Je veux survivre

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Passionnée de lecture, je me suis plongée dans l'écriture depuis peu pour fixer des moments de magie et laisser libre cours à mon imagination. En espérant que mes mots réussissent à touche  [+]

Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Quand j'ai ouvert les yeux, je me trouvais à l'hôpital. Un médecin m'a souri tout en m'auscultant. Il portait une longue blouse blanche et était accompagné d'une infirmière qui notait tout ce qu'il disait dans un large carnet à la couverture verte. J'ai essayé de bouger, mais ma jambe m'a fait atrocement mal : alors, je me suis recroquevillé en grognant. Je ne savais pas ce que j'avais. J'étais inquiet. Le médecin n'arrêtait pas de me répéter qu'il fallait que je lui fasse confiance en me souriant gentiment. Ensuite, il s'est tourné vers l'infirmière et lui a parlé de jardinage. Comment ça, de jardinage ? Je ne me souvenais pourtant pas avoir jardiné... J'étais tranquille, je crois... J'ai essayé de me rappeler, mais l'accident m'avait tout fait oublier.

Le médecin est ensuite revenu vers moi et j'ai de nouveau grogné. Il m'a parlé d'une voix douce. J'ai l'ouïe très fine. J'ai toujours été doué pour ça : repérer des bruits lointains, surprendre des conversations qui se veulent secrètes, détecter les sentiments et émotions qui se cachent sous le timbre de voix et le ton employé. Ce médecin m'a paru bienveillant : alors, je me suis détendu et il a pu m'ausculter comme il se doit. Il m'a administré des calmants pour soulager ma douleur. J'ai voulu le remercier, mais seul un nouveau grognement s'est échappé de ma bouche. Cela dit, j'ai eu l'impression qu'il a compris. Il a posé sa main sur mon bras en me disant que tout irait mieux après l'opération. J'ai eu très peur. Je m'en doutais, mais j'espérais pouvoir y échapper. Certains de mes amis ont dû être opérés aussi et leur convalescence a été dure. Mais je n'avais pas le choix...

J'ai été opéré le lendemain. Le médecin était très satisfait. Moi, je me sentais reconnaissant d'être en vie, mais si triste d'avoir perdu une partie de moi. Après quelques jours, il m'a envoyé dans un centre spécialisé pour apprendre à me débrouiller avec une jambe en moins. C'était l'hiver. Les infirmiers du centre m'ont expliqué qu'il faisait trop froid pour que je puisse repartir, qu'il fallait que je me repose. Alors, je les ai écoutés, même si les balades dans mon quartier et mes amis me manquaient énormément.

Au printemps, j'ai pu retourner chez moi. J'ai retrouvé mes habitudes, mon jardin verdoyant, mes amis. Sauf un. On m'a appris qu'il avait traversé la route en pleine nuit et qu'il s'était malheureusement fait renverser par un chauffard. Ça m'a fait beaucoup de peine. Chez nous, ce genre d'accidents étaient fréquents.

Maintenant, je savoure chaque instant car je sais que la vie est fragile. J'ai eu quatre enfants. J'espère qu'ils grandiront en bonne santé et qu'ils n'auront pas de problèmes malgré ce monde hostile dans lequel nous vivons. Je me souviens que mon grand-père m'avait mis en garde à l'époque, mais je n'y avais pas trop prêté attention. J'étais jeune. Je pensais qu'il exagérait. Il me disait que les gens finiraient par nous tuer tous avec leur modernité. Je réalise désormais qu'il avait raison. Je sais que des hommes m'ont sauvé, mais un autre m'a coupé la patte avec sa tondeuse. Je ne comprends pas. Tout ce que je voulais, c'était un petit coin de tranquillité pour pouvoir vivre sereinement, comme avant.

Alors, avant de jardiner, pensez à nous s'il vous plaît. Nous ne sommes pas que d'adorables boules de piquants. Nous sommes surtout des êtres vivants qui peuplons la Terre depuis 15 millions d'années et qui avons le droit de cohabiter en paix avec vous et d'être heureux.

Merci d'avance pour tous les petits hérissons que vous croiserez dans votre vie.
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