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Kas potier

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gillibert FraG

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Kas devient potier
Kas habite un petit village de Congo au bord d’un grand plateau. Un jour, il voulut voir travailler la potière du village. Il lui demanda la permission de la regarder: “pour apprendre” dit-il
- J’ai mal aux mains, pétrir la pâte est douloureux, je dois me reposer reviens Lundi au lever du soleil, lui répondit Florence. Kas obéit, Lundi, il revint. Deux voisines, Lucie et Nelly se tenaient auprès de la potière ; heureuses de voir un enfant intéressé, elles commentaient et expliquaient les gestes de Florence. Celle-ci est habile, rapide, mais silencieuse.
Elle avait sorti de sa maison de terre un vieux panier, contenant ses rares outils : quelques morceaux d’assiettes cassées, en matière plastique, en céramique, en terre cuite, deux spatules de bambou, et une sous-tasse en matière plastique de dix ou douze centimètres de diamètre.
Puis elle déplia un emballage de matière plastique dans lequel elle avait enroulé une pâte argileuse, rouge :
-Elle a monté cette l’argile de la source de l’oiseau, dit Nelly, et elle a ajouté un peu de poudre de marmite cuite. Elle récupère des marmites cassées, et les pile.
Lucie entra dans la petite maison de Florence et en sortit un pot dans lequel Kas vit une poudre noire très fine.
Ainsi , les marmites sont plus solides ajouta-t-elle.
Florence pétrit un peu plus sa boule d’argile, puis creusa une petite cavité, posa l’ébauche de pot dans sa soucoupe, et agrandit le trou de sa main droite en faisant glisser la pâte de l’intérieur vers les parties supérieures de ses parois. Progressivement, la cavité devenait plus profonde et le récipient s’élargissait, prenait forme. Puis Florence lissa l’intérieur avec ses débris d’assiette, et, avec sa spatule, grava un cercle tout en haut, près de l’ouverture, et écrasa la couronne ainsi dessinée, formant un rebord mince qu’elle égalisa et lissa soigneusement.
Ce fut long, Florence travaille sans tour, et elle vise la perfection. Kas observait, attentif. Quand ce fut fini, Florence dit : je ne cuis pas la marmite aujourd’hui, je n’ai pas assez de bois.
Kas remercia et rentra chez lui, alla remplir son bidon de cinq litres d’eau à la source, plus de cent mètres plus bas. Et durant toute la raide remontée, il rêvait qu’il modelait l’argile et formait des marmites. Cependant, quand il déposa son bidon devant la porte de sa maison:
“Je suis fatigué, pensa-t-il, je porterai l’argile demain, mais je puis déjà préparer la poudre de marmite cuite”
Il prit dans la cuisine la marmite de terre, la plaça au fond du mortier, et la pila. longuement, pour obtenir une poussière aussi fine que celle qu’utilisait Florence.
Sa mère survint alors qu’il pilait encore, elle crut qu’il broyait le maïs
-Merci, Kas.
-Regarde, maman, comme j’ai bien pilé ta marmite.
Il fallut un moment à la mère de Kas pour comprendre. Kas fut condamné à piler le maïs pendant cinq jours.
“Mais j’ai la poudre maintenant, reste à porter l’argile. C’est dur, mais je le ferai la semaine prochaine, quand la corvée “maïs” sera finie.” pense Kas
En aura-t-il le courage?
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Paul Thery · il y a
Un texte qui fait plaisir à lire
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Randolph · il y a
L'Afrique ! Une de mes filles (je n'ai que quatre enfants !) a fait de l'humanitaire, seule et avec son mari dans plusieurs pays (elle est instit'). Je ne connais pas et votre texte m'en donne un goût, un ressenti. Merci.
A part ça (je n'ai pas commenté votre texte en vue d'un vote), mais comme c'est le dernier jour, j'invite à lire, éventuellement soutenir mon texte ÉCLATS. J'ai même l'impudence de mettre le lien, mais d'autres textes peuvent vous convenir, vous êtes bienvenue ! Bonne journée, Randolph
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/eclats-8

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Duje · il y a
A cœur vaillant , rien ne résiste .
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Djany · il y a
la poterie un art vieux comme le monde. Une très jolie histoire. Merci pour votre passage sur ma page.
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gillibert FraG · il y a
Merci, j'ai vu réellement la potière Florence dans le petit village du Congo, l'histoire de kas est une invention. mais il est vrai que je l'ai vu piler et tamiser plusieurs fois.
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Fred Panassac · il y a
J'aime bien cette histoire, Gillibert.
La vocation d’un futur potier et le processus de création sont bien décrits.
Il est très difficile de décrire des actions aussi précises et là c’est bien fait. Texte intéressant à lire, les gestes sont précis, on assiste à la naissance de l’œuvre et une fin ancrée dans le quotidien difficile de ce petit garçon, piler le maïs, c’est rédigé avec humour.