Joanna (CHAPITRE 2)

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"Wherever I am, if I've got a book with me, I have a place I can go and be happy", J.K. Rowling. J'adore lire, mais depuis peu, je me consacre énormément à l'écriture. J'aime embarquer le lecteu  [+]

Quand je rentrai à la maison ce soir-là, ma mère remarqua tout de suite que quelque chose me tracassait. Elles sont douées pour lire dans vos pensées les mamans, je ne sais pas comment elles font. Elles doivent avoir un troisième œil ou un truc du genre.
-Ça ne va pas mon chéri ? me demanda-t-elle l’air inquiet.
-Si si...
-Mais oui c’est ça, et moi je suis la reine d’Angleterre ! Mais enfin regarde-toi, tu es blanc comme un linge ! Parle-moi, tu sais que tu peux tout me dire. Un problème au collège ? Ta rentrée s’est mal passée ?
Un instant, j’avais été tenté de tout lui raconter. Mais je ne savais pas quoi dire, ce sentiment étrange émanait simplement d’impressions et de ressentis personnels. Après tout, je ne la connaissais pas vraiment cette fille, il s’agissait peut-être de mademoiselle Toutlemonde. Et puis, j’avais peur que ma mère ne comprenne pas, qu’elle croie que j’étais parano. Alors, je répondis simplement :
-T’inquiète pas maman, tout va bien. Je suis juste un peu triste que les vacances soient déjà finies, voilà tout. Euh... faut que je te laisse là, j’ai des devoirs pour demain.
Ma mère me regarda avec un œil soupçonneux, mais n’insista pas. Elle savait que j’irai la trouver si quelque chose n’allait pas. C’était ce que je faisais tout le temps en tout cas.

Une fois dans ma chambre, je m’installai à mon bureau, pensant que quelques exercices de maths me changeraient certainement les idées. Mais lorsque je sortis mon livre, quelque chose en tomba : une enveloppe blanche pliée en deux. Intrigué, je l’ouvris et la retournai au-dessus de ma main ouverte. Un petit objet glissa et vint rouler dans ma paume. Mes yeux s’écarquillèrent et je faillis tomber de ma chaise. Il s’agissait d’une pierre, mais pas n’importe laquelle, celle-ci était d’un rouge étincelant. Complètement ahuri, je plongeai la main à l’intérieur de l’enveloppe, à la recherche d’explications. J’y trouvai un petit morceau de papier, que je dépliai avec précaution, et lus les quelques lignes qui y étaient inscrites : « Mon cher parrain, voici un petit cadeau pour te dire à quel point je te suis reconnaissante pour tout ce que tu fais pour moi. Ne me remercie pas, ça me fait plaisir. Jo. ».

-T’es sûr que c’est un rubis ?
-Ouais, j’ai regardé sur Google, y a pas de doute possible.
-Eh ben ! Ses parents doivent être pleins aux as ! Ils possèdent tous les hôtels cinq étoiles de Nice ou quoi ?
-J’en sais rien, je te dis que je la connais pas plus que ça cette fille.
-En tout cas, elle a l’air de bien t’apprécier, petit tombeur !
Qu’est-ce que j’avais l’air idiot à discuter avec mon chien comme ça ! J’avais même fait deux voix différentes, pour faire croire à un véritable dialogue, comme s’il me répondait vraiment. Bien sûr, il n’en était rien. En fait, il n’avait même pas fait l’effort d’interrompre sa sieste pour m’écouter. Mais en même temps, je ne savais pas vers qui d’autre me tourner. Ma mère ? Je n’avais déjà pas osé lui parlé cet après-midi, ce n’était pas maintenant que j’allais me jeter à l’eau. Mon père ? Encore moins, il rentrait toujours très tard du boulot et la seule chose qui l’intéressait à la maison, c’était son précieux journal quotidien. Mes copains ? Très mauvaise idée, ils se ficheraient de moi au mieux, et au pire ils me prendraient pour un demeuré. Et de toute façon, aucun d’entre eux n’aurait plus d’explications que moi. La meilleure solution serait d’en parler directement à Joanna, à supposer que j’en aie le courage, sinon d’attendre de voir comment les choses allaient évoluer...

Lorsque j’arrivai en classe ce matin-là, Joanna n’y étais pas encore. Je m’installai à ma place, sans parler à personne, et je réfléchis à ce que je pourrais bien lui dire quand elle me rejoindrait. Je m’étais déjà un peu préparé la veille, mais quelque chose me disait qu’en face d’elle, devant son sourire charmeur et ses magnifiques yeux gris, j’allais perdre mes moyens. D’ailleurs, je sentais que je commençais à devenir nerveux.
-Hey, salut Pierrot ! Ça va ? lança une voix avec entrain.
Je sursautai.
-Oh, salut Florent.
-Waouh, t’en fais une tête d’enterrement... Quelqu’un est mort ou quoi ?
Florent était sympa, c’était même l’un de mes meilleurs potes, mais là, je n’avais vraiment pas envie de discuter.
-Nan, c’est rien. Je suis un peu ailleurs en ce moment, c’est tout.
-Tu sais Pierre, si quelque chose ne va pas tu peux me le dire, je suis ton ami.
-Merci Flo, c’est cool. J’apprécie, vraiment, mais j’ai pas forcément envie de parler pour le mom...
Je m’interrompis, car c’était effectivement à cet instant précis que Joanna entra dans la salle. Lorsque ses yeux croisèrent les miens, son visage s’illumina. Quant à moi, je ne voyais qu’elle, comme si le reste du monde s’était soudain évanoui. Florent n’eut qu’à suivre mon regard pour comprendre.
-Ah ouais, je vois. Bah écoute, éclate-toi bien avec ta nouvelle amie.
Puis il tourna les talons. Son ton était tellement cinglant, tellement sec, que même lorsque Joanna vint s’assoir à mes côtés en me souriant, le malaise et la tristesse qui s’étaient emparés de moi ne disparurent pas. Au contraire. En tournant la tête, je vis Florent chuchoter des choses à sa bande de copains. A notre bande de copains en fait. Et au moment où leurs regards noirs se dirigèrent vers moi, je sentis mon cœur se briser.








A suivre...

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