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Juste un peu d’eau

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Frédéric Chaix

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Je le piste, depuis plusieurs jours déjà...
Simple, trop simple, régulier comme une horloge.
Même heure, même trajet.
Du gâteau.

J’ai déjà repéré une petite ruelle déserte qui ira bien, il passe devant tous les jours, aux environs de 22h30.
J’y serais tranquille.

Un conard impeccable pour ce que j’ai à en faire.
Parfait gringalet, genre d’intello longiligne, sans la moindre force physique. Il a bien dû faire sa dernière pompe il y a 20 ou 25 ans au moins et cela n’a pas dû lui plaire, depuis : zéro effort.
Tant mieux, malgré mes années de muscu, je préfère ne pas prendre trop de risques.
Un peu trop physique et le conard risque de me poser des problèmes en se débattant. Non pas que je doute d’arriver à mes fins, mais bon, certains comprennent ce qui leur arrive et la panique peut les rendre dangereux.
J’aime la simplicité.
Tout s’est toujours bien passé, pas de raison que cela change, n’est-ce pas ?

- Juste un peu d’eau sous tes cils...
Une chanson de Françoise Hardy, un truc romantique qui me trotte dans la tête et que j’aime bien chantonner quand j’attrape du conard.
J’aime bien les belles choses sentimentales, à la limite de l’eau de rose.

Aujourd’hui j’ai décidé de passer à l’action.
Je l’ai pris en chasse.
La ruelle n’est plus tellement loin maintenant.
Hâter le pas pour me rapprocher de lui.
5-6 mètres tout au plus.
Rue déserte.
Ma décision étant prise, il faut faire vite, ne pas faire traîner.

Il approche de la ruelle.
Personne en vue.

Excitation.
Montée d’adrénaline.

Je gueule.
- Monsieur, monsieur, hep, hep.
Le conard se retourne.
M’aperçoit, deux mètres à peine derrière lui.
Marque un arrêt.
Hésite.
- Pardon ?

Action.

Je le percute de plein fouet,
l’envois bouler,
il s’écroule sur une poubelle,
essaie de se retenir,
n’y parvient pas,
s’écrase lourdement sur le sol.

- Mais ça va p...

Je suis sur lui, efficace toujours, ma main se plaque sur sa bouche, je me laisse tomber sur lui, 80kg de muscles, il a le souffle coupé, une ou deux côtes froissées probablement.
- Ta gueule le conard, je vais enlever ma main, si le moindre souffle sort de ta putain de bouche, je te crève un œil.

Il ne bronche pas. Les conards ne bronchent jamais.
Je lui fourre un mouchoir dans la bouche.

Terrorisé, il ne comprend pas ce qui lui arrive, ils ne comprennent jamais, jamais assez rapidement en tout cas. La panique se lit sur son visage. Ses deux bras bloqués le long de son corps, sont maintenus par mes jambes athlétiques, dures comme le fer.

Mes larges mains, puissantes, lui enserrent le cou.
Il se débat, commence à comprendre.
Il faut qu’il comprenne.
Bien sûr, maintenant il est trop tard, il aura beau se débattre, rien n’y fera.
J’ai mon temps, tout mon temps.
J’augmente la pression de mes doigts, pas trop vite, en douceur, calmement.
Je regarde ses yeux.
Ils commencent à briller.
Cela vient.

Le conard se pisse dessus maintenant.
- L’enfoiré de dégueulasse...
Les conards se pissent dessus, c’est naturel, j’ai l’habitude.
Parfois même se mettent-ils à bander, ils peuvent bander même quand on les crève.
Les conards resteront toujours des conards, je ne pourrais jamais les comprendre, trop différents.

- Bon, alors, ça vient ?

La honte, la terreur et l’incompréhension, tout cela se cumule dans son petit cerveau de conard.

- Alors? Putain mais dépêche-toi !

Et ça vient.

La première apparaît au coin de son œil et commence à glisser le long de sa joue.

J’approche ma bouche de son oreille.
Murmure.
-Bien, conard, continue comme ça.
Puis je penche ma tête, doucement. Je recueille la première larme avec la pointe de ma langue.
La première a un goût extraordinaire, systématiquement, toujours, ce goût salé que j’aime tant.
Comment les conards peuvent-ils avoir un si bon goût, c’est à n’y rien comprendre.

Il est maintenant complètement paniqué. Il essaye bien de bouger mais l’étau de mes jambes le maintient en place.
Je serre un peu plus sa gorge, pas trop, il faut que cela dure.

Le conard pleure.
Il doit revoir sa vie en accéléré, le genre de truc auquel les conards doivent penser avant de mourir, enfin c’est ce qu’on m’a dit. Ils peuvent bien penser à ce qu’ils veulent.

Celui-là a encore le temps, encore un peu, un tout petit peu.

Je lèche maintenant chacune des larmes, avidement, je plaque ma langue sur l’œil droit, je lape, le conard essaye de bouger sa tête, j’accentue la pression sur son cou.
-Part pas trop vite, le conard, encore un peu, laisse-moi du temps.

Ma langue change d’œil.
Il essaie de le fermer.
J’y introduis quand même ma langue, en force, sous sa paupière, je lui titille un peu la pupille.
S’amuser ne peut pas nuire, non?
Merde il a des lentilles, putain de conard !
Je crache.
Ça me gâche le plaisir, il est temps d’en finir.
Je compresse sa gorge, dernier mouvement de rébellion, il est trop tard.
Je lui broie le cou.

Il meurt comme un conard pathétique.

- Hum, enfin.

Ses dernières larmes glissent, lentement.
Décidément, les conards sont capables de grandes choses, surtout quand ils crèvent.

Je me penche, doucement, amoureusement, vers son visage.
La saveur est incomparable.
Je les cueille délicatement, une après l’autre, du bout de ma langue et me laisse envahir par cet ultime plaisir.

Les dernières sont toujours les meilleures.
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lestropied · il y a
On aimerait bien savoir en quoi il était un conard !
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Joël Riou · il y a
Trop glauque !!
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Marie-Françoise · il y a
Heuuuuu....comment dire......!!! Vs consultez qqfois ?...
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Frédéric Chaix · il y a
Heuuu, comment dire, c'est de la fiction ;-))
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Marie-Françoise · il y a
Je m’en doute, je l’espère ms c’est vraiment gore !!!
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Frédéric Chaix · il y a
J'en mettrais surement de bien pire en ligne un de ces jours ;-)))
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Image de Marie-Françoise
Marie-Françoise · il y a
Génial ça change vraiment on va sûrement s’y habituer et apprécier votre imagination exceptionnelle ! Merci
·

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