Jonathan

il y a
3 min
63
lectures
45 voix
En compétition

Auteur Dialoguiste Écrivain Parolier Scénariste - www.saraafonso.f  [+]

Image de 2021
Image de Très très courts
Jonathan se réveilla mais garda les yeux fermés. Il avait l’impression que quelque chose l’empêchait de les ouvrir. Il faisait chaud et l’air était irrespirable. Jonathan étouffait, il se sentait comme enfermé, coincé dans un espace trop petit pour lui. Il remarqua alors que les extrémités de ses membres touchaient une paroi fine et solide : il était véritablement enfermé !

Sortir : ce mot se mit à résonner silencieusement dans son esprit comme une alarme. Sortir ! Ce mot hurlait discrètement dans sa tête. Il poussa de toutes ses forces contre la paroi. Cela l’épuisa aussitôt, comme s’il avait passé les dernières heures à faire des efforts. Ou comme si au contraire, il en faisait pour la première fois de sa vie.

Il faisait chaud et un bruit de fond répétitif et régulier attira son attention. Il connaissait ce bruit. Il s’en souvenait. Mais quand l’avait-il entendu pour la dernière fois ? Et pourquoi avait-il malgré tout, la sensation de le découvrir pour la première fois ? Il ne le savait pas. Il connaissait cette rumeur mais rien ne l’aidait à identifier la nature de ce vacarme tranquille et assourdissant.

Il poussa une nouvelle fois les murs de son étroite prison mais toujours sans résultat. Tout son corps était en contact avec la paroi. Il comprit qu’il était confiné dans un tout petit espace, visiblement plus assez grand pour lui. Paniqué, il tenta une dernière fois de faire éclater son piège si fin mais pourtant si solide.

Un léger craquement se fit entendre : la prison cédait. Cela l’encouragea, d’autant plus que ses muscles ne lui faisaient plus aussi mal.

Il était la tête en bas. Il le savait, il le sentait. Il n’avait aucun repère lui permettant de l’affirmer mais il était sûr d’être la tête en bas. Il décida de pousser le mur opposé.

La paroi céda totalement. Jonathan n’eut pas le temps de s’en réjouir ; une substance coula rapidement dans sa prison. Cela s’écoulait du dessus pour arriver au niveau de sa tête et de sa bouche. Il connaissait cette odeur et cette texture granuleuse. Automatiquement, son esprit associa cet intrus coulant au bruit de fond qui ne s’arrêtait pas d’aller et venir. Mais rien de plus. Et plus il réfléchissait, plus le peu de souvenirs qu’il avait, semblaient s’envoler.

Mais il y avait une urgence ; s’il restait là à essayer de se rappeler, ce qu’il ne savait plus nommer continuerait à pénétrer dans sa cellule à demi ouverte, au risque de l’étouffer.

Sortir. Le mot n’avait pas cessé de résonner dans sa tête. Sortir. Puisqu’il était à l’envers, il lui fallait remonter, pour espérer se libérer. Ses membres se mirent à bouger en tous sens. Rien ne se passa et l’étouffement était proche. Il se concentra afin de synchroniser ses gestes dans un même mouvement. La nage ainsi improvisée le fit se mouvoir mais dans la mauvaise direction. Le fait de se tenir à l’envers depuis quelque temps déjà, avait dû lui embrouiller l’esprit. Logiquement, le mouvement inverse le fit se déplacer vers le haut.

Il commença sa lente ascension à reculons, vers la liberté. Le chemin ne fut finalement pas long et déjà, il sentit sur ses membres inférieurs une piquante chaleur. Une dernière impulsion et tout son corps se dégagea.

Le bruit de fond métronomique était assourdissant dehors. Jonathan sentit sur tout son corps, souffler un air frais, humide et agréable. Ses yeux s’ouvrirent enfin mais il ne vit rien d’autre qu’une lumière aveuglante.

Derrière lui, quelque chose l’appelait. Il se retourna, plissa les yeux et découvrit l’étendue bleue responsable du bruit incessant.

Sans savoir pourquoi, cela l’attirait. Sans comprendre comment, il se mit à marcher vers ce qui lui semblait vital pour lui. Ses membres patinaient dans la substance granuleuse qui avait tenté de l’asphyxier.

Plus il se rapprochait, plus il distinguait comme tout cela s’agitait, comme tout cela était vivant, comme toute cette étendue bleue, bruyante et vive attendait de l’accueillir.

Jonathan ne se savait pas capable de se déplacer verticalement avec une telle rapidité. Pourtant à cet instant, il était bel et bien en train de survoler la mer. Oui, c’était ça : la mer ! Il se rappelait à présent : la mer et le sable et le soleil ! Il vit en dessous de lui, de petites tortues avancer dans le sable, en direction de l’eau. Un peu plus haut sur la plage, d’autres de ses congénères sortaient à peine de leur coquille.

Jonathan sentit les serres du rapace comprimer un peu plus son corps mou de jeune tortue.

Jonathan se réveilla mais garda les yeux fermés. Il avait l’impression que quelque chose l’empêchait de les ouvrir.

Il faisait chaud et doux et on lui frottait la tête et le corps : c’était humide et râpeux. Il n’était pas seul. Jonathan sentit ses quatre membres se réveiller et un cinquième remuer à l’arrière.

Sans savoir pourquoi, sans comprendre comment, il fut attiré par une forme molle, douce et généreuse, au bout de laquelle se dressait un petit bouton qu’il s’empressa de mordiller. Un liquide tiède en découla.

A la première gorgée de lait, Jonathan oublia tout et émit de petits couinements qui bientôt, se transformeraient en jappements puis enfin, en aboiements.

En compétition

45 voix

Un petit mot pour l'auteur ? 16 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de De margotin
De margotin · il y a
Mon vote
Image de Sara Afonso
Sara Afonso · il y a
Merci :)
Image de Micheline Dausort
Micheline Dausort · il y a
J'aime ça ! On croit comprendre ce qui se passe, puis on s'aperçoit qu'on s'est trompé, que la première conjecture n'était pas la bonne. Ni la deuxième. Ni la troisième. Jusqu'au bout, tu m'as bluffée. Et bien sûr, j'ai adoré !
Image de Sara Afonso
Sara Afonso · il y a
Merci Micheline ! (tu veux pas être la présidente de mon fan club ?)
Image de Catherine Voix Off
Catherine Voix Off · il y a
Waoufff, waoufff... Jo Naqui ! Magnifique !
Image de Sara Afonso
Sara Afonso · il y a
Merci :)
Image de Za TROUVE
Za TROUVE · il y a
Surprenant comme toujours !
Image de Sara Afonso
Sara Afonso · il y a
Merci ;)
Image de Aëlle GUTBUB
Aëlle GUTBUB · il y a
Une renaissance très originale !
Image de Sara Afonso
Sara Afonso · il y a
Merci :)
Image de Patrick Peronne
Patrick Peronne · il y a
C'est mignon tout plein. Une lecture pleine de charme.
Image de Sara Afonso
Sara Afonso · il y a
Merci :)
Image de Francine
Francine · il y a
Très plaisant. Pour une fois le côté à la fois animal et conscient est mis en scène. Sans douleur, le souvenir s'efface et reste le contentement. Mes voix.
Image de Sara Afonso
Sara Afonso · il y a
Merci :)
Image de Françoise Afonso
Françoise Afonso · il y a
J'adore ❤
Image de Sara Afonso
Sara Afonso · il y a
Merci :)