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Johnny disparaît… et interpelle notre laïcité

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Luc Moyères

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Johnny est mort... qui pourrait l’ignorer, sauf à sortir tout juste d’une longue expédition spéléo hors du temps ? Johnny, c'était assurément un monument de la chanson comme on n’en fera plus, une formidable bête de scène, et assez visiblement un acteur plus qu’honorable. Avec lui, qu’on l’apprécie ou pas, un pan de soixante ans de notre culture est maintenant passé du côté de l’Histoire. Sa disparition est donc un vrai évènement en soi, et l’honorer au-delà du commun des mortels me semble ainsi tout à fait légitime. Mais...
Mais l’affliction véhémente, quasi désespérée, de certains de ses fans, dont un bel échantillon nous a été complaisamment présenté à cette occasion, m’interpelle. Non pas leurs larmes, leur détresse, que l’on sent réelles, émouvantes, malgré la caméra qui pousse sans doute à sur-jouer un peu ; non, ce sont les motifs de leur attachement à Johnny, l’amour brisé par son décès, qui m’interrogent.
En effet, l’artiste, et Johnny de façon plus absolue que d’autres, aime son public et se voue à lui sans mesure. Mais, à quelques connaissances de hasard près, ce n’est pas le fan « lambda » qu’il aime, c’est le parterre qu’il a face à lui chaque soir. Cependant, ledit fan « lambda », lui, adore son idole, et elle seule. Idolâtrie est bien le mot, d’ailleurs, car il s’agit d’un culte d’adoration exclusif, voué à l’image qu’il se fait de l’artiste, et sans espérer vraiment de retour. « Idole » apporte en effet, depuis le grec, la notion d’image, l’idée de représentation au mot « idolâtrie », et « latrie » lui ajoute la notion d’adoration d’un dieu.
C’est là que Johnny interroge notre laïcité. Car se vouer corps et âme à l’image d’un artiste, si exceptionnel soit-il, s’engager affectivement aussi profondément, faire de cette vaine poursuite son but de vie implique en retour l’absence cruelle d’un idéal autre, qui puisse se hisser au niveau d’un tel sacrifice.
Les excès des fans de nos idoles du show-biz fournissent donc par contraste une démonstration de plus du vide d’idéaux, notre lot commun aujourd’hui. Et notre République n’en fournit pas davantage que les autres, traumatisée peut-être de l’avoir trop bien fait entre 1870 et 1914.
L’aura de Johnny, qui n’a jamais caché qu’il n’était pas un dieu, nous montre a contrario qu’on peut tout à fait mobiliser, engager des choix de vie, autour d’idéaux on ne peut plus profanes, pas guerriers pour un sou, futiles peut-être pour certains.
Qu’attendent donc nos promoteurs criards de la laïcité pour travailler ce sujet en pratique, plutôt que se lamenter en crocodiles que les cohortes des extrémistes religieux ne cessent de grossir, ou de traquer sans répit pour les bouffer les miettes survivantes des symboles cléricaux dans nos lieux publics ?
Est-ce absence d’imagination, d’idéal, dogmatisme buté peut-être, ou n’est-ce pas plutôt la hantise de devoir, eux aussi, prêcher d’exemple pour vendre leur modèle comme Johnny a vendu le sien, avec sa gueule, avec sa sueur, avec ses tripes et avec sa santé, qui les retient ?

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