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Jules Berry

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Simone Suchet

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Dans L’habit vert, vous êtes Parmeline de Parmeline, un musicien aussi fantasque et séduisant qu’odieux sous le charme duquel je suis tombée. Immédiatement. Irrémédiablement. Coup de foudre sans retour. J’étais à peine plus qu’une enfant et votre voix rauque, votre bagou intarissable, vos mimiques grandiloquentes ont bluffé à jamais la fillette que j’étais. La scène du train me ravit tout particulièrement. Qui témoigne avec éloquence de votre génie : gestuelle tourbillonnante, mains qui se livrent à un exercice de haute voltige, sourcils en arc de cercle, regard affolé, débit torrentueux. Casquette vissée sur la tête, nœud de satin noir, costume trois pièces et cape posée sur les épaules, vous êtes d’une élégance qui en jette. En face de vous, une femme endormie que vous lorgnez avec consternation. Il faut dire que cette femme, vous la trouvez laide et c’est plus que vous ne pouvez en supporter. Impossible d’aller jusqu’à Évreux en compagnie d’un tel laideron ! Une gorgone dont la laideur progresse de minute en minute, dites-vous. Vous déplacez donc le violoncelle posé à vos côtés et vous adressez à votre voisin. Vous lui expliquez que vous ne pourrez pas vous rendre à destination car cette femme assise là en face est vraiment trop affreuse. Une vraie disgrâce. Une vision à proprement parler insoutenable. Une action s’impose. Ne pourrait-il pas tirer l’alarme ? Non, il ne veut risquer ni l’amende ni la peine de prison ? Certes, c’est bien pour cela que vous lui demandez, lui répondez-vous en riant. Pas question ! Qu’à cela ne tienne ! Vous vous sacrifierez puisqu’il le faut. Puisqu’il est nécessaire qu’un homme jeune, beau, génial, généreux, un homme comme vous, donne un baiser à cette virago dont la vue vous indispose. Un baiser pour lui rendre sa beauté. Sans plus hésitez, vous vous levez, saisissez cette femme, et l’embrassez sur la bouche, Elle vous gifle et part. Vous avez gagné. La première fois que j’ai vu cette scène, elle m’a comblée de joie. Aujourd’hui elle me remplit aussi de honte devant vos propos d’un machisme ignoble, inacceptables pour la femme que je suis devenue. Et pourtant ! Aurais-je été la femme assise en face de vous, m’auriez-vous embrassée, je ne vous aurais pas giflé, oh que non, je me serais lovée dans vos bras, aurais tendu les lèvres et fermé les yeux. Jules: dandy, mondain. Berry : roublard, baratineur.

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Miss comedie · il y a
C'est toujours passionnant, les rencontres avec des monstres sacrés, j'aime moi même ces moments précieux, mais encore faut-il savoir les raconter ! Le moment de Simone petite fille devant le grand Jules Berry est vivant, on s'y croirait. Bravo, encore !
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