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« J’ai bien essayé de résister, je me frappais la caboche pour que ça s’arrête. Mais les gens me regardaient chelou. Pis je finissais avec la migraine d’avoir trop tapé et d’avoir empêché la fluidité de mon intra-muros... Alors maintenant, je laisse couler. Quitte à m’intéresser à mes pensées quand je m’ennuie ici bas.
C’est rigolo, si j’arrive à observer, c’est que je ne fais pas partie de la chose, non ?
Tu es obligée d’être séparée et en face d’un truc pour le regarder et savoir le décrire.
Donc, je peux m’extraire de moi.
Comme je suis extraite déjà de vous.
De vous tous. »
Même sa capacité d’observation, faut qu’elle l’analyse... Elle me fatigue. Elle doit se fatiguer encore pire.

En tout cas, le jour où elle m’a sorti ça... je n’ai pas su comment réagir... J’avais envie de la serrer fort dans mes bras, comme de lui filer des médocs.
A la place, manquant cruellement de courage, j’ai haussé les épaules et j’ai lâché un « D’accord. » fade.
Je me demande toujours pourquoi elle m’a choisi comme amie.
Une histoire d’équilibre je suppose.
Je suis posée, ma vie a toujours été simple, je suis ancrée, je suis centrée.
Quand elle, elle part dans tous les sens, s’amusant à triturer ses cicatrices et frisant l’autisme, le bordel-Line, la schizophrénie...
Notre lien, il est costaud, on a foncièrement besoin l’une de l’autre.

Ce lien, on l’a tissé peu de temps après notre rencontre... J’avais décidé de reprendre mes études et donc de changer de boulot. Il me fallait une colocataire.
Elle a répondu à l’annonce, m’a rejointe dans un café pour un premier contact.
Elle avait son attirail de séductrice,... Elle rayonnait.
Comme tous les autres, je suis tombée sous le charme.
La deuxième nuit après son emménagement, au retour d’un rendez-vous qui avait été visiblement tout sauf galant, je l’ai entendu fulminer sous sa douche.

Inquiète, j’ai tapé à la porte.

« Entre !
...Mais amène du whisky, je t’en supplie.
Prend pas de verre, on s’en branle des règles ! »

Je l’ai trouvée toute habillée sous l’eau brûlante. Elle frottait très fort un gant de crin entre ses cuisses.
Elle m’a accueillie souriante... Mi-figue mi-raisin... Le sourire quand même en direction de la bouteille dans ma main.

« Hey t’as vu ? Je fais ma lessive en même temps que ma douche ! Aller, steplé, sers-moi de l’anesthésiant, vite! »

Au bout du troisième verre, toujours dans la baignoire, à dire un peu n’importe quoi pour me retenir à ses côtés, elle a fini par se mettre à poil.
Physiquement...mais pas que.

Elle était d’une finesse incroyable...
« Ouais ! Je sais ! Tu me trouves trop maigre... comme toutes les nanas ! Mais je suis pas facilement cassable, crois-moi ! J’aime bien bouffer, hein, juste que je préfère boire. Et puis quand tu es un modèle fragile, les mecs, ils se sentent obligés de jouer les chevaliers, la plupart du temps, surtout quand ils sont plusieurs et qu’il y a combat de coqs ! Ahahahah ! Je crains jamais rien quand ils sont beaucoup»

Sa peau était tâchée.
Parsemée d’encre ici et là. Quelques bleus entre chaque dessin, comme la ponctuation de leurs récits. Parce qu’ils racontaient tous tellement de choses, ses tatouages.
« C’est rare, tu sais, que je me déshabille devant quelqu’un qui n’a pas prévu de me sauter. C’est pas désagréable, en fait. Je suis à l’aise, au naturel, au plus sauvage, et je n’ai pas peur que ça parte en vrille. »
« Les bleus, là, ils ne riment pas tous avec « drama » ! Déjà, qu’on se le dise, jsuis pas une drama queen hein ! Je DE-TES-TE ça ! La plupart des bleus là, c’est moi qui me les suis faits, comme une grande, je suis une catastrophe d’une maladresse légendaire ! Les autres... Ce sont des marques d’hommes oui. Mais j’aime bien, moi, quand l’intense laisse des marques comme ça... Le lendemain, j’appuie dessus et ça me renvoie au moment où la passion n’était plus du tout contrôlable... ça me fait des souvenirs éphémères... Vraiment, j’adore. »

Soudain, son regard s’était durci, son sourire insolent évanoui.
« Demain, par contre, les bleus n’auront pas du tout la même signification... C’est parti en sucette ce soir... il était pas méchant, ce mec, il était paumé, un peu... »



J’étais choquée... je commençais, avec horreur, à comprendre sa soirée.
Je ne me permettais pas la pitié, mais la colère je ne pouvais pas l’empêcher de s’insinuer.

« Il avait l’air tellement gentil, tellement tendre, tellement beau et passionné... Tu sais, c’est un artiste...Très talentueux... Il chante comme personne... Et puis, normalement, on devait juste jouer un peu, faire monter la pression... Si on se plaisait, on avait prévu d’augmenter nos frustrations... C’était son idée et je trouvais ça joli.
On devait s’escalader en température et garder la suite pour plus tard... Vraiment, j’aimais la subtilité de ce mec... dans cette suggestion...dans ses écrits.
Alors j’ai accepté de le rencontrer chez lui et non pas dans un lieu public.
Les autres, la première rencontre, c’est TOUJOURS dans un lieu avec des gens autour.
J’avais mal au ventre en y allant et je comprenais pas pourquoi.
Maintenant je sais... l’ intuition...
Au début ça allait et puis soudain docteur Jekyll s’est transformé en Mister Hyde...
Il s’est approché tout doucement de moi, mais à peine nos lèvres se sont effleurées qu’il a commencé à m’arracher le téton.
J’ai des bleus qui vont arriver, tu sais, beaucoup.
Il m’a fait ressortir un hémorroïde rien qu’avec sa violence, j’ai mal.
Et puis, plus il prenait son pied, plus il serrait fort ses mains autour de ma gorge.
J’ai eu peur de faire éclater ma colère et de mourir, alors, prostrée, j’ai fait en sorte que ça se termine le plus vite possible.
C’est plus du tout l’égo qui gère dans ses moments-là, tu sais, c’est l’instinct de survie, juste.
J’ai du me tortiller pour l’exciter et qu’il termine vite tant que mon cerveau était encore oxygéné.»

J’étais choquée.
Et elle a éclaté de rire.

[à suivre]
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