Jean-Baptiste et Georges : La controverse

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La science et la technique ont accompagné toute ma vie. Mais comment s’en évader parfois si ce n’est par l’écriture ? Raconter pour faire rêver, réfléchir, partager, laisser une petite  [+]

"La religion est une prison pour l'esprit et un frein pour la science"

Jean Baptiste de Lamarck avait réussi à obtenir une audience auprès du tout jeune empereur Napoléon 1er pour lui faire part de sa théorie naturaliste de l'évolution des espèces. C'est dire qu'il était tout à la fois particulièrement heureux et... angoissé.
D'après lui, et suivant l'exemple qu'il décrivit à l'empereur, si les girafes ont un long cou, c'est parce qu'il s'est allongé au fil du temps pour pouvoir atteindre les branches des arbres, dans un environnement qui se désertifiait peu à peu. Ainsi, seuls les individus au long cou ont pu survivre, donc se reproduire.
Sa théorie s'appliquait à tout, mais pour l'expliquer, il lui fallait faire simple.
L'empereur l'écouta attentivement et lui dit: " Mais monsieur, et Dieu dans tout cela ?"
Et Jean Baptiste lui répondit: "Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse". Ce qui était assez franc, et pour tout dire même un peu osé!
Mais notre savant était connu pour avoir fort mauvais caractère et il le portait sur son visage. Ce qui l'avait beaucoup desservi jusqu'alors auprès de la plupart de ses confrères.
Dommage... car il venait, près de cinquante années avant Darwin d'ébaucher une théorie de l'évolution des espèces qui ne faisait erreur que sur un point : Si les girafes ont un long cou, ce n'est pas parce qu'il s'est "allongé", mais parce que seules celles qui, génétiquement, étaient nées avec un plus long cou ont pu survivre !
Un petit détail mais assez fondamental pourtant.

A la même époque officiait une sommité de la zoologie et de la paléontologie qui faisait référence: Le montbéliardais Georges Cuvier.
Le jeune Georges était né dans le comté de Montbéliard qui était à l'époque une dépendance des ducs de Wurtemberg, et il était donc protestant comme l'exigeait sa naissance. En effet les sujets du prince étaient de sa religion.
Pour l'histoire il faut savoir que ce comté ou l'on parlait le français a été annexé par la France peu après la révolution.
Dans cette religion réformée d'obédience luthérienne, tous les individus doivent savoir lire et écrire, car le soir, on lit et on commente la bible en famille. Ce qui n'était pas le cas des catholiques qui pouvaient fort bien être analphabètes puisque "la vérité" leur était assénée tous les dimanches par leur curé du haut de sa chaire. Dites parfois "chaire de vérité" ce qui est un comble !
Ainsi, très tôt, le jeune Frédéric, comme tous les montbéliardais, fréquenta l'école protestante puis, comme il était très doué, il poursuivi ses études dans les écoles wurtembourgeoises. Ce qui lui conféra en sus la connaissance de la langue allemande.
Ce grand paléontologue, père de l'anatomie comparée, était capable à partir d'un seul ossement préhistorique de reconstituer un squelette entier.
Etudiant les couches géologiques et les fossiles des animaux qui y étaient emprisonnées, il constata qu'à certaines époques, des extinctions massives avaient eu lieu et, tout naturellement, il attribua cela au déluge cité dans la bible. Mais il y avait un hic...
La bible ne citait qu'un seul déluge. Pour faire coïncider ses observations avec son livre sacré, il supposa alors qu'il y avait du se produire plusieurs déluges successifs, détruisant successivement des cohortes entières d'animaux. Mais alors... Dieu aurait-il recommencé plusieurs fois sa création ?
Par ailleurs il était fixiste, refusant de croire à une évolution quelconque des espèces. Dieu a créé les animaux et les hommes tels qu'ils sont. La bible l'affirmait.
C'est ainsi que les théories de Jean-Baptiste de Lamarck ne recevaient pas son aval. Qu'aurait-il pensé alors de celles de Darwin ?
Faut-il ajouter à ce triste constat les cas de Galilée, de Champollion et tant d'autres qui, soit se sont tus, soit ont tenté de faire coïncider leurs constatations scientifiques aux affirmations de tel ou tel livre prétendument saint ?
Non, décidément, Dieu n'est rien "qu'une hypothèse" comme le disait le génial et insupportable Lamarck.
Il a donc bien raison celui qui a dit : "Ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme, mais l'homme qui a créé Dieu".

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