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Je t'aime Papa

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Cigale

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La belle vie, nous découvrons en famille la Thaïlande, des vacances magnifiques. A ce moment là, nous ne savions pas encore ce qui nous attendait. On ne peut jamais savoir ce qui nous attend.

Comme tous les 2 ans, nous partons en vacances loin. Loin de la France, pour prendre un vrai bol d'air, être totalement dépaysé. Nous ne le savons pas encore, mais deux ans plus tard, nous ne partirons pas.

Un rhume au mois de novembre, rien de plus banal. C'est là qu'on se dit qu'on devrait bien plus apprécier de pouvoir respirer sans avoir le nez bouché le reste de l'année ! Satanés microbes !

Mais ce rhume ne se termine pas. Ta voix nasillarde ne revient pas comme avant. Elle ne reviendra jamais comme avant.

8 mois plus tard, le diagnostic tombe : maladie de Charcot.

Un corps pris au piège. Au piège d'une maladie qu'on ne connaît pas, qu'on ne sait pas traiter. Les médecins parlent déjà de fauteuil roulant alors que tu peux encore conduire, travailler...

Mais inéluctablement les semaines passent. Chaque semaine, cette voix qui s'éteint un peu plus. Tu veux parler, mais on ne te comprend pas. Ni nous, ni personne. Des mots qui sortent de ta bouche, sans consonnes, impossible d'articuler. Les muscles pris au piège, peu à peu paralysés.

Le bras qui ne se lève plus, la fourchette qui ne monte plus jusqu'à la bouche.
Tu veux faire des courses ? Impossible de soulever un sac.
Tu veux saluer quelqu'un ? il ne comprend ni ton bonjour ni ne voit ton visage qui s'affaisse chaque jour un peu plus car les muscles de ton cou s'affaiblissent. Et une tête, c'est lourd. Surtout celle d'un papa attentionné et intelligent.

Des médicaments que tu prends, des médicaments qu'on te donne. Mais sans espoir. On n'en parle pas, mais on sait bien comment ça finira. On ne sait pas quand, mais on voit bien que ça évolue rapidement. A la fois on sait tout et on ne sait rien.

De toute façon personne ne nous a demandé notre avis. Personne n'y est pour rien.

Les visites se succèdent à la maison, comme si la fin était proche. Une drôle d'ambiance.

Habiller son papa. Mon cerveau me dit "c'est le monde à l'envers". Mais on continue, avec toujours cette lueur d'espoir. Peut-être qu'un jour les muscles arrêteront de s'affaiblir. On ne réentendra jamais ta voix, mais peut-être qu'un jour on pourra de nouveau mieux te comprendre. Peut-être...

Tant d'incertitudes, et tant d'Amour.

Un masque pour t'aider à respirer, des mains pour t'aider à manger, des galères pour des gestes quotidiens. Et une famille pour t'aider à supporter. Car le cerveau n'est pas fait de muscles... Tu comprends tout, tu es spectateur de cette décadence. Cette décadence vers la mort.

On t'aime Papa.

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Françoise Grand'Homme · il y a
Pas de mots.
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Marie · il y a
A mon tour d'avoir les larmes aux yeux...et de comprendre les vôtres à la lecture de mon texte.
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