Je suis la maîtresse

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Je suis la maîtresse.
Je voudrais juste expliquer un peu mon métier : j'enseigne le programme dicté par le Ministère de l'Education Nationale.
Je suis la maîtresse.
Je m'adapte, d'une année sur l'autre je dois changer d'école, de classe, de niveau, je passe de la petite section à une classe à cours triple de CE2-CM1-CM2.
Je suis la maîtresse.
Je suis celle qui console lors de la première rentrée, celle qui mouche les nez, celle qui donne la main en récréation, celle qui règle les conflits des plus grands, celle qui essaie de leur apprendre la tolérance, la solidarité et l'entraide.
Je suis la maîtresse.
J'entends souvent "je t'aime", "merci", et j'adore voir les yeux de Nathan pétiller quand il a enfin compris.
Je suis la maîtresse.
Je travaille avec 25 à 30 enfants de 9h à 12h puis de 13h30 à 16h30. J'arrive à 8h et ne pars pas avant 17h30. Je m'occupe de mes enfants de 18h jusqu'à l'heure du coucher puis je vais corriger mes cahiers et affiner ma journée du lendemain préparée en amont, en fonction des acquis de la journée, jusqu'à tard dans la soirée.
Je suis la maîtresse.
Celle qui voit Samir arriver en sautillant de joie parce qu'il vient de découvrir son petit frère, Anaïs qui n'arrive pas à dormir à la sieste tellement elle sourit de savoir que sa mamie vient la chercher à la sortie, Lucie venir lui faire un gros câlin comme ça, sans raison, juste parce que je suis sa "maikresse" et qu'elle est contente de me voir.
Je suis la maîtresse.
Celle qui dit souvent à ses enfants "attends je ne peux pas, je suis occupée" parce qu' elle prépare sa classe ou réfléchit à comment aider Marc à progresser, Lucie à ne plus être le souffre-douleur de la classe ou Antoine à ne pas décrocher, tout encombré qu'il est au milieu du divorce de ses parents.
Je suis la maîtresse.
Celle qui reçoit des dessins remplis de coeurs à longueur de journée, des chocolats à Noël et des cadeaux en fin d'année.
Je suis la maîtresse.
Celle qui passe sa pause de midi entre aide personnalisée, rendez-vous avec des parents inquiets, appels téléphoniques avec les partenaires éducatifs et autres psychologues, quand je ne prépare pas la sortie scolaire ou la fête de fin d'année avec mes collègues.
Je suis la maîtresse.
Celle qui adore son boulot et qui ne cherche pas à se faire plaindre parce qu'elle a une chance folle d'exercer un métier qu'elle aime, et qu' elle le sait.
Je suis la maîtresse.
Je fais parfois face à la détresse des enfants, à des situations familiales compliquées mais aussi à leurs petits bonheurs quotidiens. Je suis souvent leur confidente.
Je suis la maîtresse.
J'entends 20 fois par jour que je suis belle même quand je n'ai pas dormi de la nuit à cause de mon bébé, et que j'ai vraiment une sale tête.
Je suis la maîtresse.
J'aime mes élèves et je pleure parfois pour eux. Je ris avec eux. Je crie aussi, trop souvent à mon goût. Je doute de moi, je me demande si je suis une bonne enseignante, puisque je n'arrive pas à débloquer Sophie. Je pense "vivement les vacances" après des journées difficiles.
Je suis la maîtresse.
J'ai beaucoup de vacances mais je n'ai pas honte de dire que je les mérite parce que mes semaines de classe sont éprouvantes, et que je passe une partie d'elles à préparer mes rentrées.
Je suis la maîtresse.
Je voudrais juste que les parents ne me prennent pas pour une ennemie, pour une fainéante, pour une tortionnaire. Je voudrais qu'ils me voient comme un partenaire pour aider leur enfant à gravir l'escalier qui va l'amener à sa vie d'adulte.
Je suis la maîtresse.
Je fais parfois des erreurs. Comme les parents avec leurs enfants, je tâtonne, je cherche des solutions différentes pour chaque enfant qui est différent. Je m'agace parfois, je crie, je sanctionne, je me demande si je n'ai pas été trop dure, je discute avec l'élève et je reçois un bisou, il se met au travail.
Je suis la maîtresse.
Quand je demande un rendez- vous avec des parents, ce n'est ni pour les juger, ni pour les accuser, ni pour les accabler. C'est parce que je voudrais faire avancer un peu mieux leur enfant et qu' ensemble, eux et moi, et leur enfant, nous sommes la clé. Que j'ai des choses à leur apprendre, et des choses à apprendre d'eux.
Je suis la maîtresse.
J'ai une chance folle de voir progresser tous ces enfants, année après année. Même si des fois je suis très fatiguée.
Je suis la maîtresse.
Je ne lis plus les débats qui m'attristent, sur ces fainéants de profs qui sont là uniquement pour les vacances.
Je suis la maîtresse. Je pense souvent à vous. À Maxime en difficulté comportementale, à sa maman en pleurs parce qu' elle ne sait plus quoi faire. Je pleure aussi.
Je suis la maîtresse.
Celle qui se sent reconnaissante d'avoir malgré tout la confiance de dizaines de parents, de se voir confier ce qu'ils ont de plus cher au monde, ce que je réalise d'autant plus depuis que j'ai des enfants.
Je suis la maman.
Je remercie du fond de mon coeur, les maîtresses de mes enfants, qui me disent quand ça va et quand ca va moins bien, même si ca fait mal, même si je ne veux pas l'entendre.
Je suis la maman. Je suis la maîtresse. Je suis infiniment reconnaissante de cette vie riche de rencontres humaines.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
J'ai rarement lu un témoignage aussi vrai sur la profession que j'ai exercée jusqu'en juin 2015. Cela me fait beaucoup de bien de voir que je n'étais pas la seule. Bon courage et soyons fières d'être "Maîtresse" !!