches éventuelles qui s’offraient à moi afin de prendre contact ou faire rechercher quelqu’un.
Aucune. Je n’étais pas de la famille. Pas de plainte de celle-ci. Trop peu de temps. Bref, à moins d’y aller moi-même...

L’automne. Froid et humide.
Je m’appuie au tronc d’un chêne pour reprendre mon souffle. Sous mes doigts, le contact me semble gras. La mousse envahi les interstices du vénérable centenaire. Malgré le soleil de midi qui darde une volée de flèches enflammée sur la région, la densité végétale stoppe les photons bienveillants qui s’écrasent sur la canopée. Photons, bienveillances, deux entités absentes de ce lieu hors du temps.
J’avance dans ce milieu hostile depuis le début de la nuit, où le silence oppressant est aussi inquiétant que les bruits qui surgissent soudain. Les quelques rais de lumière qui parvenaient un court instant à percer le touffeur des cimes m’éblouissaient pour me laisser aveugle et désorienté dans la pénombre dominatrice du sous-bois. J’avais l’impression que tout se liguait contre moi pour m’empêcher de progresser. De m’échapper. Bruit et silence. Lumière et pénombre.
Au loin, j’entendais pourtant les voix de mes poursuivants, il fallait que je continue. La mousse m’indiquait au moins que j’étais toujours dans la même direction. Je ne tournais plus en rond.
J’étais arrivé il y a deux jours seulement et c’est tout ce qu’il m’avais fallu pour me rendre compte que les pensionnaires du sanatorium ne dormaient pas pour préserver leur vitalité, mais bel et bien la tranquillité du Dr. Gothard et de ces acolytes qui s’assuraient ainsi de substantiels revenus.
Je craignais maintenant pour ma vie et par contre coup, celle de mon ami.
Le Dr m’avait invité à dormir sur place en attendant son éventuel retour. Pourquoi avais-je mis mon nez dans les affaires des autres pendant ces deux nuits... Il était trop tard pour regretter de toute manière. Il me fallait fuir au plus vite.
Les cris se rapprochaient. Cent fois je me tordais les chevilles sur des branches mortes et glissantes, me retrouvant le nez dans les bogues de châtaignes. J’étais couvert d’égratignures mais cela m’importait peu pour l’heure. Je me relevai une fois de plus pour tenter de mettre de la distance entre moi et mes poursuivants.
Puis soudain, je sentis des picotements dans la cuisse droite. Suivi d’une détonation. Et je m’affalai de nouveau. Je n’eus pas la naïveté de croire que ce coup de feu attirerait qui que ce soit dans une forêt en période de chasse.
En me redressant, ma main se posa sur quelque chose que je n’identifiai pas tout de suite. Je déplaçai quelques feuilles : une chaussure ! Prolongée d’une jambe... avant même que mon esprit fatigué ne comprenne ce que je voyais, je hurlais déjà, oubliant toute discrétion salvatrice.
Cette fois, c’est le coup de feu que j’entendis en premier...
3

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,