Joyeux anniversaire !

il y a
3 min
400
lectures
9
Qualifié

Né en 1961, je vis près de Nice et travaille comme webmaster. Mon goût pour l'écriture provient de mon grand-père paternel, Maurice Guierre, prix Renaissance 1939 pour son roman Seul maître à  [+]

Image de Automne 2013
Anastasia voyait son teint jeune et cireux se refléter dans le plexiglass des grandes cuves lui faisant face. Elle se mordit les lèvres pour tenter de calmer l'excitation qui venait de s'emparer d'elle. En surimpression sur sa rétine, des informations médicales apparurent brièvement, l'informant que son taux d'adrénaline venait de faire un bond et que son assistant portatif avait décidé de lui injecter une dose de bêtabloquant. Quand on a un cœur âgé de 200 ans, il faut en prendre soin.
La jeune fille n'osait tourner la tête vers son vieux père qui se tenait légèrement en retrait, guettant la moindre de ses réactions. Ce qu'elle voyait flotter dans la cuve transparente lui paraissait trop merveilleux.

- Alors ? Il te plaît ? lui demanda-t-il d'une voix mal assurée en lui désignant du doigt.
- Il est magnifique, souffla-t-elle d'une toute petite voix en dévorant des yeux les innombrables nuances de rose de son cadeau sur lequel glissaient de minuscules bulles d'oxygène.

Même dans ses rêves les plus fous, elle n'aurait pu imaginer que son père puisse lui faire un aussi beau cadeau d'anniversaire.

- Et c'est un pure souche, pas une saleté d'occasion qui t'envoie à l'hôpital au bout d'un an, reprit son père avec une immense fierté.
- Cela a dû te coûter une fortune, papa ! Je ne veux pas que tu te prives pour moi !
- Allons, allons, ne t'occupes pas de ces détails ! fit son père d'un ton faussement bourru qui cachait mal sa propre émotion. Quand on veut que cela dure, il faut de la qualité !
- Mais j'aurais pu garder le mien encore quelques années...
- Ta mère et moi avons bien remarqué ta mauvaise mine, ma chérie. Il faut que tu sois en forme pour tes 200 ans, c'est important. La jeunesse n'a pas de prix de nos jours, tu le sais bien.

Anastasia ne répondit rien. Elle voulut plonger son regard dans celui de son père, mais le tricentenaire fit mine de s'intéresser aux cuves, clairement trop ému pour affronter les yeux de sa fille.

Depuis que les progrès de la génétique avaient permis de prolonger l'espérance de vie, la population mondiale s'était accrue de manière exponentielle. Le cap des 10 milliards d'individus avait été franchi l'an dernier, dix ans avant celui initialement prévu en 2100 et le Contrôle Mondial de la Natalité avait fort à faire pour limiter au maximum l'affolement des statistiques. En parallèle, la pollution, la malnutrition et tous les fléaux liés à une trop grande concentration humaine, étaient devenus les principaux sujets des flashs d'information diffusés par les chaînes holographiques tridimensionnelles.

Toutes ces idées se mélangeaient dans la tête de la jeune fille. Elle savait bien que son vieux père avait besoin d'un nouveau poumon artificiel, les siens ayant déjà dépassé la date limite de garantie. Et sa mère commençait à souffrir des yeux, à cause de la trop forte exposition aux gaz polluants qui baignaient la capitale tous les jours entre mars et novembre, dès que la température dépassait les 30°C, ce qui était maintenant quasi quotidien.

Son regard se posa sur la petite étiquette holographique codée qui scintillait en relief au bas de la cuve. Instantanément, ses Googlass accommodèrent sur le code et le décryptèrent, affichant des informations en clair sur sa rétine. Elle poussa un cri de joie.

- Et en plus, il est déjà à mon nom ?
- Bien sûr, ma chérie. Il est officiellement à toi. Ta maman et moi avons fait le premier virement ce matin.... C'est pour cela que je voulais que tu viennes avec moi.

Un robot en blouse blanche s'approcha d'eux en glissant sur son drone électrique. Il tenait une tablette holographique d'une main et de l'autre il tendit un stylo holographique vers Anastasia.

- Tu n'as plus qu'à signer l'autorisation d'implantation... murmura son père sans parvenir à cacher son émotion.

Anastasia sentit sa vue se troubler. En lui faisant ce cadeau inespéré, ses parents lui donnaient tout simplement une bonne cinquantaine d'années de vie supplémentaire. Elle faillit refuser. C'était trop. Elle avait l'impression que ses parents sacrifiaient pour elle leur propre espérance de vie...
Son père dut sentir son hésitation car il se dépêcha d'ajouter.

- Ne t'inquiète pas pour nous, ma chérie. Le centre de transplantation nous a fait un beau crédit. Ta mère et moi allons aussi pouvoir en profiter...
- Tu es sûr ? souffla-t-elle en parvenant enfin à croiser le regard de son père.
- Mais oui ! Bon anniversaire, ma chérie. Signe vite ce document...

Anastasia sentit ses derniers scrupules s'envoler. Finies les perfusions à répétition. Terminées les injections de médicaments à forte dose. Elle allait enfin pouvoir être libre, faire la fête sans risquer de tomber malade, envisager de nouveau de vivre normalement...

Elle regarda une nouvelle fois la cuve transparente dans laquelle son nouvel organe l'attendait.
Un foie tout neuf, créé à partir de ses propres cellules souches.
Une vraie merveille.

Et elle signa.

9

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Oups !

Georges Vigreux

Dani poussa enfin la porte d'une des toilettes pour hommes de la station-service. On était en pleine transhumance du mois d'août et un flot ininterrompu d'automobilistes se pressaient pour veni... [+]

Très très courts

Heimat

Fred Panassac

« Ce matin, Camille a téléchargé l’appli » indique l’interface électronique des lunettes bioniques de Gerhard.
« Camille, un nom typiquement robotique » renifle le... [+]