Jo, Un homme dans une bibliothèque

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A ses heures beaucoup joyeuse -beaucoup rigoler- alors que peu souvent voir triste à pleurer sur le papier. A ses rêves petite auteure en herbe espérant bien pousser. Signe ses écrits quelques  [+]

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François,
La vie nous réserve parfois bien des surprises et je suis certain que c'en est une pour toi de me voir partir aussi tôt. Tu croyais sans doute que j'étais immortel, grand naïf, mais ce n'est pas parce que je commençais à être un monument, un mammouth, un dinosaure au milieu de tant d'autres jeunesse pimpante que j'étais destiné à en devenir un.
Je n'aurai qu'un seul regret pour ce monde : vous quitter. Vous fûtes, toi et elles, les deux belles rencontres de ma vie. Elles car je ne leur étais pas destiné. Et toi François, mon jeune, mon ami tu fus particulièrement particulier parce que LA rencontre inattendue de ma vie. Chose étrange n'est ce pas que de s'étonner d'avoir rencontrer une âme-frère, un copain en ce monde qui compte pourtant des milliards de personnes. Bien sûr ce serait mentir que de dire que je n'ai pas eu d'autres « amis » que toi, j'eus plein de belles rencontres en une époque ancienne mais autres, mais éphémères, mouchoirs en papier, comme sait en apporter ces temps. Et aucun, à toi je peux te le dire sans que tu t'en moques ou que tu ne me juges ; aucun ne fut plus fidèle ami ni ne me comprit aussi bien que toi.
Je sais combien cette amitié t'a posé de problèmes d'obstacles de lapins même et j'en suis désolé ; qui voudrait traîner avec un jeune, ami véritable d'un vieux ? Quoique tu n'as jamais voulu me l'avouer. Peu de gens arrivent à imaginer combien ce sentiment : l'amitié, n'a pas d'âge et qu'il peut lier aussi adéquatement deux personnes même séparées par de multiples générations. Combien de personnes âgées ne voit-on pas parler avec de jeunes gens, et combien d'entre eux ont seulement l'idée de se présenter comme Amis ? Mais je m'égare. Encore. Je radote ? Peut-être que la petite Quinster avait raison au fond.
Bref, tu me citas une fois : - La sincérité est le vrai lien de l'amitié.
J'ai tâché de ne pas te faire défaut sur ce point. Comme toi. Bon, il faut dire que ta vie ton enfance sont tout de même un modèle de long fleuve tranquille. Et que tu n'avais donc pas de secrets, de cadavres dans ton placard. Je n'ai jamais été qu'un homme dans une bibliothèque. Mais j'en ai un, assez gros, que je crois t'avoir vu deviner de moitié. J'y reviendrai plus tard. Il me faut d'abord éclaircir quelques petits détails tu verras que ce n'est pas grand chose. Je te vois déjà lancer ta main en l'air au final en me moquant : - Peuh ces broutilles pas la peine d'en faire des lettres !
Tu te rappelles ?
Tu me demandais un jour le pourquoi de ce petit tic de ce petit toc quand je tapote les livres rangés sur leurs étagères de notre chère bibliothèque municipale. Je me doute bien que sous ton air taquin et tes boutades qui m'amusent grandement d'ailleurs, que derrière ton visage encore enfantin malgré la trentaine et ta barbe de trois jours, tu as deviné le pourquoi caché de ce petit geste. De cette manie qui agace tant de nos collègues. Surtout Mme Pierre. Non ce n'est pas un toc de « fou gâteux et décati par ses bouquins » comme ils se plaisent à le dire. Tu vois j'ai des oreilles moi aussi et comme tu l'as bien deviné quand tu leur a dit en riant une fois je savoure en effet l'instant où les doigts encore posés sur leurs tranches je peux m'apprêter ou pas à plonger dans leurs univers de papier. Un petit pouvoir merveilleux n'est ce pas que d'avoir la possibilité de choisir comment seront ou vont être quelques minutes à venir de nos amples vies. Quel livre allons-nous prendre ? Dans lequel allons-nous rêver ? Tic tic tic. Et de quelles émotions vont-ils nous emplir ?
Petite confidence avant le gros secret.
Mon enfance ne fut pas rose comme tu le crois. Mon père ne lisait pas et ma mère détestait les livres ; elle disait d'ailleurs que mon amour pour eux était hors nature, un garçon étant censé dans son idée grimper aux arbres s'épuiser de sports ou chamailler les filles et les gamins ! Bien plus tard lorsque je poussais hors de l'enfance malingre et gauche adolescent elle s'amusa à détruire les rares que je ramenais et à les jeter dans le ravin qui jouxtait notre maisonnette paysanne ou à les tendre au feu. Je ne pus donc pas lire tout ce que je souhaitais pendant longtemps. Je dus refréner même cette bizarrerie le plus malignement et douloureusement possible et je me sentis vide durant ce qui me parut des siècles.
Rien n'est pire que de se sentir vide.
La vie est ainsi. Elle vous prend vous jette au milieu du monde et vous devez faire ce qu'elle vous ordonne : lutter. Chacun de nous a sa propre lutte à mener. Je me suis rattrapé bien plus tard, tu le sais. Quand la culpabilité de cette bizarrerie m'avait enfin lâchée. Et maintenant la grosse confidence.
Je te l'aurais volontiers dite de vive voix, si ma conscience m'avait laissé en paix. On est si pudique quand on est en vie et si stupide car l'on gâche des instants de sincérité. Comme tu le soutenais avec perspicacité lors d'une de nos discussions animées sur le monde nous sommes tous égaux face à ça et j'ai subi en effet comme la plupart d'entre nous le poids de la société.
Quand les autres plaisantaient. Sur leurs histoires d'amour et qu'ils en arrivaient à faire leurs comptes : - J'ai eu un Lucien !...
- Et moi une Claude-Jeanne, tu te rends compte !...
-...André aussi, ça fait six !
Tu n'osais jamais me demander de peur de me froisser combien moi aussi j'avais connu de frissons de la chair, de goûts de la vie.
Je l'ai connu rassure-toi. Une fois. C'était dans les bras d'une très gentille professionnelle qui se nommait Rosette. Mais ce n'était pas celui de l'Amour.
Tu as bien deviné. C'est certainement pour cela que j'ai continué à aimer tant les lettres, et elles m'ont tant donné ! Les livres. Mais on a tort de dire qu'ils ou qu'elles ne sont que des mots, des histoires. Ils elles sont aussi de l'émotion, des instantanés de vies et quelquefois de l'Amour ; celui qui ne vous a jamais choisi.
Voilà tu sais tout désormais, que ta vie soit longue et belle. En te remerciant encore de ton amitié et de ta chaleureuse compagnie en cette vie terrestre.
Ton ami Jo.
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