Je sens encore ton ombre

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"She wears strength and darkness equally well, the girl has always been half goddess, half hell." -Nikita Gill  [+]

Je sens encore ton ombre s’abattre sur mon corps.
Comme une caresse, ou comme un coup, comme l’amour d’un ogre ne sachant pas être doux.
Ou ne le souhaitant pas.

Je sens encore ton corps immense prendre possession de moi, tout à la fois comme si j’étais un astre, et comme si je n’existais pas.
J’ai la nostalgie de nos corps à même le sol, nos sueurs dessinant un drap de soie translucide et brillant sur le parquet.

Cela ne fait que peu de temps que j’ai décidé de te rendre au monde, et pourtant tu me manques comme si tu étais mort.
Je contemple ton corps de loin, dans sa puissance vêtue de mensonge. Car je sais la fragilité qui se dégage de ta virilité lorsque tu es nu. Tu as peur du regard, tout comme moi. Et ta frayeur m’émeut, ta frayeur te sublime. Le long de ce corps de guerrier aux muscles proéminents se dessine ton ventre, résistant témoin des insultes passées, chair détestée se moquant de tes efforts. Et ton ventre, moi, je l’aimais, et je l’aime toujours. J’avais envie de pleurer d’émotion lorsque tu me disais de ne pas y faire attention. Si je te pardonne tes indélicatesses et ta brutalité, c’est parce que je ressens comme un océan ta fragilité. Tu t’attaches si bien à la cacher que je t’ai longtemps cru invulnérable et infaillible, comme un arbre immense aux feuilles verdoyantes, turquoise, à la sève ambrée aux vertus miraculeuses. Je voyais des milliards d’oiseaux rouges et or sortir de tes branches, et une tribu s’abriter à l’ombre de ton feuillage, leurs lèvres embrassant comme des prières de chair l’écorce de ton tronc.
Je voyais tout cela dans les muscles de tes épaules, sur les veines de tes bras, dans la puissance dorée de tes jambes, le long de la sueur s’écoulant sur ton torse et venant assombrir tes vêtements, se coller à ta peau, me donnant envie d’être ce tissu et de me noyer dans ton corps comme dans un typhon stellaire.

Mon attirance pour toi est dévastatrice. Lorsque je pense à toi, j’ai une sensation de douleur et de vie intenses. Un sentiment de mort imminente à l’idée de ne pouvoir là, tout de suite, mordre ton corps, enfoncer mes doigts dans ta chair. Comme un noyé enfonce ses doigts dans les sables mouvants, s’accrochant à l’instrument de sa mort, cherchant le salut en sa chute.
Je sens comme des milliards de souffles palpiter dans mon corps, un vent fait de frissons monter de mon bas-ventre à ma gorge comme un long baiser langoureux le long du cou, comme ces courants d’air qui viennent tendrement violer la peau sous un vêtement un peu lâche, comme un regard sur la nuque aux cheveux relevés, ce regard qu’on sent par derrière et qui irradie la peau, qui s’enfonce sous la chair comme un couteau de désir, comme un serpent plantant deux crocs juste à la racine des cheveux. Et son venin s’écoule et danse dans le sang, il a la chaleur d’un shot d’alcool trop pur et bu trop vite, il fait se cambrer les reins et palpiter un oiseau fou prisonnier du bas-ventre.
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