Jusque dans la tombe

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J'écris pour inventer des libertés, pour m'approprier les pleins pouvoirs, pour (m'auto)critiquer, pour (me)sauver, pour (me)venger...mais aussi pour déterrer et dompter les monstres (intérieurs)  [+]

Image de Eté 2016
Ils ont débarqué comme en terrain conquis. Un peu plus et elle se demandait si elle n'était pas retournée à l'époque de l'Occupation. Ils sont entrés chez elle avec grand fracas. Ils lui ont fait peur. Elle n'attendait pas de visite. Et encore moins d'interrogatoire. Et depuis quand n'as-tu pas pris de douche maman, à quand date ton dernier vrai repas, qui fait ton ménage ? Autant de questions désobligeantes et impertinentes qu'elle subissait comme une délinquante.
Puis la sentence. Comme un couperet. C'est pour ton bien, maman, tu seras mieux là-bas, le personnel qualifié, les soins dispensés, la compagnie d'autres congénères... À peine le temps de rassembler quelques effets personnels qu'elle intégrait sa dernière demeure, droite et fière, sa petite valise à bout de bras. Sans un regard pour sa progéniture, ces traîtres.
Trois jours plus tard, on retrouva le corps inerte de la vieille dame dans son lit. Overdose médicamenteuse : elle stockait ses pilules. Au sol, sa petite valise. Autour d'elle, des confettis. Dans ses mains, une paire de ciseaux. Sur ses lèvres, une esquisse de sourire.
Lors de son enterrement, ses enfants la pleurèrent beaucoup. Ils avaient pourtant bien rassemblé tous les confettis, reconstitué le puzzle de papier qui faisait office d'unique document officiel de leur héritage, mais il manquait une pièce.
Assurément, elle l'avait mangée.

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