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« Et pendant que je me disais que c’était nul comme mort et que j’aurai préféré qu’il me prévienne avant d’essayer de me tuer, le mec jouissait en m’empêchant de respirer.
Pire, pendant que je commençais à perdre connaissance, j’avais son tatouage sous le nez... tu devineras jamais... Son tatouage... Il l’a pas fini... Parce que « ça faisait trop mal » !! Non mais mate voir le bad boy en carton !! Et puis... Une fois qu’il a eu fini sa petite affaire -entend pas là qu’il ait terminé de se masturber dans moi en mettant ma vie en jeu- Il avait l’air d’avoir trouvé normal cet ébat si violent !
Ma curiosité a prit un temps le dessus et je lui ai demandé pourquoi... et dis comme jamais ça ne se reproduira. Il m’a répondu que lui, il avait aimé... Qu’il avait plusieurs plans-cul avec qui ils flirtent avec la violence, que ça ne lui paraissait pas si hors norme... A ce moment-là, il a réussi à gagner en sympathie, tu le sais, moi, le hors norme, ça me connaît...
Et a ajouté qu’il voulait me revoir...
Qu’il voulait que je lui apprenne à être tendre ,s’il le fallait, pour pouvoir me revoir. Culotté le timbré !»
Elle pleurait de rire.
Ou elle pleurait tout court... Je ne sais pas trop.

J’ai pensé à ce moment-là qu’elle était vraiment folle. Et en même temps juste plus humaine que la majorité des humains.
Et les preuves allaient s’amonceler... Elle a continué à se confier, comme si elle ne pouvait plus s’arrêter.

« Au moins, ce mec, il m’a apprit non pas ce que je voulais, mais ce que je ne voulais vraiment pas. Ou vraiment plus...
Tu vois, tous mes tatouages là ? Ils sont tous le symbole d’une initiation... Tu connais le « Kintsugi » ? C’est un truc des japonais. Ils réparent les bols cassés.
Pis au lieu de planquer la réparation pour faire comme si de rien, ils la mettent en évidence en saupoudrant la colle de poudre d’or.
Résultat : chaque cassure est visible, même presque elle attire plus l’œil que le reste. C’est mettre en valeur l’histoire de l’objet, quoi.
C’est comme réparer ses blessures avec de l’art et, au lieu de les nier, les mettre au cœur de notre processus de vie, tu vois ?
Parce que, clairement, nous sommes la somme des événements de nos vies, les ravaler et les nier, c’est carrément pas sain, je trouve. Alors que les alchimiser et en faire quelque chose de constructif, c’est tellement mieux.
Je n’irais pas jusqu’à remercier mes bourreaux, faut pas déconner, mais ils font parti du processus de qui je suis maintenant. Dans l’idée.
Je suis hypersensible d’autant plus à cause d’eux, sûrement aussi avant, mais j’ai choisi de ne pas m’effondrer sous le poids de tout mais plutôt de m’en servir. Pour être plus forte. Pour créer des choses. Pour comprendre...
Alors voilà, jsuis pas un putain de bol, alors me recoller les morceaux à l’or, c’était pas adapté... Mais mes cicatrices internes, j’avais quand même envie de m’en servir, et de les passer de l’abstrait au concret.
Au début, j’ai eu envie d’ en faire des vraies, de cicatrices, avec l’automutilation comme ils appellent ça. Ça m’a fait du bien un temps, mais c’était quand même pas très joli.
Et puis, le tatouage s’est imposé tout seul.
La douleur du processus, comme elle fait un bien fou ! Le résultat est magnifique, il sert à quelque chose, il amène du positif. Et comme pour chaque obstacle, c’est à vie. Trop parfait.

Celui-ci marque mon passage à l’âge adulte, quand vraiment je me suis sentie « grande » tu sais ? Bon... quand je l’ai fait... j’ai triché, j’étais pas majeure, en vrai... Mais déjà je me savais pas adaptée... C’était un peu le test du tatouage pour arrêter de me couper les poignées.

Celui-là, je l’ai fait quand j’ai réussi à me guérir après plusieurs années de vaginisme. Suis restée longtemps bloquée. Un territoire impossible à explorer.
C ‘est parce que ma virginité, je l’ai perdu hors consentement. Enfin tu vois quoi, je vais pas te faire un dessin. C’était un gosse, ce mec, hein, il savait pas ce qu’il faisait. Il savait pas comme c’était grave.
Je pense que ça, ça connotera toute ma vie quand même.
Ça explique tellement de choses encore maintenant...
Comme je sors les griffes,
comme je ne m’attache pas profondément ou en tout cas je me retiens quand je sens que ça pourrait,
comme je ne suis pas dupe devant de belles paroles,
comme je peux être dure à en être effrayante,
comme j’ai passé des années sans avoir de vie sexuelle quand mes amies explosaient de partout de plaisir,
comme une fois guérie de la douleur j’étais endormie de l’intérieur et que c’était une autre bataille,
comme j’ai fait la guerre contre mon propre corps pour vivre normalement à peu près,
comme je suis obsédée maintenant à trouver le respect, la confiance et le plaisir interne...pis tout ce temps à rattraper !
Ce tatouage là, il veut dire tout ça.
Pis la conne de gynéco qui est passée juste derrière et qui n’a rien compris. Qui a creusé la blessure.

On arrive à ce tatouage, là...

[à suivre]
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