Kanika

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J’aime écrire, et lire plus encore. J’aime les histoires bien ficelées, celles un peu étranges qui donnent des frissons ; qui donnent envie de crier et/ou de pleurer. J’aime aussi les  [+]

Je l'avais su dès le premier jour qu'elle s'en irait. La route sans cesse l'appelait et j'avais beau essayer de la rattraper, jamais elle ne restait. Parfois, elle revenait pour plusieurs semaines et je ne pouvais pas m'empêcher d'en être heureux.

Elle m'avait appelé une nuit d'automne. Les feuilles commençaient à tomber et l'air était gelé. Sa voix n'avait pas changé depuis la dernière fois que je l'avais entendue et ses phrases étaient toujours ponctuées de rires inutiles. Je pouvais m'imaginer ses cheveux ondulés et ses joues rougies par le froid. Quand elle avait demandé à ce qu'on se voie parce qu'elle était en ville, je lui avais dit que oui, non, désolé, ce soir ce n'était pas possible mais demain soir, oui, pourquoi pas, et son rire avait résonné. Elle avait raccroché et mes mains en avaient tremblé toute la soirée.

Je me souviens encore de la dernière fois. Elle avait sonné chez moi à cinq heures du matin, tout sourire, et sa robe bleue d'été traînait sur le sol. Elle n'avait pas attendu que je l'invite à entrer. Elle avait jeté son sac et pendant que j'essayais de comprendre ce qui se passait, elle s'était préparé du café. Je pensais être encore en train de rêver. Finalement, elle s'était avancée jusqu'à moi et m'avait tendu une tasse brûlante. Elle avait bu dans la sienne et amusée, elle s'était affalée sur mon canapé. Elle m'avait regardé et c'était comme si elle s'attendait à un remerciement, alors, d'une voix endormie j'en avais grogné un. Puis elle avait ri.

Je me demandais pourquoi je n'avais pas dit oui tout de suite, un reste d’orgueil encore profondément enfoui sûrement. La nuit avait été interminable et la journée du lendemain, d'une lenteur insupportable, puis le soir était enfin arrivé. J'avais attendu qu'elle sonne, comme la dernière fois, mais à vingt heures passées, c'était mon téléphone fixe qui avait résonné. Elle m'avait dit, je t'attends, je suis sur notre pont puis elle avait raccroché. J'avais attrapé mon manteau qui traînait sur mon lit, glissé mon porte-bonheur habituel dans ma poche et je m'étais enfui vers elle. La rue était vide, la nuit était tombée depuis longtemps et la buée qui sortait de mes lèvres dansait dans le vent. Je m'en voulais un peu d'accourir ainsi vers elle parce qu'elle ne m'avait pas tellement manqué durant cette année écoulée et mes pensées n'avaient pas été tournées vers elle à chaque seconde de mes journées. D'autres femmes s'étaient appliquées à la remplacer et quand la solitude se faisait trop forte, je parvenais à me convaincre que c'était ce que je souhaitais. Mais en entendant sa voix, son absence s'était rappelée brusquement à moi. C'était son rire, son inconstance, ses cheveux bruns. Ses fines mains et son corps contre le mien.

Elle s'était accoudée contre le rebord de notre pont. Je voyais d'ici son sourire rêveur et son corps tout entier qui se penchait vers le lac glacé. En entendant mes pas, elle s'était détournée, tout sourire et les cheveux dans le vent. Lorsque je m'étais retrouvé devant elle, elle avait glissé une de ses mains dans ma poche, avait attrapé mon porte-bonheur et dans un rire elle s'était exclamée que je n'avais pas changé. Ses cheveux étaient plus courts, son habituel rouge à lèvres avait disparu et elle avait maigri. Pour cette femme qui vivait de changements, cette exclamation ne sonnait pas vraiment comme un compliment. Je lui avais repris l'objet et elle m'avait laissé faire sans résister. Puis elle m'avait pris dans ses bras. Elle sentait tout pareil qu'avant et ses lèvres contre ma joue étaient une sensation qui m'était encore familière après tout ce temps.

Elle s'était finalement reculée. Elle m'avait dit, je dois bientôt m'en aller, dans quelques minutes en réalité et je n'avais rien trouvé à répliquer alors je m'étais contenté d'acquiescer. Quel idiot je faisais. Elle m'avait regardé dans les yeux et elle avait continué, c'est dommage que tu n'aies pas pu hier soir, on aurait eu toute une journée ! Et je suis persuadé qu'au fond, elle savait. Finalement, on n'avait pas tellement parlé, savoir que le temps nous manquait me rendait fou de colère contre elle, pour ne pas me l'avoir dit, et contre moi un peu aussi. Puis le klaxon d'un taxi, son rire dans la nuit et j'espère que l'on se reverra bientôt, j'ai été heureuse de t'avoir revu ! Elle était de nouveau partie.
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